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RDC: un « glissement » (favorisé par UDPS et Rassop) vers l’alternance ou la confrontation?

RDC: un « glissement » (favorisé par UDPS et Rassop) vers l’alternance ou la confrontation?

RDC: un « glissement » (favorisé par UDPS et Rassop) vers l’alternance ou la confrontation?
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Selon la Constitution congolaise, le second et dernier mandat du président Joseph Kabila devait prendre fin le 19 décembre 2016 à minuit. Toutefois, après avoir tenté en vain de modifier cette Constitution en janvier 2015, le gouvernement congolais avait pris l’option de ne pas organiser les élections dans les délais prévus et de prôner une période de "glissement", c’est-à-dire un prolongement de la présidence Kabila jugé inacceptable par l’opposition et la société civile.

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RDC: un "glissement" vers l'alternance (favorisé par UDPS) ou la confrontation?

Selon la Constitution congolaise, le second et dernier mandat du président Joseph Kabila devait prendre fin le 19 décembre 2016 à minuit. Toutefois, après avoir tenté en vain de modifier cette Constitution en janvier 2015, le gouvernement congolais avait pris l’option de ne pas organiser les élections dans les délais prévus et de prôner une période de « glissement », c’est-à-dire un prolongement de la présidence Kabila jugé inacceptable par l’opposition et la société civile.

C’est pourquoi la CENCO (la Conférence épiscopale nationale du Congo) a pris l’initiative d’organiser en décembre un « dialogue national inclusif » avec l’opposition, afin d’aboutir à un compromis pour s’accorder sur une transition pacifique vers l’alternance démocratique. Il fallut plusieurs semaines de négociations laborieuses pour que la CENCO aboutissent, le 31 décembre 2016 à 23h00, à arracher aux deux camps un accord baptisé par les médias « accord de la Saint-Sylvestre ». Cet accord stipule que Joseph Kabila assure la présidence durant la transition menant à l’organisation des élections « fin 2017 » et qu’il s’engage à nommer un Premier ministre issu du Rassemblement de l’opposition. La transition est par ailleurs appelée à être supervisée par un Conseil national de suivi de la transition également dirigé par un représentant du Rassemblement.

D’un côté, l’accord de la Saint-Sylvestre permet à la majorité présidentielle de s’assurer que le président Kabila continuera de diriger le pays durant la période de « glissement », et donc de garder la main. D’un autre côté, le Rassemblement de l’opposition obtient la primature du gouvernement de transition et la présidence du Conseil national de suivi de la transition, ainsi que l’engagement du président Kabila de ne pas réviser la Constitution, de ne pas se représenter et d’organiser les élections présidentielles, législatives et provinciales avant la fin de l’année 2017. Toutefois, l’encre de l’accord était à peine sèche que les problèmes liés à sa mise en œuvre apparaissaient.

D’une part, le nouveau gouvernement dirigé par un membre du Rassemblement ne sera nommé au mieux qu’en mai 2017 et ne disposera pas du budget nécessaire à l’organisation des élections, soit 1,8 milliard de dollars selon la CENI (Commission électorale nationale indépendante), en manque de financement chronique et qui aura toutes les difficultés à renouveler le fichier électoral d’ici juillet 2017, comme le prévoit son calendrier initial. D’autre part, le Conseil national de suivi de la transition, une fois composé, nécessitera une loi organique promulguée par le président Kabila pour définir son fonctionnement. Enfin, la mise en œuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre nécessite un accord sur les « arrangements particuliers » qui étaient censés être conclus pour le 28 janvier 2017.

Malgré certaines avancées, la conclusion de ces « arrangements particuliers » se fait toujours attendre. La République démocratique du Congo a ainsi entamé un « glissement à l’intérieur du glissement ». Parmi les principaux arrangements à négocier, un seul a débouché sur un compromis: la configuration du futur gouvernement de transition, qui sera composé de 53 membres. Les négociations butent sur quatre points de divergence : premièrement, la majorité présidentielle exige que le Rassemblement propose trois noms parmi lesquels le président Kabila désignerait le Premier ministre, alors que le Rassemblement désire s’en tenir à l’accord de la Saint-Sylvestre qui lui octroie le poste. Deuxièmement, la majorité présidentielle souhaite que le travail d’accompagnement de la CENCO cesse dès la mise en œuvre de l’accord, tandis que le Rassemblement demande qu’elle accompagne la transition en tant que modératrice. Troisièmement, les deux camps s’opposent sur la répartition des ministères-clés, comme les ministères régaliens (Intérieur, Défense, Justice) et économiquement stratégiques (Mines). Enfin, quatrièmement, la majorité souhaite que le nouveau gouvernement n’entre en fonction que suite à l’assemblée parlementaire de mars, c’est-à-dire en mai 2017, un délai jugé beaucoup trop long par l’opposition, qui souhaite prendre les commandes au plus vite pour avoir le temps d’organiser les élections dans les temps.

En d’autres termes, le président Kabila, après avoir accepté l’accord de la Saint-Sylvestre pour faire redescendre la pression nationale et internationale, et ainsi passer le cap du 19 décembre 2016, joue désormais la montre en optant pour la stratégie de l’enlisement et se poser en ultime recours en cas d’échec des négociations de la CENCO. Dans ce but, la mort d’Etienne Tshisekedi, le 1er février 2017, est venue lui offrir un solide atout supplémentaire, en rebattant les cartes d’un paysage politique congolais pourtant déjà très fragile. Seule la stature de Tshisekedi, opposant historique et leader de l’UDPS, parvenait en effet à faire le contrepoids à Kabila et à imposer le consensus au sein d’une opposition traditionnellement divisée. Sa disparition remet dès lors tragiquement en cause l’unité de l’opposition et la mise en œuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre.

Un bras de fer politique a débuté pour tirer profit du contexte post-Tshisekedi. La majorité présidentielle cherche à diviser le Rassemblement, qui doit désigner une présidence capable de conserver l’unité. L’UDPS, en proie à une guerre de succession, est par ailleurs soumis à forte pression, tant les différents camps cherchent à tirer profit de son éventuelle implosion. Pour ce faire, Kabila dispose d’un précieux allié, en la personne du Premier ministre Samy Badibanga, ex-UDPS exclu en 2012 par Tshisekedi après avoir décidé de siéger au Parlement contre les directives de son président de parti, et qui conserve des amitiés au sein de son ancien parti, à qui il pourrait proposer des postes de ministres dans un gouvernement « élargi à l’UDPS » comme alternative à un hypothétique gouvernement de transition. C’est ainsi finalement l’accord de la Saint-Sylvestre qui se retrouve fragilisé : les négociations concernant la transition concernaient surtout deux hommes, Kabila et Tshisekedi. Ce dernier disparu, c’est l’équilibre des forces qui bascule. La dépouille de l’ex-opposant est d’ailleurs l’objet de manœuvres politiques : la majorité présidentielle refuse de reprendre les négociations avant les funérailles, tandis que l’UDPS a conditionné l’organisation de l’enterrement à la mise en place du gouvernement de transition.

La disparition Tshisekedi semble ainsi rendre la situation inextricable. D’un côté, l’opposition politique, désormais sans leader incontesté, est menacée d’implosion. De l’autre côté, le président Kabila joue la montre et la stratégie du pourrissement, dans l’espoir d’organiser à terme un référendum lui permettant une transition taillée sur mesure, voire un troisième mandat – une hypothèse pourtant largement rejetée par la population. Tous les éléments semblent réunis pour mener au retour de la violence et des conflits. Certes, la ténacité de la CENCO laisse espérer qu’un accord sur les « arrangements particuliers » soit trouvé in extremis, mais chaque jour qui passe rend une telle option plus improbable. Les mesures dilatoires que multiplie la majorité présidentielle laissent penser que le président Kabila n’a nullement l’intention d’aboutir à un compromis, qui lui permettrait pourtant d’entrer dans l’histoire du pays en tant que premier président à avoir accepté l’alternance démocratique. Il en résulte que le « glissement » congolais a toutes les chances d’aboutir non pas à l’alternance démocratique, mais à la confrontation. Afrique Rédaction avec RTBF

Arnaud Zacharie est secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11)

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