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Que cherchent les ADF en République Démocratique du Congo ? (analyse)

Que cherchent les ADF en République Démocratique du Congo ? (analyse)

Que cherchent les ADF en République Démocratique du Congo ? (analyse)
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Que cherchent les Forces Démocratiques Alliées (ADF), une rébellion ougandaise implantée dans le Nord-Kivu, une province orientale de la République Démocratique du Congo (RDC), depuis, exactement, deux décennies? Tantôt présentés comme des opposants historiques au régime ougandais de Yoweri Museveni; tantôt comme des "djihadistes" engagés sur les pas du jeune, et néanmoins plus "illustre", frère d'armes Boko Haram, on voit également dans les ADF de vulgaires brigands-trafiquants de gisements dont regorge cette région, ou, même, un groupe éclaté qui lutte aujourd'hui, pour sa survie. Bref, quelle typologie pour les ADF ?

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Que cherchent les ADF en République Démocratique du Congo ? (analyse)

Opposants, “djihadistes”, trafiquants ou groupe décrépité, quelle typologie pour les ADF qui ont fait, ces deux dernières années, plus d’un millier de victimes ?

Que cherchent les Forces Démocratiques Alliées (ADF), une rébellion ougandaise implantée dans le Nord-Kivu, une province orientale de la République Démocratique du Congo (RDC), depuis, exactement, deux décennies?

Tantôt présentés comme des opposants historiques au régime ougandais de Yoweri Museveni; tantôt comme des “djihadistes” engagés sur les pas du jeune, et néanmoins plus “illustre”, frère d’armes Boko Haram, on voit également dans les ADF de vulgaires brigands-trafiquants de gisements dont regorge cette région, ou, même, un groupe éclaté qui lutte aujourd’hui, pour sa survie. Bref, quelle typologie pour les ADF ?

Autant d’hypothèses demeurant, a priori, aussi plausibles, les unes que les autres, tant les ADF ne dérogent pas à la logique dans laquelle s’inscrivent tous les groupes armés dans la partie Est de la RDC.

Les revendications des ADF “se sont souvent inscrites dans une dynamique évolutive, ce qui donne l’impression que les vraies causes des guerres [en RDC] demeurent toujours cachées”, dira le chercheur Vincent Mbavu Muhindo, dans son livre “De l’AFDL au M23 en République Démocratique du Congo”, paru en 2014 aux éditions l’Harmattan.

Fuyant le régime ougandais vers l’Est de la RDC, ils s’intègrent dans la communauté locale et se livrent à des opérations de trafic juteux de bois, de café, de cacao et de minerais. Un “commerce” qui a profité, également, à cette population où sévissait un fort taux de chômage. De jeunes recrues congolais, particulièrement de l’ethnie Nande, ont ensuite volontairement rejoint le groupe armé, à la faveur notamment d’une proximité culturelle avec les Bakonzo, dont étaient issues beaucoup d’ADF.

Les ADF demeurent, pour autant, les plus “mystérieux” parmi les dizaines (plus de 70) de groupes armés écumant l’Est de ce pays, grand comme l’Europe de l’Ouest. En cause, le hiatus historique entre leur vocation “politique”, telle que définie par leur genèse, et la nature effective des activités menées, qui n’étaient ponctuées, des années durant, d’aucune revendication.

Ils auraient pu se voir rapprocher, pourtant, des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), une autre rébellion d’origine étrangère active dans la même région. A la différence de ceux-ci, toutefois, des Hutus comptant en leur rang des responsables présumés du génocide rwandais de 1994, les ex ADF-Nalu (Armée nationale de libération de l’Ouganda) se sont “congolisés”, selon l’expression de l’ONG International crisis group (ICG) dans un rapport de 2012.

La structure hiérarchique, pour le moins inconnue de ce groupe décrit comme “hétéroclite” (il rassemblait quatre mouvements, au moins), notamment après l’arrestation, en avril 2015, de son leader Jamil Mukulu, vient rajouter un autre élément d’incertitude, privant les ADF de toute présomption irréfragable d’activisme politique.

Ces particularités placeraient, ainsi, les ADF entre les groupes rebelles politiques, de type ex-M23 et FDLR, et plusieurs milices sans revendications politiques connues, où les actes de banditisme et activités de trafic servent aussi bien de mode opératoire que de finalité.

Ce classement est à nuancer, toutefois, dans la mesure où, d’un côté, tous les groupes armés ont été impliqués, à un moment ou un autre de leur existence, directement ou indirectement, dans les trafics des gisements miniers, selon des rapports internationaux.

D’un autre côté, mêmes les groupes “apolitiques” s’étaient souvent cachés derrière des “revendications” politiques ou communautaires, voire religieuses ou sectaires.

Finalement, les différents groupes armés n’opèrent pas systématiquement de façon isolée, les uns des autres. C’est ainsi qu’il a été établi que des miliciens Maï-Maï opéraient, ponctuellement, comme “combattants freelance” pour le compte des ADF, pour rejoindre, ensuite, leurs communautés respectives.

L’endossement de certaines revendications présente toutefois un attrait, pour tout groupe armé, en facilitant, notamment, le recrutement de nouveaux combattants autour de certains “idéaux”. Après la phase des ralliements volontaires, ce recrutement a été permis, pour les ADF, par “l’endoctrinement des otages”, selon des sources gouvernementales, soutenant la nature “djihadiste” du groupe.

L’endoctrinement des victimes a longtemps été une caractéristique des groupes idéologiques, dans la mesure où il est inopérant, par définition, quand le moteur est communautaire, ou même politique (les deux questions étant généralement liées dans le cas des groupes armés).

L’armée de résistance du Seigneur (LRA), un groupe armé ougandais inscrit dans un “militantisme chrétien”, y a eu recours. Comparaissant actuellement devant la Cour pénale internationale (CPI), Dominic Ongwen, avait été enlevé à l’âge de dix ans alors qu’il était sur le chemin de l’école par cette rébellion. Quelques années plus tard, il en deviendra un des chefs militaires, et même un proche du numéro 1, Joseph Kony, avant d’être arrêté en 2015.

Pour le cas des ADF, la piste “djihadiste” a longtemps été privilégiée. En cause, la nature présumée “fondamentaliste” de son leader, un Chrétien converti et placé à la tête de cette rébellion fondée dans les années 90.

Approché par Anadolu, le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, a déclaré “avoir des preuves attestant de la nature djihadiste des terroristes ADF.” Des “liens” avec les Shababs somaliens auraient également été établis, selon l’officiel congolais.

Bien que classée organisation terroriste par les Etats-Unis dès 2001, le flou entourant leurs revendications religieuses ou sectaires, qui s’analyse comme un corollaire de l’absence de hiérarchie connue, “prive” les ADF des dividendes de l’internationale djihadiste, dont a pu profiter, un tant soit peu, Boko Haram en prêtant allégeance à Daech en mars 2015.

Là où le groupe armé nigérian aura “réussi” sa transition, en passant, en une douzaine d’années, d’une petite secte rigoriste à une organisation sévissant dans le bassin du Lac Tchad, revendiquant rapts, assassinats et autres exactions à travers les réseaux sociaux, les ADF, nés en 1995, seraient restés bloqués au stade “reptilien” du djihadisme.

Plus d’un millier de civils auront été, néanmoins, massacrés aux quatre coins de Beni, l’un des six territoires quadrillant la région du Nord-Kivu, durant les deux dernières années, où leur activité a connu un pic spectaculaire, selon la société civile locale. Du 13 au 14 août, ce sont plus de cinquante civils qui ont été massacrés par les ADF dans le territoire de Beni.

Cette recrudescence est concomitante de l’engagement de l’armée congolaise dans une opération de “nettoyage” de sa frontière orientale, qui subit, à ce jour, les conséquences du génocide rwandais de 1994, et de guerres qui ont fait des millions de morts.

Le “nettoyage” avait donné son nom, depuis plusieurs mois, à deux opérations de l’armée, dont la première, Sokola 1 (nettoyage, en langue locale lingala) visait expressément les ADF. Estimés de quelques centaines à quelques milliers, les rebelles ougandais ont alors réorienté leurs actions contre les civils alors qu’ils s’attaquaient, jusque-là, prioritairement aux militaires. Le détournement de l’attention de l’armée loin des “routes du trafic” et des camps d’entraînement, pourraient figurer parmi les raisons expliquant cette dernière escalade.

Au mois de mai dernier, c’est le renforcement de la traque avec l’opération Usalama, avec la participation, aux côtés de l’armée congolaise, d’une brigade de la mission de l’ONU en RDC, la MONUSCO. Alors que les pronostics les plus optimistes donnent le groupe Boko Haram pour “mourant” dans le Bassin du Lac Tchad, “les ADF sont [également] dans une logique de survie, aujourd’hui”, glisse à Anadolu un ancien proche du Président Joseph Kabila. “Leur disparition est toutefois une hypothèse peu plausible, dans la mesure où la résilience des ADF est liée à celle des FDLR, et des autres [groupes armés]. L’existence de ceux-ci n’est pas sans lien, non plus, avec les rapports prévalant entre la RDC et ses voisins, ou la crise politique actuelle [en RDC].

Tant que l’Etat ne sera pas fort, tant que le contexte régional est marqué par cette tension, les ADF mourront pour renaître de leurs cendres, avec un anagramme pour nouvel acronyme”. Safwene Grira (AA)

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