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Dialogue kabbaliste et Cie – mission impossible pour Edem Kodjo !

Dialogue kabbaliste et Cie – mission impossible pour Edem Kodjo !

Dialogue kabbaliste et Cie – mission impossible pour Edem Kodjo !
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Nommé Facilitateur du «Dialogue politique national inclusif» au Congo-Kinshasa, l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo est chargé d’une « mission impossible » au regard des prétentions des parties en présence. C’est un secret de Polichinelle d’affirmer que «Joseph Kabila» rêve de briguer un troisième mandat. Pour la «Majorité présidentielle», cette réunion devrait servir de cadre pour instaurer un nouveau régime de transition d’une durée de trois à quatre ans.

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Dialogue kabiliste – mission impossible pour Edem Kodjo!

Nommé Facilitateur du «Dialogue politique national inclusif» au Congo-Kinshasa, l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo est chargé d’une « mission impossible » au regard des prétentions des parties en présence. C’est un secret de Polichinelle d’affirmer que «Joseph Kabila» rêve de briguer un troisième mandat. Pour la «Majorité présidentielle», cette réunion devrait servir de cadre pour instaurer un nouveau régime de transition d’une durée de trois à quatre ans.

Ce sera l’occasion de modifier la Constitution en instaurant l’élection du Président de la République au suffrage universel indirect. Le Président sortant compte sur la vénalité du personnel politique congolais pour parvenir à ses fins. Bien que la « communauté internationale » encourage l’opposition à participer à ce forum initié par « Joseph Kabila », l’UDPS d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba est, pour le moment, la seule formation politique de l’opposition disposée à y prendre part. Moyennant quelques conditions dont un « arbitrage international neutre ».

Les autres représentants des forces politiques et sociales considèrent ces assises comme un « piège », dixit Vital Kamerhe; Un piège tendu par le pouvoir en vue d’arracher le « glissement» du calendrier électoral. Le député national Franck Diongo parle de « supercherie ». Au total, les partisans du respect de la Constitution et des délais constitutionnels regroupés au sein de la « Dynamique de l’opposition », du Front Citoyen 2016 et du G7 sont inflexibles. D’aucuns évoquent déjà la perspective d’un « vide du pouvoir » après la date du 19 décembre prochain. Au motif que «Joseph Kabila» serait frappé d’ »empêchement définitif » pour cause de fin mandat. Ambiance !

« Transition »

Quelle est la nature exacte de la mission confiée, au Facilitateur Edem Kodjo, par la présidente de la Commission de l’Union africaine Nkosazana Dlamini Zuma?

Certains analystes suspectent, à tort ou raison, l’ancien Premier ministre togolais d’avoir reçu la mission de convaincre «Joseph Kabila » et ses opposants à partager le pouvoir dans le cadre d’un «gouvernement d’union nationale». Motif : l’impossibilité pour la CENI (Commission électorale nationale indépendante) d’organiser l’élection présidentielle et les législatives dans le respect des délais constitutionnels soit 90 jours avant l’expiration (19 décembre 2016) du mandat du président en exercice.

Ces analystes fondent leurs soupçons sur l’absence de l’évocation du respect de la Constitution et des délais constitutionnels pour la tenue des élections. Et ce tant dans le communiqué de la Présidente de l’UA du 14 janvier que celui du 6 avril dernier. Pour eux, il s’agit d’un « oubli délibéré ».

Nommé officiellement «facilitateur» en date du 6 avril 2016, Edem Kodjo est arrivé le lendemain jeudi 7 avril à Kinshasa. « Cette nomination vise à aider à la convocation d’un dialogue global en vue de régler les problèmes liés aux prochaines élections en RDC », peut-on lire dans le communiqué publié, mercredi 6 avril, par la Présidence de la Commission de l’UA. « La présidente de la commission de l’Union africaine invite, à cet effet, toutes les parties prenantes à coopérer avec le facilitateur Edem Kodjo », ajoute le texte qui rappelle que « cette nomination est conforme à l’engagement souligné dans le communiqué conjoint de l’Union africaine, des Nations Unies, de l’Union européenne et de l’Organisation internationale de la Francophonie du 16 Février 2016 pour continuer d’aider le République démocratique du Congo dans cette entreprise».

Dans ce communiqué conjoint, les quatre organisations appelaient le personnel politique congolais « à ne ménager aucun effort, dans le cadre de la Constitution de leur pays, pour assurer la tenue réussie des élections, préserver la paix et approfondir la démocratie, y compris à travers un processus politique ».

Au cours d’un point de presse qu’il a animé, jeudi 7 avril, Aubin Minaku, qui porte la double casquette de président de l’Assemblée nationale et de secrétaire général de la Majorité présidentielle (MP), a annoncé, la mise en place «imminente» du comité préparatoire de ces assises. Il a appelé l’opposition à participer à celles-ci pour «lever des options responsables face aux contraintes majeures» du processus électoral. Et d’ajouter : « L’opposition a beaucoup misé sur le point de vue des partenaires étrangers. Aujourd’hui, ce point de vue est clair, net et non équivoque : soutien au dialogue».

Dans son allocution du 28 novembre dernier, « Joseph Kabila » déclarait notamment que « (…) seul le dialogue peut une fois de plus, permettre à notre nation de prévenir une crise pouvant surgir du fait de la non-résolution, en toute responsabilité, des problèmes ». « C’est aussi à travers cette voie que nous garantirons la stabilité et la paix chèrement acquises, avant, pendant et après ce processus, par-delà nos divergences d’opinion », ajoutait-il.

Dans ses discours et allocutions, « Joseph Kabila » donne l’impression de vivre dans un monde irréel. L’homme parait déconnecté des réalités au point de manier des termes mielleux tels que la cohésion nationale, la paix ou la stabilité pendant que, sur le terrain, les acteurs politiques et ceux de la société civile croulent sous le poids de l’arbitraire et de l’intolérance politique. Les espaces des libertés sont chaque jour verrouillés. Les arrestations et les détentions ne se comptent plus.

Réactions

Au cours d’un point de presse qu’il a animé, samedi 9 avril 2016, le G7 réaffirme son « rejet catégorique » du dialogue national. Pour ce groupement, cette réunion est non seulement « sans objet » mais aussi « extra-constitutionnel ». Paraphrasant la parabole chère à Moïse Katumbi, le G7 de marteler que « le peuple congolais n’acceptera jamais un troisième faux pénalty ».

S’agissant de la désignation d’Edem Kodjo en qualité de « facilitateur », le G7 s’étonne de ne trouver dans le communiqué publié à cet effet aucune allusion de la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le Groupe des 7 partis politiques de souligner que « la mission confiée à Monsieur Kodjo n’a de chance de réussir que si elle s’intègre dans la résolution 2277 du Conseil de sécurité ».

Et de poursuivre : « En tout état de cause, le G7 espère que Monsieur Edem Kodjo ne vient pas ici pour remettre en cause la résolution 2777 (…), ni pour aider la majorité présidentielle actuelle à créer une nouvelle légitimité extra-constitutionnelle, ni pour cautionner l’organisation d’une «énième transition qui durerait trois ou quatre ans, encore moins pour transformer la grand messe voulue par la majorité présidentielle en assemblée constituante qui élaborerait une nouvelle constitution et instituerait un nouvel ordre politique sur le modèle de la Deuxième République ». « Si tel devait être le cas, conclut le G7, nous en déduirions que Monsieur Edem Kodjo est tout simplement venu souffler sur les braises de la contestation non éteintes du 19 et 20 janvier 2015.»

Dans un communiqué daté du 10 avril 2016, le président de l’UDPS, Etienne Tshisekedi wa Mulumba commente le vote de la résolution 2277 du Conseil de sécurité et la désignation d’un « Facilitateur » par l’UA.

Usant de la première personne du singulier, « Tshitshi » note avec joie « l’identité de vues » qui se dégage, selon lui, à travers cette Résolution, entre la Communauté internationale et sa « vision d’un dialogue politique conduit, dans le respect de la Constitution, par la médiation internationale neutre, pour que le Peuple congolais ait, en novembre 2016, droit aux élections crédibles et apaisées ». « Je reste fidèle à ma vision quant à la nécessité d’utiliser le dialogue comme voie royale pour sortir le processus électoral de l’impasse dans laquelle le pouvoir de Kinshasa l’a plongée », ajoute-t-il. Il annonce par ailleurs avoir dépêché ses délégués « dûment mandatés » auprès du Facilitateur désigné, « afin de s’assurer de la concordance de vues entre les missions qui lui sont confiées avec la Feuille de route que j’ai publiée au nom de mon parti il y a plus d’un an ».

Pour mémoire, l’UDPS considère que le dialogue doit poursuivre au moins trois objectifs : l’élaboration d’un calendrier électoral réaliste et consensuel, qui tient compte des délais constitutionnels ; l’organisation d’un processus électoral crédible et dans un climat apaisé et le transfert pacifique du pouvoir, dans le respect de l’expression populaire.

Tshibanda et Mende amers

L’enthousiasme exprimé par le G7 et le président de l’UDPS par rapport à la Résolution 2277 du Conseil de sécurité est loin d’être partagé au sein de la Majorité. Au cours d’un point de presse animé conjointement, vendredi 8 avril, par Raymond Tshibanda et Lambert Mende, respectivement ministre des Affaires étrangères et ministre de la Communication et des médias, le gouvernement congolais a dénoncé les « contradictions » contenues dans ladite résolution.

Pour ces deux ministres, les rédacteurs de cette Résolution « n’ont pas particulièrement brillé par la clarté et la logique ». Ils ont fustigé, dans la foulée, « les tentatives de certains Etats de faire exercer sur la RDC une sorte de tutelle internationale ainsi que le lobbying feutré de quelques Etats contributeurs de troupes au sein de la Monusco qui s’efforcent d’accroître abusivement leur rôle dans la définition de la situation et par conséquent du mandat de cette mission ».

Le très arrogant et antipathique ministre Mende a, pour sa part, appelé le personnel politique « à se surpasser pour faire coïncider les délais constitutionnels des scrutins avec la durée de tous les mandats sans discrimination, lors du Dialogue national politique inclusif convoqué par le chef de l’Etat et soutenu par la résolution 2277 des Nations Unies ». Comprenne qui pourra.

Dans son communiqué précité, Etienne Tshisekedi prévient : « Si il n’y a rien de convaincant d’ici le 24 avril, je compte demander à mon parti, aux forces du changement et à l’ensemble du peuple qui m’a porté à la magistrature suprême en 2011, de tirer toutes les conséquences de la persistance de l’impasse, dont on sait qu’elle a été artificiellement créée autant qu’elle est entretenue par le pouvoir qui, de ce fait, aura seul à en répondre devant l’histoire ».

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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