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NIGERIA: LE DIRIGEANT INDÉPENDANTISTE BIAFRAIS NNAMDI KANU SE DIT « PRISONNIER D’OPINION »

NIGERIA: LE DIRIGEANT INDÉPENDANTISTE BIAFRAIS NNAMDI KANU SE DIT « PRISONNIER D’OPINION »

Le militant indépendantiste biafrais Nnamdi Kanu (c), le 9 février 2016 à Abuja | AFP/Archives | Pius Utomi EKPEI


Le militant indépendantiste biafrais Nnamdi Kanu, dont l’arrestation a provoqué une vague de protestations dans le sud-est du Nigeria, affirme à l’AFP être « un prisonnier d’opinion » et continuer à rêver depuis sa prison d’un Biafra indépendant.

M. Kanu est à la tête du groupe interdit Peuple indigène du Biafra (Ipob), qui réclame l’indépendance du Biafra, région déshéritée du sud-est du Nigeria où l’ethnie igbo est majoritaire. Il est notamment accusé d’avoir « l’intention de faire la guerre contre le Nigeria ».

Il est notamment accusé d’être à la tête d’un groupe armé et d’enrôler des jeunes hommes comme « soldats biafrais ».

Patron de « Radio Biafra », qui émet depuis Londres, il a plaidé non coupable des accusations de trahison pour lesquelles il encourt une peine de prison à vie.

Il est détenu depuis son arrestation par les services secrets nigérians en octobre, alors qu’il rentrait de Londres, malgré une ordonnance de libération sous caution.

Sa détention prolongée a provoqué des protestations dans le sud-est où des affrontements ont eu lieu entre ses partisans et les forces de l’ordre.

– « Citoyens de troisième zone » –

« Le Biafra va perdurer », a déclaré M. Kanu, interrogé par l’AFP via son frère, Prince Emmanuel Kanu, qui lui a rendu visite la semaine dernière à la prison de Kuje, en périphérie d’Abuja.

« Ils vont nous tuer, mais au final, le Biafra va exister », a poursuivi le militant de 48 ans.

« Je suis un prisonnier d’opinion et le meurtre de manifestants indépendantistes non armés constitue un crime contre l’humanité », a-t-il estimé.

En 1967, la déclaration unilatérale d’indépendance de la République du Biafra a été le point de départ d’une guerre de près de trois ans qui a fait environ un million de morts, dont une grande partie de famine, à cause d’un sévère blocus.

Après la guerre, les revendications d’un Etat indépendant pour les Igbos, le troisième groupe ethnique du Nigeria, se sont atténuées. Mais depuis son arrestation, M. Kanu a bénéficié d’un soutien de plus en plus important parmi les jeunes de cette région, qui n’ont pas connu les traumatismes de la guerre et aspirent à de meilleures conditions d vie.

Le manque d’infrastructures et le fort taux de chômage y ont créé des rancoeurs envers le gouvernement fédéral.

« On s’est fait avoir dans tellement de domaines », a estimé M. Kanu. Selon lui, les Igbos sont considérés comme « des citoyens de troisième zone » au Nigeria et cette ethnie continue à « être punie » pour la guerre civile.

M. Kanu était presque inconnu avant son arrestation. Mais le président Muhammadu Buhari, confronté aux violences du groupe islamiste Boko Haram dans le nord-est, et inquiété par de nouvelles tensions dans la région pétrolière du delta du Niger, au sud, considère que le militant représente un danger pour la fragile unité du Nigeria.

Il a déclaré en décembre que M. Kanu avait commis « des atrocités » contre le Nigeria et qu’il était coupable de trahison. « J’espère que le tribunal sera attentif à cette affaire », avait-il insisté.

– Répression policière –

M. Kanu s’est présenté mardi dernier dans un tribunal d’Abuja, menotté et entouré d’agents pénitentiaires.

Son avocat, Chuks Moma, a tenté de contrer une demande du parquet pour un huis clos partiel. « Quand les gens n’ont pas accès au tribunal, je me demande si les accusés sont condamnés avant même d’avoir été entendus » a dénoncé Me Moma, qui a dit craindre un « procès secret ».

Le procès a été ajourné au 19 février.

Présente au tribunal, Tonia Kanu, sa demi-soeur, a dit avoir reçu des information selon lesquelles des manifestants pro-Kanu avaient été tués mardi à Aba (sud-est). La police a confirmé le lendemain la mort de deux manifestants et l’arrestation de 21 membres de l’Ipob dans cette ville.

« Des gens sont tués tous les jours parce qu’ils manifestent de façon pacifique », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Surfant sur sa page Facebook depuis son smartphone, Mme Kanu a pointé des photos macabres de militants morts et d’un cercueil recouvert du drapeau du Biafra –un soleil levant sur fond rouge, noir et vert.

« Cette violence a pour but de faire peur aux gens, a-t-elle poursuivi. Mais plus on les tue, plus ils se multiplient ».

 

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