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ALGÉRIE: LE M’ZAB, CREUSET DE TENSIONS ENTRE POPULATIONS BERBÈRES ET ARABES

ALGÉRIE: LE M’ZAB, CREUSET DE TENSIONS ENTRE POPULATIONS BERBÈRES ET ARABES

Vue de la ville de Guerara dans la région du M'zab, le 9 juillet 2015 | AFP | Farouk Batiche
Vue de la ville de Guerara dans la région du M’zab, le 9 juillet 2015 | AFP | Farouk Batiche

La région du M’zab, où des heurts communautaires ont fait une vingtaine de morts ces derniers jours, est une vallée rocailleuse à 500 km au sud d’Alger peuplée en majorité par des Berbères de rite ibadite, les Mozabites, et dont les autres habitants sont des Arabes malékites.

C’est dans les années 1970 que les premiers affrontements entre ces communautés ont été enregistrés. Les violences ont continué dans les années 1980 avant de prendre une dimension dramatique depuis deux ans, culminant dans la nuit de mardi à mercredi avec l’usage d’armes à feu.

Les Mozabites se sont fixés sur les rives de l’oued M’zab au VIIIe siècle. Ces premiers peuplements étaient nomades ou semi-nomades. Leur sédentarisation définitive a donné naissance à six villes entre les XIe et XVIIe siècles, dont Ghardaïa (du berbère Tagherdaït) en 1085, aujourd’hui chef-lieu de la région.

Au XIe siècle, les Mozabites ont commencé leur conversion à l’ibadisme, une forme de l’islam distincte du sunnisme et du chiisme qui est le culte officiel du sultanat d’Oman. Il est également pratiquée à Djerba (Tunisie), à Djebel Nafoussa (Libye) et Zanzibar (Tanzanie).

Selon les principes cardinaux de l’ibadisme, le califat (le pouvoir religieux sur un territoire donné) se transmet, non par héritage, mais sur le critère de la rectitude morale et de l’exemplarité du gouvernant, avec une approche élective et collégiale du pouvoir.

Urbains, entreprenants et solidaires, les Mozabites, que l’on reconnaît à leur calotte, leur gandoura (longue tunique sans manches) et leur barbe bien taillée, se distinguent par leur propre organisation sociale et ont conservé des institutions locales séculaires.

L’autre composante ethnico-religieuse de la vallée est constituée d’Arabes malékites, notamment les Chaâmbas. Il y a aussi les Béni-Merzoug, les M’dabih, les Mekhadma ou encore les Ouled Saïd et les Ouled Naïl.

Principalement nomades, les Chaâmbas ont été forcés à la sédentarisation par l’armée française qui les soupçonnaient de transporter des armes pendant la guerre d’Algérie (1954-1962). Ils étaient alors installés dans tentes sur des terrains vagues, contrairement aux Mozabites citadins.

Au fil du temps, la découverte du pétrole à la fin des années dans le bassin proche de Hassi R’Mel puis la forte urbanisation autour de Ghardaïa ont attiré d’autres populations.

Entre ces population précaires et socialement désaffiliés et les Mozabites, bien structurés, naîtront progressivement des conflits.

« Ces convulsions sont l’expression de la destruction des institutions locales au bénéfice d’institutions nationales » dans un pays où le pouvoir est fortement centralisé.

 

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