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Deux journalistes, français et britannique, arrêtés au Burundi

Deux journalistes, français et britannique, arrêtés au Burundi

Deux journalistes, le Français Jean-Philippe Rémy et le Britannique Phil Moore, ont été arrêtés jeudi au Burundi lors d’une opération policière contre des «criminels armés», ont annoncé les autorités de ce pays plongé depuis neuf mois dans une grave crise politique.

Jean-Philippe Rémy, correspondant régional pour l’Afrique du quotidien français Le Monde, et Phil Moore, un photographe indépendant travaillant régulièrement pour l’AFP, mais aussi pour The New York TimesThe Guardian ou Der Spiegel, attendaient vendredi d’être déféré au parquet.

Leur audition est terminée et ils attendaient toujours en milieu d’après-midi au Palais de justice de connaître la décision du Parquet sur une éventuelle inculpation, selon une source diplomatique.

Le ministère français des Affaires étrangères Laurent Fabius a appelé «les autorités du Burundi à procéder à leur libération immédiate». Selon l’ambassadeur de France à Bujumbura, Gerrit Van Rossum, qui a rencontré vendredi les deux envoyés spéciaux du Monde, ils ont passé la nuit au siège du Service national de Renseignement (SNR), où ils ont été interrogés sans subir de violence.

Selon Le Monde, des membres du CICR et un représentant du consulat britannique ont également pu les rencontrer. Le journal rappelle que Jean-Philippe Rémy et Phil Moore sont entrés légalement dans le pays, respectivement les 19 et 21 janvier, «étaient tous deux munis de visas et ne faisaient qu’exercer leur métier en rencontrant toutes les parties concernées par les tensions en cours au Burundi».

Jean-Philippe Rémy (à gauche) et Phil Moore.... (PHOTOS AFP)Jean-Philippe Rémy (à gauche) et Phil Moore. PHOTOS AFP

Appels à leur libération

Le porte-parole adjoint de la police burundaise, Moïse Nkurunziza, a indiqué à l’AFP que les deux hommes avaient été arrêtés jeudi après-midi à Nyakabiga, quartier du centre de Bujumbura, où la police avait été informée que «des criminels tenaient une réunion».

Le groupe s’est enfui, mais la police a «rattrapé cinq personnes: quatre Burundais qui avaient deux pistolets et un Britannique», Phil Moore, a expliqué M. Nkurunziza.

«La police a été très surprise et s’est inquiétée de voir un journaliste, ayant toutes les autorisations de travailler au Burundi et qui donc n’avait rien à craindre de la police, courir et fuir la police», a-t-il ajouté, précisant que M. Rémy avait été interpellé lorsqu’il est venu demander des nouvelles de son collègue.

«S’il n’y a rien à leur reprocher, ils seront relâchés, bien sûr», a poursuivi le porte-parole, assurant que les deux journalistes «se portent très bien et sont bien traités».

C’est «la première fois que des étrangers sont surpris au milieu de criminels», avait-il auparavant déclaré à la télévision nationale (RTNB). Selon le ministère de la Sécurité publique, «un mortier, une Kalachnikov et des pistolets ont été saisis au cours de cette opération».

Le Monde a réclamé «la libération immédiate de ses deux envoyés spéciaux». L’AFP a également demandé que Phil Moore et Jean-Philippe Rémy, «arrêtés alors qu’ils exerçaient leur mission d’informer», soient «libérés au plus vite». L’Union européenne s’est dite «extrêmement préoccupée» par ces arrestations, comme l’Association des correspondants étrangers en Afrique de l’Est (FCAEA). L’organisation Reporters sans Frontières (RSF) a dénoncé une «atteinte à la liberté d’informer».

Jean-Philippe Rémy, 49 ans, est basé en Afrique depuis 1998, d’abord à Nairobi puis à Johannesburg depuis 2009. Il a notamment remporté le prestigieux Prix Bayeux des correspondants de guerre en 2013 pour un reportage en Syrie.

Phil Moore, 34 ans, a effectué de nombreux reportages à travers l’Afrique, mais aussi au Pakistan ou en Bolivie. Son travail a notamment été exposé en 2013 au réputé festival de photojournalisme Visa pour l’Image de Perpignan (sud de la France).

L’UA inquiète

Le Burundi a plongé fin avril dans une grave crise à l’annonce de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un 3e mandat, en violation selon ses adversaires de la Constitution et de l’Accord d’Arusha ayant permis de mettre fin à la sanglante guerre civile (1993 et 2006) qui continue de hanter le pays.

Les autorités burundaises ont déjoué en mai un coup d’État militaire et sont venues à bout en juin par une brutale répression de six semaines de manifestations à Bujumbura, mais n’ont pu enrayer l’intensification des violences désormais armées et la création de rébellions déterminées à chasser le président Nkurunziza, finalement réélu en juillet lors d’un scrutin controversé.

Plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la crise, qui a poussé à l’exil plus de 200 000 personnes, parmi lesquelles de très nombreux opposants, militants associatifs et journalistes. Les médias indépendants d’information ont été détruits ou contraints de fermer et les journalistes, menacés ou attaqués, n’ayant pas fui le pays vivent dans la clandestinité.

Le respecté correspondant de l’AFP et RFI au Burundi, Esdras Ndikumana, 54 ans, s’est réfugié au Kenya en août, après avoir été arrêté à Bujumbura et torturé par le SNR.

Un Sommet de l’Union africaine – qui s’inquiète des potentielles «conséquences dévastatrices» de la crise – doit se prononcer ce week-end sur le déploiement d’une mission africaine de maintien de la paix au Burundi, à laquelle les autorités burundaises s’opposent catégoriquement.

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