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Afrique: caisse des dépôts et AFD créent un fonds de 500 millions d’euros

Afrique: caisse des dépôts et AFD créent un fonds de 500 millions d’euros

Afrique: caisse des dépôts et AFD créent un fonds de 500 millions d’euros
Summary:
La Caisse des dépôts (CDC) et l'Agence française de développement (AFD) vont créer un fonds commun doté de 500 millions d'euros pour financer des infrastructures en Afrique, a annoncé le directeur général de l'AFD Rémy Rioux à l'AFP.

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Afrique: caisse des dépôts et AFD créent un fonds de 500 millions d'euros

Rémy Rioux (C), directeur général de l’Agence Française de développement, serrant la main du ministre tunisien de la Coopération Fadhel Abdelkef (D) à Tunis le 28 novembre 2016 – © FETHI BELAID


La Caisse des dépôts (CDC) et l’Agence française de développement (AFD) vont créer un fonds commun doté de 500 millions d’euros pour financer des infrastructures en Afrique, a annoncé le directeur général de l’AFD Rémy Rioux à l’AFP.

« On va créer des instruments financiers communs. On va commencer par un fonds pour investir dans les infrastructures en Afrique d’au moins 500 millions d’euros l’année prochaine« , a déclaré M. Rioux.

Ce fonds fait partie d’une charte d’alliance stratégique qui doit être signée mardi entre les deux institutions.

Elle comporte également un volet de ressources humaines dont l’objectif est de faciliter le passage des personnels de la Caisse des dépôts (CDC) vers l’Agence française de développement (AFD), et inversement.

Un rapprochement entre la CDC et l’AFD avait été dessiné par le président François Hollande à l’été 2015, puis confirmé début 2016, mais il n’avait finalement pas abouti.

L’article le prévoyant avait en effet été retiré du projet de loi « Sapin 2 » en mars et des discussions avaient été entamées en vue d’un partenariat renforcé.

Très ouverte sur l’international, l’Agence française de développement compte sur la Caisse des dépôts pour renforcer son empreinte en France. A l’inverse, elle pourra servir d’appui à la CDC hors de France puisque la Caisse détient de nombreuses filiales présentes à l’étranger. AFP

 

 

PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE ______

Service de presse

DOCUMENT DE TRAVAIL
BRIEFING AUX JOURNALISTES COMMEMORATION DES 75 ANS DE L’AGENCE FRANCAISE DE DEVELOPPEMENT AFD

Elysée – Lundi 5 décembre 2016

Conseillère Elysée : Nous verrons d’abord le contexte, en particulier la raison pour laquelle le Président, depuis le début de son mandat, s’est autant investi sur les questions de développement de façon très engagée et très structurée.

Rémy RIOUX, que nombre d’entre vous connaissent et qui dirige l’AFD, vous donnera l’esprit, les résultats et les perspectives dans lesquelles l’AFD se situe, qui en font un outil très exceptionnel.

Nous allons donc commencer par le contexte, les raisons pour lesquelles le Président a voulu participer à ces 75 ans de l’AFD et s’exprimer à cette occasion sur son action.

Conseiller Elysée: Tout d’abord, les 75 ans de l’AFD, en soi, c’est un évènement. Il se trouve, par ailleurs, que cet anniversaire coïncide, presque un an jour pour jour, après l’Accord de Paris sur le climat. Au fond, c’est un peu un des fils rouges de l’action du Président de la République sur la scène internationale au cours de son quinquennat.

L’Agence française de développement a toujours été à la pointe du débat d’idées international pour imposer ou faire prévaloir l’idée qu’il n’y a pas de développement sans service public, qu’il n’y a pas de création de richesse sans développement durable, en tout cas pas de création de richesse durable sans développement durable.

Déjà, à une époque où le Consensus dit de Washington faisait passer le développement par les thérapies de choc et par les privatisations à outrance, la France faisait entendre une voix différente. Cette voix différente, quelque part, elle a prospéré, l’année dernière, avec cet aboutissement qu’ont pu représenter, d’une part, l’adoption de l’agenda pour le développement, les fameux objectifs de développement durable lors de l’Assemblée générale des Nations unies au mois de septembre, puis, ensuite, lors de l’Accord de Paris sur le climat.

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ème

Ce 75
République de remettre en perspective tout ce qu’il a vu sur le terrain au cours de son quinquennat. A chaque fois, l’ A gence française de développement était évidemment omniprésente. Lorsqu’on parle, par exemple, du Mali: au Nord Mali, l’AFD était extrêmement investie pour assurer le fonctionnement d’un certain nombre de services publics de base, de l’électricité, de l’éducation, de la santé. En Guinée également, au moment de la crise Ebola, l’Agence française de développement était là pour appuyer l’implantation de l’Institut Pasteur, pour contribuer au financement d’un centre de traitement et à la fin pour éradiquer la maladie.

L’AFD est présente bien sûr aussi en Egypte, par exemple, au Caire, avec le projet de métro. Elle a accompagné, dans le sillage des printemps arabes, les transitions démocratiques en Tunisie. Aux Philippines, bien sûr, lors de son déplacement l’année dernière, au début de l’année, où le Président avait constaté l’ampleur des dégâts provoqués par un ouragan et le fait que l’AFD était bien présente, pour permettre aux populations, de nouveau, d’accéder à des services, des services de base.

Ce sera un moment pour le Président pour remettre en perspective tout ce qu’il a vu, tout ce qu’il a constaté sur le terrain et le replacer dans une stratégie d’ensemble. Parce que ces multiples interventions de l’AFD – Rémy RIOUX y reviendra évidemment – ce n’est pas un éparpillement, au contraire, on a une stratégie extrêmement claire, qui a été encore précisée, lors du Comité interministériel de la coopération et du développement (CICID) qui s’est tenu le 30 novembre dernier.

Stratégie claire par rapport aux géographies, avec une priorité sur l’Afrique qui ne se dément pas. Il y avait eu cet engagement du Président de la République d’augmenter les fonds de financement vers l’Afrique, avec une cible de 20 milliards d’euros sur la période 2014- 2018, qui sera respecté. Egalement une cible sur les dons à destination des pays les moins avancés, qui est une demande forte des organisations non gouvernementales et de la société civile. Donc, une stratégie géographique de concentration sur l’Afrique.

Mais aussi, deuxièmement, une préoccupation sur ce que l’AFD peut faire pour contribuer à la stabilité d’un certain nombre de pays vulnérables, au Proche-Orient bien sûr, dans le contexte de la crise des réfugiés, mais pas seulement, en Afrique, encore une fois, et sur d’autres terrains, notamment sur les Balkans occidentaux, sur l’Ukraine, où une exploration d’activité possible de la part de l’Agence sera entamée, c’est une des décisions du CICID du 30 novembre.

Donc, une géographie précisée, mais également une stratégie par secteur qui a été très clairement identifiée, avec, en premier lieu bien sûr, l’éducation, c’est une des préoccupations fortes du Président de la République, notamment à la suite de ses nombreux déplacements en Afrique, où il a pu constater un certain déficit du nombre de professeurs, par exemple, d’enseignants. Evidemment, il n’y a pas de stabilité possible, mais il n’y a pas non plus de développement possible, si l’éducation, qui est un des premiers droits humains, n’est pas garantie. Donc, un accent très fort qui a été décidé de la part du Gouvernement, pour que

anniversaire est aussi très important parce qu’il va permettre au Président de la

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l’AFD investisse encore plus ce champ. En sachant qu’elle a déjà fait beaucoup au cours de la période 2013-2015, comme il a pu le rappeler lors du Sommet de la Francophonie, avec, 1 milliard d’euros d’engagements qui ont été effectués au cours de cette période, mais une volonté d’aller encore plus loin.

Un deuxième secteur de très grand intérêt pour la France, qui est la santé, avec là aussi, d’une part, bien sûr, un investissement fort de la part de la France dans les grands fonds verticaux que sont le Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, dans Unitaid, dans l’Alliance pour les vaccins Gavi. Mais également une volonté d’action sur le plan bilatéral, parce que les deux vont de pair en réalité. Il n’y aura pas de renforcement des systèmes de santé dans les pays du Sud, il n’y aura pas de couverture sanitaire universelle dans ces pays – c’est un des chevaux de bataille de la France – s’il n’y a pas une Agence française de développement qui est aussi là pour travailler, de concert avec les organisations internationales, avec les grands fonds, pour faire en sorte que l’on ait des systèmes de santé résilients qui puissent faire face à des épidémies. On a bien vu – pour reprendre l’exemple d’Ebola – à quel point des systèmes de santé fragiles pouvaient s’effondrer, à la faveur d’une épidémie aussi cataclysmique que l’a été Ebola.

Enfin, troisième axe, très fort, qui correspond à une préoccupation du Président et qu’il rappellera évidemment dans son intervention, c’est la thématique démocratie, gouvernance, sécurité. Le Président de la République avait souhaité que l’Agence française de développement puisse investir le secteur de la gouvernance, qui auparavant était géré par l’Etat. Aujourd’hui, c’est l’AFD qui le fait, en considérant que, là encore, il ne peut pas y avoir de développement, il ne peut pas y avoir de croissance, si les Etats ne sont pas capables de jouer leur rôle : assurer en premier lieu la sécurité, mais pas seulement, parce qu’il n’y a pas non plus de développement si la justice n’est pas indépendante, s’il y a de la corruption. Donc, ça a été un des axes forts d’intervention du Président de la République au cours de ses déplacements. Il aura l’occasion de le rappeler.

Bien sûr, toutes ces actions, toutes ces thématiques, il ne s’agit pas simplement d’en parler, il faut agir, pour agir, il faut des moyens. Toute l’action du Président depuis le début de son quinquennat a été de retrouver des marges de manœuvre pour l’aide publique au développement et donc pour son bras armé qui est l’Agence française de développement.

Vous vous souvenez certainement que lors de l’Assemblée générale des Nations unies en 2015, au cours de laquelle on a adopté les objectifs de développement durable, le Président de la République avait affirmé son ambition en matière de développement durable, que l’on augmente de 4 milliards d’euros nos engagements sur le climat. Cela passait par un renforcement des moyens de l’Agence française de développement, notamment une augmentation de son capital, ce qui est chose faite, en tout cas ce le sera d’ici la fin de l’année, puisque les fonds propres de l’Agence vont être augmentés. Ce qui permettra, en 2020, d’avoir une AFD avec une capacité d’engagement annuelle de 12 milliards d’euros, ce qui la place dans le top mondial des banques de développement bilatéral et multilatéral,

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puisque je crois que c’est l’équivalent de la Banque asiatique de développement. C’est pour l’Agence française de développement, sa capacité d’action globale.

Mais le Président – c’était une préoccupation des ONG – a toujours voulu que l’équilibre entre les prêts de l’Agence et les actions en dons soit préservé. C’est pour cela que depuis l’année dernière, nos crédits budgétaires pour l’aide publique au développement en dons ont considérablement augmenté. Pour cette année, enfin pour l’année 2017, sous réserve bien sûr de ce qui sortira en loi de finances, on prévoit une augmentation de 360 millions d’euros des dons que la France pourra faire dans un certain nombre de pays, notamment bien sûr d’Afrique subsaharienne.

Donc, une augmentation des moyens très conséquente qui remet la France en situation

d’atteindre la cible des 0,7 % du revenu national brut dévolue au développement, à l’horizon 2030, puisque c’est l’échéance qui a été fixée au moment où on a adopté les objectifs de développement durable.

Enfin, ces moyens d’action sont évidemment essentiels, mais l’Agence française de

développement n’évolue pas toute seule, elle évolue avec des partenaires. Là, le Président de

la République aura l’occasion, au cours de cette visite au Quai Branly, au cours de cette

ème

commémoration du 75

anniversaire de l’AFD, de saluer le rapprochement effectif entre ème

l’AFD et la Caisse des Dépôts et Consignations, qu’il avait annoncé à l’occasion du 200

anniversaire de la Caisse au mois de janvier de cette année. Donc, en fin d’année, à l’occasion

ème

du 75
pourra annoncer l’effectivité de ce rapprochement, qui est évidemment extrêmement important, puisqu’un des livrables, c’est la création d’une facilité pour le financement des infrastructures, qui sera abondée à hauteur de 500 millions d’euros par la Caisse des Dépôts et également abondée par l’Agence française de développement.

Partenariat également avec les ONG, un des engagements très forts du Président de la République avait été de doubler l’aide publique au développement transitant par les ONG. Cet objectif, cette promesse a été respectée. Evidemment, un des objectifs, c’est d’aller plus loin encore dans les années à venir.

Donc, un déplacement, une commémoration, un discours qui seront l’occasion de faire un bilan, aussi avec la loi cadre sur la solidarité internationale et le développement, c’était la première qui ait jamais été adoptée en France, avec la rationalisation de l’expertise technique internationale, la création d’Expertise France. Donc, saluer, constater plutôt un bilan et en même temps tracer les perspectives, parce qu’on voit qu’avec ces moyens

ème

anniversaire de l’Agence française de développement, le Président de la République

nouveaux, l’AFD sera en mesure de prendre à bras-le-corps les grands défis du 21 au premier rang desquels bien sûr la lutte contre le réchauffement climatique.

siècle,

Rémy RIOUX, Directeur général de l’AFD :D’abord pour dire à quel point on est, à l’Agence française de développement, on est honorés et heureux de la présence du Président

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de la République, demain, à notre anniversaire. On est très heureux de lui offrir une tribune à Paris pour parler de ces sujets. Parce que moi qui ai eu la chance de le suivre à plusieurs reprises depuis ma nomination et avant même, il en parle très souvent à l’étranger et on est très connus d’ailleurs, nous, Agence française de développement, à l’étranger. Mais il faut bien le reconnaitre, on n’est pas très connus en France. Il nous semble très important que ce discours-là, cette action de la France soit présentée devant un public français, à Paris.

Donc, c’est pour ça qu’on a conçu cet évènement de demain, en fin d’après-midi, comme le point culminant de toute une semaine de manifestations. On a commencé mercredi dernier avec un colloque historique. On a enchainé l’après-midi – j’en dirai un mot – avec le Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement, présidé par le Premier ministre. On a fait un très beau colloque académique, il y a des chercheurs du monde entier qui sont venus traiter de la problématique des biens communs, des communs, ces choses qui ne sont ni des biens publics, ni des biens privés et sa pertinence sur les enjeux de développement aujourd’hui, c’est Gaël GIRAUD, notre chef économiste, qui a organisé tout ça, c’était jeudi et vendredi derniers. Et puis, aujourd’hui, on a un colloque au Palais Brongniart sur les économies des Outre-Mer, où on est très présents aussi, qui sont des territoires évidemment entre le Nord et le Sud, où la problématique des objectifs de développement durable s’exprime très fortement.

Tout ça évidemment va se conclure demain, on a autour du Président beaucoup de personnalités qui ont accepté de venir aussi pour cet anniversaire. On a trois chefs d’Etat, donc le Président HOLLANDE, le Président KABORE du Burkina Faso, le Président CONDE de Guinée. On a la secrétaire générale de la Francophonie qui viendra s’exprimer. On a l’Aga KHAN aussi, qui est un grand partenaire de l’Agence, qui sera présent. On a deux Premiers ministres, le Premier ministre de Côte d’Ivoire, le Premier ministre de Haïti. On a de très nombreux ministres, français d’abord et aussi étrangers. Beaucoup de présidents et de vice-présidents des banques de développement qui sont nos pairs, le Président de la Banque européenne d’investissement, le Président de la Banque islamique de développement, on aura le Gouverneur de la Banque de France bien sûr, le DG de la Caisse, le Président du Conseil constitutionnel, Laurent FABIUS, un an après la COP, effectivement. Donc, on a toutes ces manifestations de soutien qui nous font chaud au cœur, mais qui, je crois, fondamentalement, marquent le fait qu’il se passe quelque chose, derrière cette politique, très clairement, dont l’évènement de demain est un petit peu l’expression.

Ça a commencé, je crois, effectivement avec la loi Développement de 2014, puis, bien sûr, avec les grands sommets de l’année dernière. C’est le Président de la République qui a porté ça, qui a initié ce mouvement. Ce mouvement a été confirmé par le Gouvernement mercredi dernier, je vous renvoie aux conclusions de ce Comité interministériel qui sont très puissantes et très fortes pour nous. Donc, on a rappelé les moyens supplémentaires qui sont en cours d’adoption et qui sont tout à fait historiques pour nous.

Il y a aussi le mandat confié à l’Agence d’intervenir dans de nouveaux secteurs, donc le secteur de la gouvernance, le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche, le

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secteur – là, encore plus éloigné de notre genre de beauté actuelle – le secteur des industries culturelles et créatives, parce que la culture, c’est évidemment une dimension du développement.

Et puis, de nouvelles géographies aussi, on va prospecter les Balkans, on va regarder un peu en Argentine, on garde notre priorité africaine, évidemment, c’est 50 % de nos engagements, mais on ne s’interdit pas d’être un instrument pour l’influence de la France et pour la politique de développement dans de nouvelles géographies, c’est ce que nous demande le CICID. Et puis, des nouveaux instruments aussi pour être encore plus efficaces, ça, c’est le Gouvernement.

Le Parlement aussi s’est saisi du sujet, sur tous les bancs d’ailleurs, dans la discussion des lois de finances, allant très loin dans le soutien et le vote de nouveaux moyens pour la politique de développement.

Et puis, je crois aussi, on a rendu public ce matin un sondage de l’IFOP, je crois qu’il y a un communiqué de presse qui est sorti, qui montre quand même que le soutien des Français existe derrière cette politique, il est même croissant, puisqu’il y a 70 % des Français qui se déclarent favorables à la politique de développement et à l’accroissement de ses moyens. Ce qui, dans l’ambiance actuelle, n’est peut-être pas une évidence. Mais il se passe aussi quelque chose, je crois, dans l’opinion, notamment parce que trois Français sur quatre disent que ce qui se passe dans les pays du Sud maintenant les concernent directement. Donc, il faut agir, parce que le monde est commun, les enjeux sont communs. C’est leur intérêt d’être actifs, d’être solidaires et d’investir aussi dans ces pays. Avec aussi, bien sûr – le sondage le montre – un très gros focus sur l’Afrique, le mandat qu’on nous demande, c’est de garder cette priorité africaine.

Donc, c’est un peu ça le contexte qui s’exprime en France, qui s’exprime aussi en Europe d’ailleurs et au plan international, je crois, depuis l’année dernière. Donc, nous, ça va nous donner – je pourrais en dire un mot demain devant le Président – ça va nous donner la force pour bâtir une nouvelle Agence française de développement. Donc, une institution plus puissante, plus puissante financièrement, plus puissante géographiquement, plus puissante sectoriellement.

Une institution plus française aussi, donc on va signer demain aussi cette alliance, cette charte d’alliance – on l’a appelée – entre l’AFD et la Caisse des Dépôts, qui va nous permettre d’aligner nos stratégies, de créer des instruments financiers communs, de connecter nos réseaux, le réseau incroyable de la Caisse des Dépôts dans les territoires français et puis le réseau – je ne sais pas comment le qualifier – le grand réseau incroyable aussi de l’AFD dans 90 pays dans le monde, donc de faire vraiment un instrument qui va chercher loin tous ceux qui veulent contribuer à la politique de développement.

Et puis, aussi, j’insiste beaucoup sur l’idée qu’on va faire une agence beaucoup plus innovante et surtout une agence – c’est ça, je crois une grande nouveauté – qui va marcher

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dans les deux sens. C’est-à-dire une agence bien sûr qui est solidaire, qui projette et qui entraine tous les acteurs français et pas que français, qui veulent contribuer au développement. Mais aussi une agence qui ramène en France et en Europe tout ce qu’elle aura perçu d’innovation, de nouveautés, d’intentions de projets, dans les pays du Sud, parce que je ne vous l’apprends pas, vous le savez mieux que moi, il se passe plein de choses dans les pays du Sud, dans les énergies renouvelables, dans les services financiers, dans les transports, dans de très nombreux secteurs, avant qu’elles se passent en France et en Europe. Donc, c’est très, très important que nos institutions commencent à marcher dans les deux sens.

On fera tout ça bien sûr en gardant la grande singularité de l’Agence française de développement, que je résume autour du chiffre de 50 % : 50 % en Afrique, ça, c’est notre signature, on va garder, on fait le maximum de ce qu’on peut faire en Afrique évidemment, c’est ce qu’on nous demande ; 50 % dans les territoires francophones aussi, on revient de Madagascar, il y a quelques jours, une dizaine de jours, on est une institution financière très active dans le monde francophone et on se tourne aussi souvent vers nous pour cette raison ; 50 % pour le climat, là aussi, on a pris ce virage il y a longtemps et il a été confirmé, renforcé par la COP 21 l’année dernière.

Et puis, deux derniers 50 % un peu plus techniques, mais importants, 50 % en cofinancement, ça veut dire que quand les Français mettent 1 euro dans l’Agence française de développement, ça a un effet d’entrainement sur les autres bailleurs, on fait des projets plus gros, notamment avec tous nos partenaires européens, avec lesquels maintenant on travaille de façon très puissante, très coordonnée.

Et puis, le dernier, plus technique encore, on fait 50 %, « non souverains », c’est-à-dire que la moitié de notre activité ne passe pas par les gouvernements des pays étrangers, passe par d’autres acteurs. Donc, on peut prêter, donner directement aux ONG locales, au secteur privé dans les pays du Sud, aux collectivités locales des pays en développement. Et ça, un certain nombre de pays en Afrique et pas qu’en Afrique sont sur des rythmes de réendettement un peu rapides, donc il faut qu’ils fassent un peu attention aussi. Ils ont utilisé leurs marges pour investir et construire des infrastructures. Donc, c’est très bien. Mais maintenant, il faut absolument que dans ces économies-là, on trouve d’autres relais, d’autres agents, d’autres canaux de financement pour poursuivre leur développement.

Donc, tout ça, on va dire ça demain. Et puis, surtout, ce sera le fort de ce mandat présidentiel, ce sera le point de départ d’un nouveau projet.

Conseiller Elysée : Je vais juste commencer par quelques éléments transversaux, mais le discours de demain est aussi l’occasion de constater que les engagements qui avaient été pris pendant la campagne de 2012 ont été tenus. Il y avait l’engagement de doubler les financements transitant par les ONG et ils auront été doublés sur cinq ans, passant de 40 à 80 millions d’euros, à l’Agence française de développement.

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Il y avait un deuxième engagement qui était de créer, de recréer plus exactement une taxation des transactions financières et d’en affecter une partie au développement. Le débat qui est actuellement en cours à l’Assemblée, mais qui va se finir de cette manière. D’abord, je rappelle que la taxation des transactions financières a été recréée à l’été 2012, son produit va être augmenté cette année et la part qui est affectée au développement va être également augmentée. Donc, une part substantielle, en 2017, 50 % de la taxation des transactions financières dont le produit sera affecté au développement et le taux va passer de 0,2 à 0,3 % par transaction, ce qui en gros génère l’essentiel des ressources, notamment en dons qui sont affectés à l’Afrique.

Il y avait aussi des engagements sur la transparence et l’efficacité de l’aide, c’est une thématique importante, d’ailleurs, dans les enquêtes d’opinion, on remarque toujours que les Français sont favorables à l’aide au développement, mais demandent qu’elle soit plus transparente et plus efficace. Je rappelle – vous pouvez d’ailleurs le voir sur le site de l’AFD ou sur des sites spécialisés – que l’on peut désormais suivre les projets de développement, notamment dans les pays prioritaires pour l’aide, ce qui permet de savoir exactement à quoi l’argent est utilisé et éventuellement, pour les gens qui sont sur le terrain, de faire des remarques, s’ils ne sont pas satisfaits de la manière dont les projets évoluent. Ça, je le dis, parce que la thématique de l’efficacité est très importante.

Deuxième chose, depuis cinq ans, il y a évidemment eu des crises assez nombreuses dans lesquelles le Président était impliqué. L’AFD bien souvent est l’outil par lequel la composante développement de la gestion de crise est mise en œuvre. Je rappellerai, par exemple, que sur le Mali, on avait eu deux conférences pour le développement du Mali. La première dès 2013, en réalité, on avait commencé à y travailler dès le lancement de Serval, la seconde en 2015, ça a permis une mobilisation très importante des bailleurs, pas que français d’ailleurs, aussi européens.

Je citerai quelques projets symboliques. Actuellement, l’AFD travaille sur un projet de soutien aux collectivités territoriales du Nord du Mali, qui vont avoir de nouveaux représentants, dans tous les secteurs, l’eau, l’éducation, la santé, qui est un projet en cofinancement entre la France, l’Europe et le Gouvernement du Mali. Je dis ça, c’est important, parce qu’il y a encore cinq ou six ans, la France était beaucoup trop faible dans le suivi des crises dans la partie développement. Ce qu’on constate aujourd’hui, c’est que l’Union européenne, par exemple, demande à la France de se positionner en pointe pour mettre en œuvre des projets dans les zones post-conflit, où c’est assez difficile, à vrai dire, de suivre et de financer des projets.

Donc, que ce soit au Nord du Mali, en Centrafrique ou dans la région du Lac Tchad, à chaque fois, l’AFD a été mandatée pour mener des projets, en général à haute intensité de main d’œuvre pour créer un maximum d’emplois, au plus près de la crise et en général aussi dans des zones où les gouvernements sont nationaux, sont très peu présents. Donc, c’est le cas autour du Lac Tchad, par exemple, où les quatre Etats voisins du Lac Tchad sont très peu présents autour du lac et l’AFD met en œuvre une initiative autour du Lac Tchad.

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Sur la Centrafrique, on a créé un fonds dans lequel l’AFD a été centrale, avec nos partenaires européens, ce qui a permis de mobiliser beaucoup de financements extérieurs et qui a permis d’employer beaucoup de personnes, notamment à Bangui, mais pas seulement. Pour le Nord du Mali, j’en ai déjà parlé.

Autre élément où l’AFD était très importante pendant ce quinquennat, je rappelle que pendant

la COP 21, avait été pris l’engagement de financer à hauteur de 2 milliards d’euros sur cinq ans les énergies renouvelables en Afrique. Donc, ça, c’est un engagement bilatéral de la France, en dehors de ce que la Banque mondiale, l’Union européenne peuvent faire. Aujourd’hui, si on additionne les années 2016 et 2017, donc les deux premières années de cette période de cinq ans, pré-2020, on est quasiment déjà en prévision à 1,8 milliard engagé sur deux ans, c’est-à-dire 90 % de l’objectif qui avait été fixé sur cinq ans. Donc, les engagements bilatéraux qui ont été fixés à l’AFD ont chaque fois été tenus. Evidemment, c’est ce qui nous donne une crédibilité vis-à-vis de nos partenaires, en particulier africains, pour expliquer que la mise en œuvre de l’Accord de Paris doit se faire et se poursuivre, voire même s’accélérer, compte tenu du fait que l’agenda des financements a bien progressé.

Annonces :
– D’abord, la création d’une facilité post-crise qui permettra d’intervenir à un niveau

plus élevé encore dans les zones, y compris au Proche-Orient, à hauteur de 100 millions d’euros par an. Donc, c’est très important, puisque c’était un des domaines dans lesquels la France était un peu sous-dotée et qui va nous donner des moyens supplémentaires.

– L’autre élément, ça a été dit, la recapitalisation de l’AFD, à hauteur de 2,4 milliards d’euros, c’est autant que dans les 75 premières années d’existence de l’AFD, ça, c’est considérable. L’AFD avait vu son capital progresser année après année en intégrant une partie de son résultat annuel. Mais là, l’effort qui est fait par l’Etat en l’occurrence permet de faire autant que dans les 75 années qui ont précédé.

– L’AFD va aussi étendre son champ d’activités, en particulier aux industries culturelles et créatives, par exemple, c’était l’objet d’une rencontre du Président à Madagascar. On constate qu’à la fois pour soutenir la Francophonie et permettre aux créateurs de vivre, ce sera, je pense, une dimension symbolique, sans doute pas la plus importante en termes de financement pur, en revanche, mais qui aura un impact social important. On a aussi parlé de l’enseignement supérieur et de la recherche, l’objectif est notamment sur le continent africain de former davantage de chercheurs, de professeurs et d’avoir un effet démultiplicateur sur des systèmes d’enseignement qui aujourd’hui sont en déficit notamment d’enseignants.

– Dernier point, comme vous le savez sans doute, ce qu’on appelle gouvernance a été transféré à l’AFD, très concrètement ça veut dire que sur des secteurs tels que la justice par exemple qui en général est un des éléments importants de la gestion de crise pour qu’il y ait une efficacité dans la lutte contre l’impunité, l’AFD pourrait être présente et dans l’année écoulée par exemple l’AFD a fait des financements en Côte- d’Ivoire pour le système judiciaire, ce qui permet de former des juges, de construire

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des palais de justice et d’apporter dans le temps long de la sortie des crises des solutions. En Centrafrique par exemple, on a aussi une problématique importante de lutte contre l’impunité mais ça vaudrait dans bien d’autres crises et donc là il est demandé à l’AFD de s’intéresser à ces secteurs de manière plus importante. Merci.

QUESTIONS DES JOURNALISTES

Journaliste : Ma question en termes de rapprochement avec la CAISSE DES DEPÔTS, le bornage des frontières, comment ça va se passer concrètement, qui fait quoi et est-ce uniquement une présence au conseil d’administration ou il y a d’autres implications à l’intérieur dans ce rapprochement ? Ma deuxième question qui est vraiment importante parce que c’est une nouveauté dans les activités de l’AFD, comment ramener les innovations en France observées en Afrique, chacun sait que l’Afrique est un laboratoire pour notamment de pas mal de choses notamment en termes de e-banking, la téléphonie et plein d’éléments, comment ça va se passer concrètement pour cette traduction ici en France ?

Rémy RIOUX : Le rapprochement avec la Caisse des Dépôts comme je vous ai dit se fait par une convention, par une charte d’alliances, c’est ça qui a été décidé, donc on garde deux établissements publics qui ont leur gouvernance, il y quelques semaines par exemple on avait 150 de nos collaborateurs qui étaient ensemble et donc ils sont en train de bâtir par la base des projets. Les experts du climat travaillent avec ceux du climat, les experts du numérique de la Caisse, on n’est pas très en avance suer ce sujet, on a beaucoup à apprendre d’eux, les experts du logement social des deux maisons travaillent ensemble, les experts de l’eau, donc on est vraiment en train de créer ces viviers d’expertise avec l’idée aussi de construire des carrières pour nos collaborateurs qui passent par le territoire national et puis par les Etats étrangers et d’Outremer bien sûr, d’avoir vraiment des expertises très complètes à mettre au service de nos partenaires du Sud et au service des territoires français.

On va mettre un peu de gouvernance effectivement, je pense qu’il y aura, alors ça ne dépend pas du directeur général de l’AFD mais moi je souhaite qu’un représentant de la Caisse des Dépôts siège au conseil d’administration de l’agence et je n’exclus pas qu’on m’invite de temps en temps pour parler aux cadres de la Caisse des Dépôts, donc on crée des moments, c’est prévu dans la convention d’ailleurs, des moments où on fasse le point et on échange pour aller plus loin dans ce rapprochement. Mais vous verrez le texte demain, d’ores et déjà moi ce que j’avais mis dans mon rapport de préfiguration au mois de janvier tout est dans la convention, donc on n’a pas du tout baissé l’ambition que nous avait fixée le président de la République et je dirai même au contraire, c’est en train de prendre par nos collaborateurs, par la base, par les projets et je pense que stratégiquement c’est une évidence, la Caisse des Dépôts est très franco-française alors que tous ses homologues et toutes ses filiales sont internationales, donc elle a besoin de cette dimension internationale que l’AFD va lui apporter.

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Nous comme j’ai essayé de vous l’expliquer, on est né à Londres, on est né hors de France, donc on souffre de l’absence d’un réseau en France dans les territoires et ça qui mieux que la Caisse des Dépôts peut nous l’apporter instantanément. Ca je le vois, j’ai commencé un petit tour de France, je suis allée à Lille, je suis allé à Strasbourg, je vais à Bordeaux bientôt, à chaque fois on demande au directeur régional de la Caisse des Dépôts de nous organiser et de nous ouvrir les portes et c’est merveilleux, évidemment ils connaissent tout le monde et on voit bien qu’il y a des connexions qui se font qui n’arrivaient pas jusqu’à nous en tout cas. Charge à nous ensuite à l’AFD d’avoir les bonnes procédures, les bons outils pour accompagner toutes ces manifestations.

Quand on organise une réunion sur l’Afrique aujourd’hui à Paris, vous le faîtes, on fait salle comble, donc il y a beaucoup de gens qui ont envie de faire des choses mais qui ne savent pas forcément toujours comment le faire. Donc ça c’est vraiment notre responsabilité de les accompagner, de mobiliser notre réseau pour les aider à évaluer les risques bien sûr mais surtout les opportunités et de trouver des moyens de financement.

Sur l’innovation, votre deuxième question, je pense ce soir à tous mes salariés que je réunis parce qu’ils ne pourront pas tous être là demain quand même parce que la salle et puis c’est surtout réservé pour nos partenaires évidemment, mais je vais leur dire qu’on va créer une structure au sein de l’agence spécialisée dans l’innovation, une sorte de lab du développement. Dans mon esprit c’est bien pour faire mûrir, maturer des innovations dans l’agence que portent nos collaborateurs mais c’est aussi pour repérer des innovations que notre réseaux aura à identifier dans le reste du monde et trouver une façon d’élaborer un peu dessus et puis de les ramener ici, de les ramener à la Caisse des Dépôts en l’occurrence, on va faire du logement social peut-être différemment au Maroc, en Côte-d’Ivoire et ça intéressera les experts du logement social de la Caisse des Dépôts évidemment.

Laissez-nous un tout petit peu de temps pour nous organiser, une fois qu’on a reçu le mandat on va aller vite là-dessus parce que je sens que c’est quelque chose qui prend, les gens ont conscience de ça, donc il faut maintenant qu’on l’organise.

Journaliste : Au-delà de ce partage d’expériences, vous employez le terme « vivier » entre les experts de l’AFD et de la CDC, en quoi cette charte peut permettre d’accroître l’amplitude et l’efficacité de l’accompagnement de projets de développement notamment en Afrique ? Ensuite j’avais des petites questions sur les petits chiffres, je regardais votre plaquette, là il est indiqué 38 % de l’activité pour l‘Afrique subsaharienne, + 6 %, est-ce que ça veut dire que les 12 c’est en Afrique du nord, et les 12 autres…?

Rémy RIOUX : Mais moi je ne raisonne plus, ça c’était l’année dernière. Je ne raisonne plus Afrique subsaharienne/Afrique du nord parce que quand vous allez au Maroc, quand vous allez en Tunisie comme on l’a fait ces dernières semaines les gens ne vous parlent que d’Afrique subsaharienne. Et d’ailleurs quand le président de la République prend un engagement pour l’Afrique c’est toujours sur toute l’Afrique. Les énergies renouvelables les deux milliards c’est pour toute l’Afrique, les 20 milliards du sommet de l’Elysée en 2013

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c’est pour toute l’Afrique. Quand on sépare comme le font d’ailleurs toutes les diplomaties, toutes les agences de développement qui ne sont pas africaines les seules qui ne le font pas c’est l’Union africaine et la Banque africaine de développement. Je pense qu’il y a des phénomènes qu‘on perçoit aujourd’hui, migratoires, économiques, qu’on ne pense pas, pas assez, on ne pense pas assez les liens entre Afrique du nord et Afrique subsaharienne et nous on veut à l’AFD être, je ne veux pas employer de grands mots mais en tout cas on veut passer ce cap. C’est pour ça que je fais la somme, je fais la somme et ça fait 50 %, faîtes-moi confiance !

Journaliste : Et 80 % des ressources budgétaires allouées par l’Etat français c’est l’Afrique aussi ?

Rémy RIOUX : Alors là ça doit être le subsaharien je crois, il faut qu’on recalcule un peu les cibles ! Et sur votre première question peut-être demain l’événement en lui-même, on l’a structuré, il y a des parties, vous verrez, on a essayé de faire quelque chose d’assez vivant et pas trop ennuyeux j’espère mais il y a des parties où on met en scène nos partenaires et puis le reste à chaque fois on essaye d’éclairer ce qu’on appelé des transitions, des grandes transitions dans lesquelles tous les pays du monde sont engagés. Et il se trouve que ces transitions on a les mêmes entre la Caisse des Dépôts et l’AFD, c’est-à-dire qu’on parle de transition démographique et sociale, on parle de transition énergétique, on parle de transition territoriale, on parle de transition numérique, ça c’est la stratégie de la Caisse et son organisation du groupe Caisse des Dépôts est fondée sur ces transitions qui sont une façon de regrouper un peu les objectifs de développement durable, les ODD, vous pouvez les mettre assez facilement dans chacune des boîtes et donc nous AFD on adopte la même grille.

Quand je dis les viviers vont se constituer fortement et naturellement c’est notamment parce qu’on a la même organisation, la même stratégie sauf que nous on en ajoute une cinquième transition qu’on a appelé « Politique et citoyenne » parce que quand on intervient en RCA ou dans le nord Mali on fait des choses que la Caisse des Dépôts et Consignations ne sait pas faire et n’a pas à faire puisqu’elle est évidemment dans un contexte politique citoyen beaucoup plus apaisé. Donc il faut évidemment nous qu’en plus de ces expertises sectorielles que je vous indiquais on ait une capacité d’action dans des environnements très difficiles. On a mis en scène le nouveau projet de l’AFD autour de thématiques qui sont communes avec la Caisse des Dépôts. Ca je pense quand on une stratégie alignée entre deux maisons là aussi il va se passer des choses qui ne se passaient pas aujourd’hui.

Et puis après plus concrètement mais là je renvois, l’idée quand même derrière tout ça c’est de créer des instruments financiers ensuite pour contribuer au développement des pays du Sud et en particulier des pays africains. Le premier qu’on va constituer, ce sera confirmé je crois demain, c’est ce fonds d’investissement dans les infrastructures d’abord en Afrique qui est un instrument qui nous manque, l’AFD on est plutôt une institution qui fait des prêts et qui fait des dons aussi mais on fait assez peu, on ne le fait que par notre filiale qui s’appelle PROPARCO, on fait assez peu d’investissements en fonds propres. Et souvent quand vous faîtes une infrastructure, un barrage, un grand réseau, il faut amener une petite quantité de

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fonds propres, d’investissements de risques, et ça typiquement on va le faire en allant orienter une partie des ressources du groupe Caisse des Dépôts qui est un très grand investisseur en fonds propres vers le Sud.

La Caisse des Dépôts c’est 400 milliards de bilan, nous l’AFD on grossit vite mais on est 30 milliards de bilan, donc si on arrive à intéresser des animaux financiers de cette taille, la KfW allemande, la CASSA DEPOSITI italienne, la BEI, si on arrive à les intéresser à des projets internationaux évidemment que ça va avoir un effet très puissant sur la politique de développement. Et c’est ce que nous demandent nos partenaires du Sud, dès que vous allez voir un responsable, un chef d’Etat africain il vous dit « amenez-moi des investisseurs, amenez-mois des financements, amenez-moi du fonds propre, faisons des projets plus nombreux, plus puissants ».

Journaliste : Ce fonds va-t-il être adossé directement à PROPARCO ou sous évidemment votre ombrelle ?

Rémy RIOUX : L’idée vraiment c’est de rapprocher les équipes entre les deux maisons, donc l’idée c’est vraiment d’en faire un instrument où les équipes d’investissement de la Caisse des Dépôts et les équipes d’investissement de l’AFD qui sont, vous avez raison, beaucoup dans notre filiale PROPARCO, travaillent ensemble. On est en train de finaliser le montage financier, juridique, donc ça prendre encore quelques semaines probablement mais l’intention c’est bien ça, ce n’est pas d’en faire un autre fonds, loin de nous, c’est de faire un instrument commun aux deux maisons pour créer ces liens et cet affectio societatis et cet affectio pour le développement que recherche la Caisse et que nous sommes, j’espère, en mesure de lui apporter.

Journaliste : J’aurai deux questions de néophyte à vous poser. Une sur la part du PIB français consacrée à l’aide au développement. Selon Wikipédia que j’ai sous les yeux, qui est une bonne source, c’est 0,37 % la part du PIB consacrée à l’aide au développement, alors, que c’est 0,71 % au Royaume-Uni, c’est deux fois plus grosso modo, d’ailleurs la somme est à peu près double, est-ce qu’on va vers une harmonisation européenne de l’aide au développement, est- ce qu’il y a une volonté française de rejoindre cet objectif ? Ca c’est la première question. La deuxième c’est sur ce qui revient en France, quand vous investissez dans un pays en Afrique par exemple, quelle est la part de ce que vous investissez qui revient en France sous forme de commandes à l’industrie française, de dons aux ONG françaises, etc. ?

Conseiller Elysée: Sur la question de la part de la richesse nationale affectée au développement en France effectivement on est à 0,37 % aujourd’hui du RNB. Avec les annonces dont j’ai parlé tout à l’heure, budgétaires en particulier, je pense qu’on sera l’année prochaine à 0,40 ou 0,41 %, on sera au-dessus de ce que l’on consacrait au développement lorsque ce mandat a commencé en 2012, donc ça c’est une donnée importante à avoir en tête. Le différentiel avec le Royaume-Uni vient aussi du fait qu’on a eu en France toute une série d’interventions par exemple au Mali, en Centrafrique qui ne sont pas comptabilisées comme de l’aide publique au développement, et quelque part ça se comprend dans les règles posées

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par le cadre de l’OCDE, et en même temps qui contribuent puissamment à la stabilisation et donc in fine au développement de ces pays, il n’y a pas de développement possible si vous avez un pays qui s’effondre.

Le Royaume-Uni n’a plus d’intervention extérieure et donc une partie de ressources qui aujourd’hui pour nous sont consacrées à nos opérations en Afrique le Royaume-Uni ne les a pas, donc ça explique une partie de ce différentiel entre le Royaume-Uni et la France. Mais l’important quand même de toujours garder en tête qu’il n’y a pas de développement possible si la sécurité n’est pas assurée et si des pays s’effondrent. On ne parlerait pas d’aide publique au développement au Mali si on avait eu les jihadistes qui avaient déferlé sur Bamako en 2013 avant le déclenchement de l’opération Serval.

La question des retours, là je ne suis pas un expert et peut-être que Rémy a des idées plus précises, mais il y a une règle fondamentale à toujours garder en tête c’est que l’aide au développement est déliée, ça veut dire qu’il n’y a pas de donnant-donnant de l’aide publique au développement en contrepartie d’un engagement à ce que les entreprises des pays bailleurs soient employées dans les projets. Donc ça c’est une règle fondamentale que la France évidemment applique strictement.

Rémy RIOUX: Oui, peut-être là-dessus, juste quelques mots. Les Allemands aussi augmentent beaucoup, il y a quand même un mouvement, ce qui se passe en France se passe dans d’autres pays. L’aide au développement a en fait beaucoup baissé après la chute du mur de Berlin parce que finalement la Guerre froide était terminée, donc on pouvait s’en désintéresser, et puis quand même depuis le milieu des années 2000 et singulièrement avec les grands sommets internationaux, la COP, elle est en train de repartir fortement la hausse. Avec autre conception de l’aide aussi, l’idée c’est que ça devient l’instrument qui mobilise les autres instruments, c’est-à-dire qu’on apporte la ressource publique qui permet ensuite d’emmener le système financier, les autres acteurs dans des pays en développement plutôt que de vouloir tout financer nous-mêmes comme on a pu le faire peut-être dans le passé.

Sur les retours pour la France, ce qu’il faut bien comprendre, quand une entreprise veut un financement direct, une entreprise française, il ne faut pas qu’elle s’adresse à l’AFD, là il y a une banque publique qui a été créée d’ailleurs par le président de la République qui s’appelle BPI France qui est là pour ça. Nous on est la banque de nos partenaires du Sud, on finance toujours des contreparties, on finance toujours des partenaires étrangers. Et d’ailleurs on a une règle, outre la règle du déliement de l’aide on a une autre règle qui est que l’appel d’offres est toujours passé par une maîtrise d’ouvrage étrangère, ce n’est pas nous AFD qui passons, le pays, qui passons le marché. Donc le retour forcément il faut que l’entreprise française gagne ensuite le marché lancé mais c’est possible et évidemment on le recherche, on essaye de se mettre sur des secteurs où il y a une expertise française, où il peut y avoir un retour.

On a accompagné l’année dernière je crois près de 800 entreprises françaises dans leurs projets internationaux, il y a un retour direct sur des marchés gagnés de deux milliards d’euros l’année dernière, donc c’est loin d’être négligeable pour l’économie française. Et puis je crois

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qu’à peu près quatre projets sur cinq de l’AFD associent un acteur français, donc on est évidemment très attentifs comme je vous le disais à entraîner les acteurs français, les acteurs économiques français dans les pays du Sud et d’ailleurs on peut le faire de très nombreuses façons au-delà même de juste gagner l’appel d’offres financé par l’AFD. On peut ouvrir notre réseau, on peut travailler avec les fondations d’entreprises, on peut convertir, il y a mille façons, mille instruments pour accompagner les intérêts et les volontés d’intervenir dans les pays du Sud grâce à l’Agence française de développement.

Intervenant : Pour préciser un chiffre, ce que vient de dire Rémy, deux milliards d’euros sur les un peu plus de huit qui sont des contrats sur lesquels les entreprises françaises ont gagné, ça ne veut pas dire qu’il y a deux milliards d’euros qui vont vers la France parce que la plupart des entreprises françaises quand elles travaillent à l’étranger par exemple en Afrique l’essentiel d’un contrat va être exécuté directement dans le pays avec une part très importante de localisation dans le pays lui-même. Donc quand il y a un projet de train au Sénégal par exemple ce ne sont pas des ouvriers français qui vont y aller. Donc même si le montant du projet est élevé en fait l’essentiel va être exécuté au plan local même s’il peut y avoir des composants qui sont amenés. Je précise pour le chiffre, le retour n’est pas de 25 %, c’est un petit prorata de 25 % que pour le coup je ne saurai pas calculer exactement parce que chaque entreprise a une organisation différente, je le précise pour qu’il n’y ait pas fausse interprétation.

Journaliste : L’AFD octroie des prêts, donc en retour elle perçoit des intérêts, est-ce qu’il y a des excédents, si oui, combien par an et sont alloués pour quelles destinations ? Et question plus globale, quid du fonds vert de la COP 21 à 100 milliards ? Et quel est le décaissement réel de la France sur le fonds vert ? Merci.

Journaliste : Je voudrais savoir pourquoi l’objectif des 0,7 % du revenu national brut n’est jamais tenu part la France alors qu’il a été adopté en 1970, c’est une promesse qui date de 1970 qui a été adoptée immédiatement par la Suède par exemple. Les guerres au Mali sont peut-être une raison mais à l’échelle de 50 ans il ne me semble pas que ça soit un argument valable. Le Conseil économique et social vient de publier un rapport, un avis sur cette question et demande au gouvernement de réaliser cet objectif en 2020. Je voudrais savoir, vous avez parlé de 2030, première question, qui a décidé de cette dette et pourquoi, qu’est-ce qui fait que depuis 1970 la France n’arrive pas à tenir cet engagement sachant que l’effort financier de la France est très minime puisque les dons représentent 5 à 6 % et le reste ce sont des prêts alors que dans d’autres pays comme le Royaume-Uni l’effort financier est considérable puisqu’il s’agit souvent de dons ?

Rémy RIOUX : Bien sûr. Donc on fait des prêts effectivement, on fait des dons aussi et on investit, ce qu’il faut bien comprendre c’est que le modèle financier de l’Agence française de développement c’est un modèle non lucratif, donc ce qu’on cherche dans nos prêts c’est à couvrir nos charges. On a peu à près 300 millions d’euros pour financer notre réseau dans 90 pays, nos 2.000 collaborateurs, donc bien sûr on ne va pas demander à l’Etat une subvention de fonctionnement. On a une petite marge dans nos prêts pour couvrir nos charges

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mais pas pour faire un bénéfice sur la durée du prêt. Donc il y a eu des choses écrites dans Le Canard Enchaîné je crois sur ça qui étaient juste totalement fausses, on prête bien sûr à des taux extrêmement bas et on est la banque de ceux qui n’ont pas de banque, c’est-à-dire on prête à des gens à qui personne ne prête et à des taux très, très bas souvent inférieurs à 1 % et à très long terme, sur 20, 30 ans, ce qu’évidemment les systèmes financiers dans les pays du Sud ne permettent pas.

Après on a un peu de trésorerie, donc on fait du coup comme ça un résultat chaque année qui doit être de 100 ou 150 millions d’euros qui nous permet d’avoir un modèle ensuite d’augmenter nos fonds propres et d’avoir un modèle financier robuste et de ne jamais faire appel à l’Etat pour couvrir nos charges de fonctionnement, ça c’est une limite absolue. On est une entreprise certes non lucrative, une entreprise publique mais on tient debout sur nos pattes tout seul.

Donc le Fonds vert a été constitué à la fin de l’année 2014 ; c’est un peu plus de 10 milliards d’euros qui ont été placés dedans par l’ensemble des pays contributeurs et le Fonds est en train maintenant de financer des projets progressivement. Nous, on est très heureux… au dernier conseil d’administration au mois d’octobre, on a passé le premier projet de l’AFD, c’était un projet à Dakar dans le quartier de Pikine sur la gestion de l’eau et l’assainissement. Donc voilà, l’instrument est en train de monter en puissance et avec l’idée effectivement d’inciter et d’atteindre les 100 milliards d’euros qui ont été promis à Copenhague puis répétés à plusieurs reprises.

Conseiller Elysée : Une précision, les 100 milliards d’euros promis à Copenhague, ce n’est pas 100 milliards d’euros via le Fonds vert ; c’est le Fonds vert plus l’AFD plus la Banque mondiale plus de le Fonds européen de développement, c’est l’ensemble des fonds contribuant à la lutte contre le changement climatique qui doivent arriver à 100 milliards mais pas 100 milliards par an uniquement par le Fonds vert. Je dis ça parce que votre question pouvait le laisser penser. Mais donc c’est 100 milliards par l’ensemble des sources de financement agrégées.

Conseiller Elysée : Alors sur les 0,7%, vous avez raison, alors d’abord la limite 2030, elle a été fixée lors du sommet de New York qui a adopté l’agenda pour le développement durable, donc les ODD fixent la cible de 0,7% du revenu national brut à l’horizon 2030, c’est-à-dire l’échéance de réalisation des ODD. Pourquoi ça n’a pas été atteint dans un certain nombre de pays ? Rémy l’a évoqué tout à l’heure : il y a eu un moment dans l’histoire de l’aide publique au développement, après la chute de mur de Berlin essentiellement où on a eu une déplétion, une attrition assez forte des moyens dévolus à l’aide publique au développement parce que ça correspondait aussi à une doctrine internationale dont j’ai parlé tout à l’heure, qui faisait passer le développement par la capacité à attirer le capital et d’abord le capital privé et donc par une promotion de politiques d’ajustements structurels, de consolidation budgétaire, une vision on va dire libérale du développement et de la capacité à attirer des capitaux. On a constaté – et la France a toujours porté ce discours-là – l’extrême danger de ce type de politiques qui consistaient finalement à casser un certain nombre de services publics dans les

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pays en développement, dans les pays africains et on peut dire malgré tout que la France a toujours été en pointe pour dire que le développement passait aussi, pas exclusivement mais aussi, par la capacité à renforcer des Etats, à renforcer des services publics, à prendre en compte la dimension environnementale parce que comme je le disais en introduction, il ne peut pas y avoir de création durable de richesses si on détruit l’environnement. Et au fond ça a pris du temps, il a fallu 28 ans entre le rapport de Madame BRUNDLAND en 1987 qui avait été finalement officiellement endossé au sommet de la Terre en 1992 à Rio, il aura fallu 28 ans avant d’être en mesure d’adopter les objectifs de développement durable.

Sur le cas plus particulier de la France, il y a deux éléments de réponse : d’abord une situation économique et une situation budgétaire qui n’étaient pas simple en France, il faut le constater et le Président avait toujours dit que dès lors que les conditions économiques, la croissance seraient de retour, nos moyens dévolus à l’aide publique au développement augmenteraient et c’est le cas depuis maintenant deux ans, ce qui fait qu’on se retrouvera à la fin du quinquennat à niveau égal ou supérieur à celui que l’on avait en 2012, a priori supérieur. Deuxièmement, l’aide publique au développement, c’est une comptabilité et d’ailleurs on insistait tout à l’heure sur la redevabilité et la transparence, effectivement quelque chose de très important, c’est une comptabilité ; on ne compte pas tout dans l’aide publique au développement mais force est de constater encore une fois, comme je disais tout à l’heure, que lorsque la France intervient au Mali, certes, ce n’est pas de l’aide publique au développement, ce n’est pas considéré comme tel et en même temps, on ne pourrait pas parler du développement du Mali si la France avec d’autres, sous mandat du Conseil de sécurité, avec l’Union européenne n’était pas intervenue pour assurer la stabilité et le retour à la sécurité du Mali. Donc ça veut dire aussi qu’on a des différentiels qui peuvent exister entre certains pays. Je rappelle cela étant que la France reste en valeur absolue le 4e ou le 5e Etat mondial, ça dépend des années, ce qui compte tenu de son poids économique, est tout de même considérable.

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