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Vive tension au Pakistan après l’exécution de Mumtaz Qadri, l’assassin d’un gouverneur

Vive tension au Pakistan après l’exécution de Mumtaz Qadri, l’assassin d’un gouverneur

Des partisans de Mumtaz Qadri se sont rassemblés devant sa maison lors de l’annonce de la nouvelle de son exécution. PHOTO REUTERS


L’assassin d’un homme politique pakistanais favorable à une révision d’une loi controversée sur le blasphème a été pendu lundi, déclenchant la fureur de ses partisans, dont des centaines sont descendus dans la rue.

La sécurité a été renforcée dans les principales villes, dont Rawalpindi, ville proche d’Islamabad où des centaines de sympathisants du meurtrier ont convergé vers son domicile où était exposée sa dépouille.

Mumtaz Qadri avait été salué comme un «héros» par des islamistes après avoir abattu en 2011 Salman Taseer, gouverneur de la province du Pendjab qui s’était déclaré favorable à une révision de la loi sur le blasphème, loi défendue bec et ongles par les cercles conservateurs du pays.

«Je confirme que Qadri a été pendu lundi matin dans la prison Adiala» à Rawalpindi, a déclaré à l’AFP Sajjid Gondal, haut responsable de la police locale.

Autour de son domicile, un important dispositif de sécurité avait été déployé à l’aube, avant d’être allégé plus tard en milieu de journée. Une file longue d’environ un kilomètre de sympathisants attendait de pouvoir se recueillir devant son corps.

 

«Je n’ai pas de regrets», avait auparavant dit à l’AFP le frère de Qadri, Malik Abid, les larmes aux yeux. La famille avait été informée de l’imminente exécution lors d’une ultime rencontre dimanche soir: «Nous nous sommes mis à pleurer, mais il nous a serrés dans ses bras en scandant «Dieu est grand»», a indiqué M. Abid.

1148243-mumtaz-qadri-lors-arrestation-janvierMumtaz Qadri lors de son arrestation en janvier 2011.

Heures critiques

«Les 24 prochaines heures seront très critiques pour le gouvernement», a souligné l’expert en sécurité Hasan Askari. Il estime que les autorités ont pris le risque de mener une exécution susceptible de déclencher des violences afin d’«aller à l’encontre des soupçons» qu’elles soutiennent les islamistes.

Il estime «difficile de dire» à ce stade si les ultraconservateurs vont mobiliser massivement ou pas.

Le parti Jamaat-e-Islami, le deuxième plus grand parti islamiste du pays, a appelé à des manifestations.

Mais la plupart des médias pakistanais ont limité leur couverture de l’exécution, ouvrant plutôt leurs bulletins sur la victoire aux Oscars de la réalisatrice pakistanaise Sharmeen Obaid-Chinoy, récompensée pour un film dénonçant les crimes d’honneur.

Dans la mégalopole de Karachi, des protestataires ont bloqué d’importants carrefours et fait fermer des stations essence.

Des écoles ont été fermées, et plusieurs routes coupées par les autorités dans la capitale Islamabad et à Rawalpindi, semant le chaos dans la circulation.

Des protestataires ont brûlé des pneus et s’en sont pris au véhicule d’une chaîne de télévision.

La police est en alerte dans ces deux villes, ainsi qu’à Lahore, la deuxième ville du pays.

Le barreau d’Islamabad a annoncé une grève lundi, dénonçant un «meurtre judiciaire», a indiqué un responsable.

Le fils de M. Taseer, Shehryar, a estimé que l’exécution du meurtrier de son père était «une victoire pour le Pakistan», mais pas pour sa famille, qui attend toujours le retour de son frère Shahbaz Taseer, kidnappé par des extrémistes en 2011.

Policier affecté à la protection de Salman Taseer, Qadri avait avoué l’avoir criblé de 28 balles dans le centre d’Islamabad.

Ses avocats avaient argué qu’en critiquant la loi sur le blasphème, Salman Taseer s’était lui-même rendu coupable de blasphème, ce qui le rendait passible de mort.

La loi prévoit jusqu’à la peine capitale pour le blasphème, un sujet extrêmement sensible au Pakistan, où l’islam est religion d’État.

Les détracteurs de la loi soulignent que le texte est souvent instrumentalisé pour régler des conflits personnels via la diffusion de fausses accusations.

L’assassinat du gouverneur du Pendjab, qui avait également soutenu Asia Bibi, une chrétienne accusée d’avoir insulté le prophète Mahomet, avait pétrifié une classe politique locale déjà très frileuse sur toute controverse impliquant l’islam.

Mumtaz Qadri avait été condamné à la peine capitale pour meurtre et terrorisme, une sentence confirmée par la Cour suprême en octobre. Cette décision avait déclenché des manifestations, au cours desquelles des groupes islamistes avaient menacé de mort ceux qui exécuteraient Qadri.

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