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Grandas lacs avec 80 rébellions : Quels obstacles à l’éradication d’une des plus grandes « agglomérations » de rébellions au monde?

Grandas lacs avec 80 rébellions : Quels obstacles à l’éradication d’une des plus grandes « agglomérations » de rébellions au monde?

Grandas lacs avec 80 rébellions : Quels obstacles à l’éradication d’une des plus grandes « agglomérations » de rébellions au monde?
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La fragilité des systèmes étatiques, la porosité des frontières, la "complicité" d'opérateurs économiques étrangers, la richesse minière et l'éclatement de nouveaux foyers de tension constituent autant de facteurs explicatifs de cette situation qui va s'aggravant.

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La fragilité des systèmes étatiques, la porosité des frontières, la "complicité" d'opérateurs économiques étrangers

La fragilité des systèmes étatiques, la porosité des frontières, la « complicité » d’opérateurs économiques étrangers, la richesse minière et l’éclatement de nouveaux foyers de tension constituent autant de facteurs explicatifs de cette situation qui va s’aggravant.

Avec près de 80 groupes armés, l’Afrique des Grands Lacs regroupe l’une des plus grandes « agglomérations » de rébellions au monde, dont l’éradication s’enlise en raison de nombreux obstacles, estiment des observateurs.

La fragilité des systèmes étatiques, la porosité des frontières, la « complicité » d’opérateurs économiques étrangers, la richesse minière et l’éclatement de nouveaux foyers de tension constituent autant de facteurs explicatifs de cette situation qui persiste.

Ces groupes concernent quatre pays dont ils sont originaires, à savoir le Burundi, l’Ouganda, la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. C’est cependant en RDC que s’active la quasi-totale de ces groupes armés.

Pour l’enseignant de géopolitique à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) de Paris, Samuel Nguembock, l’enlisement de la situation est intimement lié à la fragilité des Etats en question. »La RDC, où se concentre la quasi-totalité de ces groupes, est un territoire immense [plus de 2.3 Millions km²] où l’autorité de l’Etat a du mal à s’exprimer. Les villes lointaines restent à la merci des groupes rebelles », dit-il, dans un entretien téléphonique avec Anadolu.

Ces groupes n’affichent d’ailleurs pas toujours de revendication précise, laquelle peut changer au gré des évolutions de la situation géopolitique, devenir anachronique ou disparaître. Alors que l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) se propose d’instaurer un Etat théocratique basé sur les dix commandements de la Bible, une autre rébellion ougandaise, les Forces Démocratiques Alliées (ADF) se définissait, depuis des années, comme un mouvement d’opposition à Kampala. Ses activités se concentrent, toutefois, depuis, dans l’Est de la RDC, où elle multiplie les exactions contre les civils.

Toujours dans l’Est congolais, des rébellions pour la défense d’intérêts communautaires ou corporatistes se sont formées dès les années 90, à mesure que s’accentuaient les défections dans l’armée congolaise, justifiées par l’insolvabilité des soldes.

Nombre d’observateurs relèvent toutefois, que le caractère vague de ces revendications est à mettre en lien direct avec la circonstance que toute la bande orientale de la RDC regorge d’inestimables richesse minières. Le Coltan, métal stratégique, se trouve en grande quantité dans la région du Kivu (Nord-Est) où se concentre jusqu’à 80% des réserves mondiales, selon des rapports d’organismes scientifiques.

« La longévité de ces groupes tient à l’exploitation des richesses dont regorge particulièrement cette région. Ce sont des moyens financiers à la fois pour recruter de nouveaux combattants et pour s’approvisionner en armes. C’est ce qui les rend souvent en supériorité opérationnelle par rapport aux forces nationales qui les combattent. Dans cette optique, ils s’adossent soit à des Etats voisins ou à des multinationales », relève Nguembock, par ailleurs professeur de géopolitique à l’Institut supérieur du management public et politique (ISMAPP) à Paris.

LES GRANDS LACS AVEC 80 REBELLIONS

Le trafic auquel se prêtent ces groupes armés, et la « complicité » de multinationales étrangères, a souvent été mis en exergue, notamment dans un rapport d’expert de l’ONU en 2003.

« C’est vrai que plusieurs compagnies internationales ont été désignées comme contribuant financièrement à prolonger le conflit armé, reconnaît N’guembock, mais celles-ci gagneraient aussi à avoir pour vis-à-vis un Etat fort. Le trafic peut engendrer peut-être de moindre coût, mais il empêche une exploitation durable, il ne présente pas suffisamment de garanties, et ça, c’est un coût auxquelles les multinationales doivent penser ».

Le spécialiste camerounais nuance toutefois, en relevant « une certaine évolution dans la situation sécuritaire », due notamment à l’action de la Mission onusienne en RDC, la MONUSCO qui mène des opérations conjointes avec l’armée congolaise contre deux principaux groupes, les ADF et les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLF).

« La violence n’est plus au même point qu’il y a 10 ans, son intensité a considérablement diminué », indique Samuel Nguembock.

« Le nombre de ces groupes armés est beaucoup plus important qu’il y a dix ans, même s’ils ont relativement perdu en terme de force et d’étendue », relève Fidèle Bafilemba, un consultant indépendant congolais, joint au téléphone par Anadolu.

Toutefois, de récents foyers de tensions, alimentent la crise, y compris dans des Etats relativement stables de la sous-région, comme l’Ouganda.

« L’Ouganda est un Etat central relativement fort, mais la récente crise dans la République centrafricaine voisine a offert, surtout dans sa partie Nord, un repli tactique pour des groupes rebelles ougandais », dit Nguembock, citant particulièrement la LRA.

Par ailleurs, l’existence de rebelles burundais dans la partie orientale de la RDC a été vérifiée par Kinshasa, au mois de janvier dernier, sur fond de la crise qui agite le Burundi depuis avril dernier. « La situation est telle que même les Etats stables sont sur des équilibres géopolitiques fragiles en raison de l’instabilité chronique des Etats voisins », résume le géopoliticien camerounais.

« Cela montre très bien que les Etats de la sous-région ont du mal à assurer leur sécurité et à contrôler leur frontières. Cette régionalisation des rébellions coïncide, par ailleurs, avec l’explosion des groupes armés terroristes, ce qui rend la question plus complexe », ajoute Nguembock.

Pour Bafilemba, l’échec du Gouvernement congolais à endiguer les « repentis » des groupes armés, à travers le processus de DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion), mis en place avec certaines de ces milices, justifie la persistance de cette situation.

Partant, Nguembock énonce deux scénarios sur l’évolution de la situation. Le premier consiste à voir ces Etats renforcer leurs autorités sur l’ensemble de leur territoire, avec l’assistance technique des partenaires bilatéraux et internationaux. Important préalable, « revoir, en les performant, les modalités de recrutement des forces armées pour renforcer leurs capacités et tirer le meilleur partie de cette assistance ».

Qualifiée de « scénario catastrophe », la deuxième possibilité verrait l’assistance technique apportée par la communauté internationale « s’essouffler », à mesure que d’autres foyers de tensions, notamment au Moyen-Orient, détournerait son regard de la sous-région des Grands Lacs africains. Laissés à l’abandon, dépourvus des dispositifs opérationnels pour neutraliser ces rebelles, incapables d’apporter les réponses appropriés à la porosité de leurs frontières, ces Etats « s’effondreront ».

La prolifération de ces rébellions trouve sa source dans le cataclysme du génocide rwandais, d’avril 1994. Dans le sillage de ce génocide, l’Afrique des Grands Lacs a connu deux principales guerres, la première et deuxième guerres du Congo, cette dernière se trouvant souvent désignée sous le terme de « première guerre mondiale africaine », dans la mesure où elle engagea neuf Etats d’Afrique. AA/ Safwene Grira

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