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Burundi-Rwanda: Chronique d’une relation dégradée…La confrontation est-elle inévitable ?

Burundi-Rwanda: Chronique d’une relation dégradée…La confrontation est-elle inévitable ?

Burundi-Rwanda: Chronique d’une relation dégradée…La confrontation est-elle inévitable ?
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Des cadavres flottants dans le lac frontalier Rweru, des déclarations incendiaires de part et d'autre de cette même frontière, des invectives autour d'une responsabilité présumée dans l'alimentation d'une grave crise politico-sécuritaire, c'est à ces images que sont réduits, depuis plusieurs mois, les rapports entre le Rwanda et le Burundi.

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Burundi-Rwanda: Chronique d'une relation dégradée...La confrontation est-elle inévitable ?

Les relations entre les deux pays voisins n’a cessé de se détériorer depuis deux ans, notamment après le déclenchement de la crise politico-sécuritaire au Burundi.

Des cadavres flottants dans le lac frontalier Rweru, des déclarations incendiaires de part et d’autre de cette même frontière, des invectives autour d’une responsabilité présumée dans l’alimentation d’une grave crise politico-sécuritaire, c’est à ces images que sont réduits, depuis plusieurs mois, les rapports entre le Rwanda et le Burundi.

Au-delà de ces incidents, qui s’assimilent davantage à des conséquences plutôt qu’à des causes, Filip Reyntjens, Professeur de Droit constitutionnel à l’Université d’Anvers en Belgique, et spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs, situe l’origine profonde du différend dans “ce qui est perçu par Kigali comme un anti-modèle burundais”, fondé, dès les années 2000, sur une reconnaissance de l’ethnicité, dont la gouvernance rwandaise craint l’influence.

Alors que le Président rwandais, Paul Kagame, était le seul Chef d’Etat étranger à assister à l’investiture en 2010 de son homologue outre-Rweru, témoignant ainsi d’une relation, pour le moins, cordiale, les rapports entre les deux voisins s’avèrent aujourd’hui des plus tendus.

Détenu dans la prison centrale de Bujumbura depuis quatre mois, la mort subite et inexplicable, mercredi, de Jacques Bihozagara, ancien ambassadeur et ministre rwandais, a suscité de nombreuses interrogations au sein de la classe politique rwandaise. Alors que Bujumbura l’accusait d’espionnage pour le compte de Kigali, cet “assassinat”, selon des officiels rwandais, risque d’envenimer davantage les rapports rwando-burundais.

Cet incident intervient alors que les alliés d’hier, sur le front de l’Est lors de la deuxième guerre du Congo, se regardent depuis près de deux ans en chiens de faïence. L’affaire dite des cadavres du Lac Rweru avait été, à l’été 2014, l’occasion d’accusations mutuelles sur l’origine des macabres découvertes. Alors que les autorités burundaises ne se faisaient pas d’illusions sur la provenance rwandaise de ces cadavres, Kigali s’en était défendu.

Plus tard, alors que le Burundi est frappé en 2015 par une crise politico-sécuritaire qui a fait des centaines de morts et des centaines de milliers de réfugiés, les autorités de Bujumbura accuseront sans ambages le Rwanda d’alimenter la tension, à travers des camps d’entraînements dressés sur son territoire, et un accueil qu’il aurait réservé aux putschistes de mai dernier.

Les relations diplomatiques entre les deux pays en prennent un sérieux coup, avec notamment, la déclaration d’un diplomate à l’ambassade du Rwanda à Bujumbura, persona non grata en octobre dernier.

Bujumbura réitérera, à l’endroit de KIgali, les accusations d’agressions et de déstabilisation, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations Unies, l’année dernière. Ces accusations seront confirmées, globalement, par le rapport d’un groupe d’experts indépendants des Nations-Unies, datant du 15 janvier dernier.

Dans une “demande reconventionnelle”, Kigali accusera, à son tour, le Burundi d’abriter sur son territoires des rebelles Hutus, en les utilisant comme mercenaires pour réprimer les contestations contre le régime. Le Rwanda aura, en outre, ouvert les hostilités, à travers un message acerbe adressé au Président burundais par son homologue rwandais sur le réseau social Twitter.

“Venant d’un président au sujet du président d’un pays voisin et vu le canal utilisé, ce message particulièrement hostile semble exclure Kagame d’un rôle de médiateur”, écrira Filip Reyntjens, dans sa chronique politique du Rwanda 2014-2015, parue dans la publication annuelle qu’il dirige “Annuaires de l’Afrique des Grands Lacs”.

Au-delà, toutefois, de ces invectives, qui demeurent récentes, Reyntjens situe, dans un entretien avec Anadolu, les origines du différend dans une incompatibilité de deux modèles de gouvernance.

“Les relations cordiales observées un moment n’ont jamais été tout à fait honnêtes, en réalité. Il m’était arrivé d’entendre, bien avant ces événements, des officiels burundais s’exprimer de façon négative sur le compte du régime rwandais et, de son côté, le Rwanda a toujours a toujours vu d’un mauvais oeil l’anti-modèle burundais”, a-t-il déclaré.

Selon l’universitaire belge, la genèse de ce qui est considéré par Kigali comme un “anti-modèle”, puise ses sources dans les Accords d’Arusha qui ont préparé la fin de la guerre civile burundaise (1993-2006). Un système de quota ethnique institutionnalisé entre Hutus et Tutsis avait alors été établi. “Un système de reconnaissance de l’ethnicité très performant en termes de pacification ethnique”, commente Reyntjens, qui rappelle, toutes choses étant égales par ailleurs, le cas du Liban.

“Du côté du Rwanda, où l’amnésie ethnique est pratiquée, on craint que la réussite du système burundais n’amène la communauté internationale à encourager Kigali à l’appliquer”, conclut Reyntjens, en relevant que le Rwanda est gouverné par une élite Tutsi, au demeurant minoritaire (10 à 15%), qui se retrouverait, dans ce cas, ramenée, politiquement, à sa propre dimension démographique. AA/ Tunis/ Safwene Grira

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