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Les croyances en RDC: lorsque les « mauvais esprits » se mêlent des fêtes de fin d’année

Les croyances en RDC: lorsque les « mauvais esprits » se mêlent des fêtes de fin d’année

Les croyances en RDC: lorsque les « mauvais esprits » se mêlent des fêtes de fin d’année
Summary:
A l’hôpital central de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu (Est de la RD Congo), Moise, jeune conducteur de 23 ans, vient de s'éteindre des suites d'un accident de la route. Pour sa soeur Eva, il ne s'agit guère d'un accident normal mais d'un accident "diabolique" provoqué par de "mauvais esprits", particulièrement actifs en cette période de fin d'année, selon des croyances locales.

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Les croyances en RDC: lorsque les "mauvais esprits" se mêlent des fêtes de fin d'année

Dans plusieurs villes de l’Est de la RDC, les populations associent la hausse du nombre d’accidents et des hospitalisations en cette période de fin d’année à des « mauvais esprits »

A l’hôpital central de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu (Est de la RD Congo), Moise, jeune conducteur de 23 ans, vient de s’éteindre des suites d’un accident de la route. Pour sa soeur Eva, il ne s’agit guère d’un accident normal mais d’un accident « diabolique » provoqué par de « mauvais esprits », particulièrement actifs en cette période de fin d’année, selon des croyances locales.

« Mon frère est un très bon chauffeur. Il ne pouvait avoir un accident pareil si ce n’étaient les mauvais esprits, qui perpétuent la mort en ces jours de fête », explique-t-elle à Anadolu.

Les convictions d’Eva sont partagées par une grande partie de la population de Goma et d’autres villes de l’Est de la RDC.

Si les populations du monde entier s’évertuent à accueillir la nouvelle année sous les meilleurs auspices et avec une bonne dose d’optimisme, tel n’est, malheureusement, pas le cas dans certaines régions de l’Est congolais, où on parle plutôt de « malédiction » et de « sorts jetés par les mauvais esprits ».

Ainsi, à Goma, a-t-on tendance à associer la hausse du nombre d’accidents et d’hospitalisations durant les dix derniers jours de l’année au « pouvoir maléfique » des présumés esprits.

Pour contourner ces mauvais sorts, les églises multiplient les appels au jeûne et à la prière. Des rituels sont également pratiqués au sein de certaines communautés pour se prémunir contre le mal.

Pourtant, assurent des sources policières et médicales interrogées par Anadolu, des explications rationnelles de la hausse des accidents et des hospitalisations existent.

« Eri herera » (faire des offrandes en Kinande local), est un des rituels pratiqués pour conjurer la malédiction. Il s’agit de faire des sacrifices et des dons à la mémoire des ancêtres. selon le cas, on abat des chèvres, des poules…

« Ici, nous savons depuis la nuit des temps qu’on ne doit pas laver le bébé à 12h00, il risque de mourir car, à cette heure de la journée, de mauvais esprits font la ronde comme à chaque fin d’année ! », explique, de son côté, Jacqueline Zita, mère de famille de 40 ans.

Lorsque nous étions plus jeunes, on nous racontait que les ‘va hangami’, les gardiens des coutumes, étaient en train de donner à manger aux ancêtres, comme ils le font à chaque fin d’année. Ils se dirigent vers les endroits cachés, selon les indications de ces ‘esprits’, et c’est là où ils doivent laisser ces offrandes… ! », se rappelle Jaqueline.

D’autres disent qu’il faut éviter de trop se déplacer en cette période de l’année. « Pas question de voyager ni de faire trop de mouvements à la fin de l’année. Chacun doit rester chez soi, on doit être très prudent en cette période et surtout pour le 31 décembre. Nous devons surtout implorer la grâce de Dieu et Sa miséricorde », relève pour sa part, le Révérend pasteur Syayikomya Nganza, de l’église du Christ au Congo.

« Lorsque les douze coups de minuit sonnent, personne ne doit sortir de la maison. Nous devons également laisser toutes cruches contenant de la nourriture, ouvertes, afin de permettre aux ancêtres de se nourrir, faute de quoi ils nous apporteraient malheur et désolation en cette fin d’année! » explique Mbulavuyo Héritier, un ancien habitant de Goma.

En plus de tous ces rituels, certains comme Luc Kambale, un habitant de Goma, prennent d’assaut les églises où ils multiplient les prières.

Rencontré par Anadolu alors qu’il faisait sa prière à l’église « Church of God », Kambale indique qu’il a d’ores et déjà entamé son « marathon de prières  » comme il le fait, chaque année en telle période.

Elisha Kibonge, pasteur de l’église « Mission évangélique pour le sauvetage », estime, pour sa part, que « le diable n’a jamais été content que les chrétiens soient en bonne santé et il multiplie ses actions en fin d’année ».

Face à toutes ces croyances, les esprits rationnels s’indignent, estimant que des explications objectives de tous ces phénomènes existent.

A l’hôpital général de Goma, les malades sont certes beaucoup plus nombreux en cette période que durant le reste de l’année. Seulement l’explication de cette hausse du nombre d’hospitalisés s’explique, selon, le docteur Hangi, médecin au sein de cette structure hospitalière, par l’augmentation des microbes et des bactérie en cette période de l’année.

« En novembre et en décembre, c’est la saison des pluies, rappelle-t-il. Les microbes se multiplient plus vite en ce moment et comme nous vivons dans un environnement sale, avec des fosses septiques non ou mal couvertes, des canalisations bouchées…, les eaux des pluies apportent des maladies et celles qui stagnent favorisent la prolifération des moustiques. 70% des malades souffrent ainsi de la malaria, de la fièvre typhoïde, des amibes, du choléra… », témoigne-t-il.

Le spécialiste réfute, ainsi, toute origine diabolique et mystique des maladies et des accidents qui surviennent en fin d’année, s’insurgeant contre ces croyances et tous ces rituels qui ne font que fatiguer davantage l’organisme le rendant plus vulnérable face aux maladies.

Du côte de la police de la circulation routière de Goma, les statistiques officielles semblent aussi démentir les croyances, selon lesquelles il y aurait autant d’accidents et de morts en décembre que durant les autres mois. « La moyenne reste la même, au moins dix accidents mortels par mois » Indique une source proche de la police chargée des statistiques.

Quant aux causes des accidents, elles sont toujours les mêmes. « L’excès de vitesse vient en tête, dit-il, suivi de l’état d’ivresse des conducteurs et du non-respect du code de la route », a-t-elle conclu.  AA

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