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Le Sommet de Malabo: quel avenir pour la coopération Afrique-Monde arabe?

Le Sommet de Malabo: quel avenir pour la coopération Afrique-Monde arabe?

Le Sommet de Malabo: quel avenir pour la coopération Afrique-Monde arabe?
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Encore une fois une épine vient se planter sur le chemin du rapprochement Afrique-Monde arabe. Le Maroc et huit pays arabes dont l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis se sont retirés du 4e Sommet afro-arabe, tenu mercredi et jeudi, à Malabo en Guinée équatoriale. Justifiant ce retrait, le ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération a contesté la présence d’une délégation du Sahara occidental, dans un communiqué publié mardi soir.

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Le Sommet de Malabo: quel avenir pour la coopération Afrique-Monde arabe?

En 2014, les exportations des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) vers l’Afrique subsaharienne se sont chiffrées à 19,7 milliards d’USD, soit 2 % seulement des exportations totales du CCG.

Encore une fois une épine vient se planter sur le chemin du rapprochement Afrique-Monde arabe. Le Maroc et huit pays arabes dont l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis se sont retirés du 4e Sommet afro-arabe, tenu mercredi et jeudi, à Malabo en Guinée équatoriale.

Justifiant ce retrait, le ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération a contesté la présence d’une délégation du Sahara occidental, dans un communiqué publié mardi soir.

Ainsi, les rapports afro-arabes accusant déjà un grand retard en raison des conflits et de l’instabilité qui minent le Sahara ne font que tourner encore davantage au ralenti, cédant large la voie aux occidentaux et aux grands émergents, tels la Chine, l’Inde et la Russie, selon le penseur et théoricien du post-colonialisme Achille Mbembe.

Interrogé par Anadolu, le chercheur camerounais à l’Université du Witwatersrand de Johannesburg en Afrique du Sud, affirme que les deux partenaires dont les contacts ont précédé de plusieurs siècles l’instauration du régime colonial occidental, n’ont qu’à renforcer la coopération bilatérale en lançant des projets économiques, culturels et militaires communs.

Dans un monde multipolaire, ces partenaires ont intérêt à s’approcher les uns des autres pour résister à la convoitise des grandes puissances, être au diapason des évolutions technologiques et se faire une place dans le concert des nations, dit-il.

Pour Mbembe, la mort du dernier panafricaniste, l’ancien président Libyen Mouammar Kadhafi, qui avait initié « des gestes significatifs en faveur de l’intégration régionale et du rapprochement entre l’Afrique et le monde arabe, n’a fait qu’influer négativement sur le cours des choses ».

Conséquence: «les pays arabes sont plus ou moins absents de la course nouvelle vers l’Afrique », malgré plusieurs atouts favorables à un plus grand rapprochement entre Arabes et Africains, de l’avis de l’analyste camerounais.

Achille Mbembe entend par atouts favorables, des liens arabo-africains qui remontent aux Ve et VIe siècles, puisque le prophète de l’Islam Muhammad (Paix sur lui), lui-même, conseillait souvent à ceux de ses plus fidèles disciples qu’il voulait protéger de trouver refuge en Ethiopie pour échapper à la persécution des païens de La Mecque. D’autant que Bilal le muezzin du même prophète était d’origine éthiopienne.

Mbembe évoque, de surcroît, des configurations géographique et sociale propices au renforcement de la coopération entre deux mondes plus ou moins égaux sur le plan technologique. « Deux mondes qui devraient mettre le cœur à l’ouvrage en s’inscrivant dans la durée pour rattraper leur retard par rapport au monde développé », a-t-il ajouté.

Abondant dans le même sens, Djiby Diakhaté, professeur de Sciences politiques à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), préconise une meilleure présence arabe en Afrique, après « un certain déclin dû, entre autres, à l’intégration des deux régions dans le système capitaliste mondial. Lequel système capitaliste a considérablement affecté les liens qui les unissaient autrefois ».

«Les liens entre Arabes et Africains datent d’une époque lointaine qui a précédé de plusieurs siècles l’instauration du régime colonial occidental en Afrique et dans une partie du monde arabe. Ceci étant, la présence arabe s’étendait du Sénégal jusqu’à la mer Rouge en passant par la Savane et, le long de la Côte orientale, de l’Ethiopie à la Tanzanie. Aujourd’hui, les Arabes y sont presqu’absents, si l’on excepte quelques tentatives de certains pays du Golfe et du Maroc», explique Diakhaté.

A la question de savoir si l’utilisation par les mouvements séparatistes et irrédentistes de l’islam, comme cri de ralliement, ne s’érige en sérieux obstacle devant tout vrai rapprochement entre les deux anciens excellents partenaires, l’analyste sénégalais recommande de mieux toucher les populations en lançant des projets susceptibles d’améliorer leur condition précaire.

«Certains pays riches arabes, notamment ceux pétroliers, accordent des aides aux Etats africains, mais ces aides ne profitent pas aux populations pauvres de la région. Il faudrait plutôt opter pour la décentralisation et servir le développement dans les régions les moins reculées pour gagner la confiance des Africains. Le capital confiance est primordial dans le rétablissement des relations, autrefois excellentes, Afrique-Monde Arabe », explique Diakhaté.

Il fait, par delà, observer que même les craintes éprouvées par certains marabouts vis-à-vis d’ «une vision moderne de l’islam capable d’affaiblir leur contrôle et leur influence sur leurs coreligionnaires», pourraient être amadouées en faisant montre de solidarité et de philanthropie, mais aussi de pragmatisme bien dosé et réaliste, à l’égard de ces Africains livrés à eux-mêmes.

Selon une étude du Fonds monétaire international (FMI), en 2014, les exportations des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) vers l’Afrique subsaharienne se sont chiffrées à 19,7 milliards d’USD, soit 2 % seulement des exportations totales du CCG. Dans le même temps, les importations du CCG en provenance de l’Afrique n’ont atteint que 5,5 milliards d’USD, dont la plus grande partie était destinée aux Émirats arabes unis, notamment à des fins de réexportation.

L’Afrique orientale reste, jusque-là, la région la plus attrayante pour les investissements du Golfe hors matières premières, les secteurs clés étant le commerce de détail et les hypermarchés, l’automobile, la banque commerciale et le tourisme. Le secteur manufacturier en Éthiopie, les loisirs, le commerce de détail et le tourisme au Mozambique et au Kenya, ainsi que l’éducation en Ouganda remportaient également les faveurs des investisseurs du Golfe, d’après une étude de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dubaï, datant de 2015. A.A

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