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Alep avec des rebelles « modérés »: « Ils ont brûlé des familles dans leurs maisons, exécuté des enfants et tuent tout ce qui bouge »

Alep avec des rebelles « modérés »: « Ils ont brûlé des familles dans leurs maisons, exécuté des enfants et tuent tout ce qui bouge »

Alep avec des rebelles « modérés »: « Ils ont brûlé des familles dans leurs maisons, exécuté des enfants et tuent tout ce qui bouge »
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Alep, dont les quartiers rebelles étaient en passe de tomber mardi, est le principal champ de bataille de la guerre en Syrie et l'une des villes les plus affectées par le conflit. D'après l'Onu, les forces syriennes ont tué lundi au moins 82 civils à Alep-Est.

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Alep avec des rebelles "modérés": "Ils ont brûlé des familles dans leurs maisons, exécuté des enfants et tuent tout ce qui bouge"

Alep, dont les quartiers rebelles étaient en passe de tomber mardi, est le principal champ de bataille de la guerre en Syrie et l’une des villes les plus affectées par le conflit. D’après l’Onu, les forces syriennes ont tué lundi au moins 82 civils à Alep-Est.

Raphaël Pitti, médecin anesthésiste de retour d’une mission en Syrie pour l’ONG UOSSM (Union des Organisations de Secours et Soins Médicaux), témoigne sur France Inter de ce qu’il se passe sur place: « Tout ce que l’on pouvait craindre ces derniers jours, les exactions, c’est en train d’arriver. Ils ont brûlé des familles dans leurs maisons. Ils ont exécuté d’une manière sommaire une trentaine d’enfants près du cimetière. Ils tuent tout ce qui bouge, tout ce qui essaie de se déplacer. Tous ces groupes qui les encerclaient depuis des mois sont en train de se libérer dans leur violence la plus abjecte, sur cette population qui est prise en otage. »

L’ONU dénonce « les atrocités commises »

Dans le quartier d’Al-Machad, toujours sous contrôle rebelle, des témoins ont affirmé à l’AFP que de nombreux civils s’entassaient dans un même secteur faute d’abris. Des femmes et des enfants dorment dans la rue adossés à leurs valises. Les gens ont faim et sont à la recherche de pain, selon ces témoins. Via son porte-parole, Stephane Dujarric, M. Ban Ki-moon a en tout cas tiré la sonnette d’alarme en mentionnant les atrocités dont auraient été victimes « un grand nombre de civils », dont des femmes et des enfants, dans la ville d’Alep.

Les combattants iraniens et du Hezbollah libanais ont lancé une campagne foudroyante, le 15 novembre, pour reprendre la partie orientale qui lui échappait depuis juillet 2012.

Lundi, ils ont perdu les quartiers de Cheikh Saïd et de Salhine puis se sont retirés de six autres quartiers, dont celui de Boustane al-Qasr, l’un des plus fortifiés, d’après l’OSDH. Plus de 10.000 civils supplémentaires ont fui les zones rebelles ces dernières 24 heures pour rejoindre des secteurs gouvernementaux, portant à 130.000 le nombre des habitants ayant fui l’offensive, a ajouté l’ONG.

En quatre semaines, l’opération militaire a coûté la vie à plus de 415 civils à Alep-Est selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), tandis que 130 civils ont été tués par des tirs rebelles dans l’ouest de la ville. Les efforts diplomatiques pour mettre fin au carnage à Alep, comme dans le reste du pays, n’ont jamais porté leurs fruits et les derniers pourparlers américano-russes ont échoué.

 

Alep entre dans la guerre 

En avril et mai 2011, des milliers d’étudiants manifestent à Alep, jusqu’alors relativement épargnée par le mouvement de contestation lancé le 15 mars contre le pouvoir du président syrien Bachar al-Assad.

Un an plus tard, en juillet 2012, les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) s’emparent de près de la moitié de la ville. Début août, les troupes loyalistes lancent une offensive terrestre puis les premiers bombardements aériens.

L’ancienne capitale économique de Syrie est alors divisée entre secteurs loyalistes dans l’ouest, où vivent 1,2 million d’habitants, et rebelles dans l’est, où résident plus de 250.000 personnes.

Une métropole dévastée 

Les combats s’enlisent ensuite dans une guerre d’usure qui dévaste peu à peu la cité florissante et sa vieille ville réputée.

L’armée utilise contre les quartiers rebelles des « barils d’explosifs » largués depuis des hélicoptères et avions militaires, d’après l’OSDH et des militants. Les insurgés ripostent avec des tirs de roquettes meurtriers sur les quartiers gouvernementaux.

Les conditions sanitaires dans la partie rebelle sont alarmantes, selon les médecins qui y travaillent.

Les Russes s’engagent 

A partir de fin septembre 2015, la Russie vient à la rescousse du régime syrien, en mauvaise posture, permettant à Damas de reprendre du terrain aux rebelles notamment dans l’ouest.

Le 17 juillet 2016, les forces du régime coupent le dernier axe d’approvisionnement des rebelles, la route du Castello. Ils assiègent totalement leurs quartiers où les habitants sont confrontés à de nombreuses pénuries et une flambée des prix.

Le 22 septembre, Damas et son allié russe lancent une offensive majeure sur la partie rebelle, soumise aux bombardements les plus violents depuis deux ans. Les Occidentaux évoquent des « crimes de guerre » commis par la Russie et le régime.

Cette opération permet à Damas de reprendre un à un les quartiers insurgés, notamment la Vieille ville le 7 décembre. Les combats font plus de 400 morts à Alep-Est et plus de 130 à Alep-Ouest tandis qu’environ 130.000 civils fuient les quartiers rebelles, selon l’OSDH.

Destruction d’une cité millénaire 

La guerre a dévasté Alep, l’une des plus vieilles villes du monde constamment habitée, depuis au moins 4.000 ans avant Jésus Christ, grâce à sa situation stratégique entre Méditerranée et Mésopotamie.

Spécialisée dans l’industrie manufacturière, c’était la deuxième ville de l’Empire ottoman au XIXe siècle.

En 1979, après un attentat contre l’Académie militaire d’Alep imputé aux Frères musulmans, le régime néglige la cité dont les commerçants ont soutenu la révolte de la confrérie islamiste. Mais elle retrouve une certaine prospérité dans les années 1990.

La citadelle, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 1986, a vu une section de ses remparts s’effondrer en juillet 2015. Auparavant, le minaret seldjoukide de la mosquée des Omeyyades s’était effondré et le souk aux boutiques parfois centenaires était partiellement détruit par les flammes.

L’Unesco a placé en 2013 la Vieille ville sur la liste des sites du patrimoine mondial en danger. Avec AFP

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