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Angola: João Lourenço va devoir assumer le lourd héritage des Dos Santos

Angola: João Lourenço va devoir assumer le lourd héritage des Dos Santos

Si pendant longtemps, l’Angola n’a été qu’une poudrière, un homme a été l’acteur majeur de son passage au rang de puissance économique continentale. José Eduardo Dos Santos aura dirigé le pays pendant 38 ans avant de renoncer au pouvoir en 2017. Quel héritage laisse-t-il derrière lui et comment son successeur Joao Lourenço pourra-t-il sortir de l’ombre de cette figure tutélaire omniprésente et parfois omnipotente ?

Angola: João Lourenço va devoir assumer le lourd héritage des Dos Santos
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Si pendant longtemps, l’Angola n’a été qu’une poudrière, un homme a été l’acteur majeur de son passage au rang de puissance économique continentale. José Eduardo Dos Santos aura dirigé le pays pendant 38 ans avant de renoncer au pouvoir en 2017. Quel héritage laisse-t-il derrière lui et comment son successeur Joao Lourenço pourra-t-il sortir de l’ombre de cette figure tutélaire omniprésente et parfois omnipotente ?

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Angola: João Lourenço va devoir assumer le lourd héritage des Dos Santos

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Si pendant longtemps, l’Angola n’a été qu’une poudrière, un homme a été l’acteur majeur de son passage au rang de puissance économique continentale. José Eduardo Dos Santos aura dirigé le pays pendant 38 ans avant de renoncer au pouvoir en 2017. Quel héritage laisse-t-il derrière lui et comment son successeur Joao Lourenço pourra-t-il sortir de l’ombre de cette figure tutélaire omniprésente et parfois omnipotente ?

Une économie à la croisé des chemins

En Angola, les premiers gisements de pétrole sont découverts en 1910. Mais jusqu’à l’indépendance, en 1975, le pays ne produit que 50 000 barils par jour. A ce moment, la jeune nation voit son économie à la croisée des chemins. Naguère une puissance agricole (4ème producteur mondial de café et entièrement autosuffisant sur le plan alimentaire), le pays assiste au départ des exploitants agricoles portugais. La guerre civile qui oppose l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) de Jonas Savimbi au Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) d’Agostino Neto et au Front National de libération de l’Angola (FNLA), aura raison du secteur. Dès la fin des années 80, l’Angola devient un importateur net de denrées alimentaires. Mais qu’importe. Déjà, les nouveaux dirigeants ne résistent pas aux sirènes de l’or noir.

Naguère une puissance agricole ( 4ème producteur mondial de café et entièrement autosuffisant sur le plan alimentaire), le pays assiste au départ des exploitants agricoles portugais.

Entre l’accession à l’indépendance et l’arrivée au pouvoir de José Eduardo Dos Santos, ingénieur du pétrole et successeur désigné D’Agostino Neto,  la production pétrolière double pour atteindre 100 000 barils par jour. Cette hausse est essentiellement le fruit d’une politique ambitieuse visant à attirer les investisseurs. Ce pari semble gagnant puisque la montée en puissance du «camarade numéro un», comme il est surnommé dans le pays, coïncide avec le second choc pétrolier qui voit la réduction de la production mondiale d’or noir et une flambée des cours de la matière première qui doublent, passant de 60$ le baril à 128$. En 1980, le produit intérieur brut angolais était de 3,6 milliards de $ avec une contribution significative du secteur pétrolier. Le changement de cap est définitivement acté. L’avenir du pays s’écrira à l’encre du pétrole. Mais la hausse des cours de l’or noir et une stratégie bien pensée n’expliquent pas à eux-seuls les progrès réalisés par la suite par le pays.

Paix, pétrole et prospérité

L’un des principaux héritages de José Eduardo Dos Santos est certainement la paix qu’il est parvenu à rétablir dans le pays qui a connu 27 ans de guerre.

 

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José Eduardo Dos Santos est parvenu à rétablir la paix dans le pays après 27 ans de guerre.

En 1992, il amorce la transition vers une démocratie allant de pair avec le multipartisme avant de signer en 2002 la fin du conflit, à la mort de Savimbi. Acquise la paix, place au progrès. L’Angola d’après-guerre devient un important producteur d’or noir qui acquiert ses titres de noblesse en intégrant la puissante Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en 2007. La croissance économique du pays s’emballe avec des indicateurs qui donnent le vertige. Alors que le pays a affiché une croissance moyenne de 1,6% sur la décennie 1991-2001, sa croissance sera de  20,7% en 2006, 22,6 % en 2007 et 13,8 % en 2008. Cette croissance va de pair avec le lancement de grands travaux. Les immeubles poussent comme des champignons et Luanda se voit propulsé dans la liste des capitales les plus chères du monde pour les expatriés. En 2014, au plus fort de sa vigueur, l’économie du pays affichera un PIB de 126 milliards de $ supérieur à ceux de l’Ethiopie, du Kenya et du Rwanda réunis. Mais cette réussite est essentiellement tributaire des performances de l’or noir. L’Angola est désormais le premier producteur africain de pétrole en devançant le Nigéria, et affiche des indicateurs macoécronomique apparemment robustes. Mais il souffre déjà, de la maladie hollandaise.

La crise

Pendant des années, beaucoup ont minimisé le revers de la médaille de ce qu’il convient d’appeler «le miracle angolais». Certes, le pays présente l’un des meilleurs PIB par habitant en Afrique (plus 4000 $) mais il reste en réalité très inégalitaire. En effet, le boom pétrolier a surtout permis l’enrichissement d’une caste de privilégiés au détriment de la majorité des angolais. 25% de la population active est au chômage, 70% des Angolais vivent avec moins de 2 $/jour, plus d’un Angolais sur deux vit dans une économie non monétaire, basée sur l’autoconsommation et n’a pas accès aux soins.

25% de la population active est au chômage, 70% des Angolais vivent avec moins de 2 $/jour, plus d’un Angolais sur deux vit dans une économie non monétaire, basée sur l’autoconsommation et n’a pas accès aux soins.

L’indice de développement humain (IDH) stagne et les cas de corruption, de détournements et de non-respect des droits de l’homme se multiplient. Mais cette facette ne va pas tarder à devenir de plus en plus difficile à ignorer à la faveur de la crise pétrolière qui survient en mai 2014. La surabondance de l’offre pétrolière fait dévisser les cours de l’or noir et affecte gravement les recettes des pays ne dépendant que de cette ressource. L’Angola ne fait pas exception à la règle et le pays connaîtra une année 2015 économiquement terne. Il s’agit pour le pays du début d’une série d’exercices marqués par des contre-performances. En 2016, l’économie stagne. Le PIB a du mal à augmenter, ressortant avec une performance mi-figue mi-raisin (1,1%),  en raison du ralentissement de l’activité non pétrolière, l’industrie, le bâtiment et les services ayant dû s’ajuster à la baisse de la consommation privée et de l’investissement public.

La faible disponibilité des devises demeura un autre problème qui effritera la dynamique économique au cours de cette année (2015). Les pétrodollars ne viennent plus remplir les coffres de la Banque centrale. Affectée par la baisse des recettes pétrolières qui ont entrainé une pénurie de devises, la Banque centrale se retrouve de fait, dans l’incapacité d’honorer la totalité des demandes de transferts financiers vers l’étranger. La pénurie de devises entame le secteur bancaire. Des banques passent sous couverture prudentielle de l’institution faitière.

La balance des paiements, régulièrement excédentaire depuis 2004, est redevenue déficitaire en 2014 (-3,9 milliards $), 2015 (- 3,0 milliards $) et 2016 (-3,8 milliards $). L’étau se resserre sur le gouvernement qui enregistre, rapporté au Pib, 4,5% de déficit budgétaire. La situation se dégrade. Les biens de consommation se raréfient, sur fond de hausse des prix (plus de 32% d’inflation) et de dépréciation du kwanza face au billet vert. Le spectre de la dévaluation de la monnaie plane mais les autorités rassurent. Le chômage bat son plein dans un contexte risqué où le mécontentement social est palpable.

Dos Santos: abandon par jet d’éponge

Dans cet environnement difficile, dos Santos annonce son retrait du pouvoir pour 2017. Soucieux de maîtriser la période qui suivra son règne, le dirigeant tente d’adouber son fils  José Filomeno de Sousa dos Santos, qui préside depuis juin 2013 aux destinés du fonds souverain angolais, ayant plus de 5 milliards $ d’actifs sous gestion. Une manœuvre qui ne reçoit pas l’approbation des cadres du MPLA. Il essaie ensuite de positionner son vice-président Manuel Vicente, ancien patron de la compagnie pétrolière Sonangol, mais en Angola tout est d’abord question de « Famille ». Celle de Vicente ne pèse pas à Luanda. L’initiative échoue donc, mais également pour une bonne partie en raison des scandales de corruption qui entachent la réputation de l’homme. Dos Santos essaie une dernière carte qui sera payante : João Lourenço.

 

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Dos Santos essaie une dernière carte qui sera payante : João Lourenço.

Lourenço,  réformateur dans les mots…

A 63 ans, le général à la retraite, João Lourenço a déjà occupé des postes importants au sein du  parti avant d’être jeté aux oubliettes. Ministre de la défense, c’est un homme respecté qui bénéficie d’un atout bien particulier : sa femme est une ancienne ministre du plan longtemps restée dans les couloirs de la Banque mondiale. Mais, des voix s’élèvent pour critiquer aussi bien le choix que la méthode ayant conduit à cette désignation.

Le nouveau numéro un du pays hérite d’une économie malade, dévastée par la chute des prix du pétrole et doit lutter contre la corruption et les inégalités profondes qui déchirent un pays qui a tout pour se hisser au rang des grandes puissances. L’Angola est la deuxième source de diamants en Afrique après le Botswana, et la quatrième au monde selon la BAD. Le secteur agricole a des potentialités énormes.

Le général promet d’enrayer les inégalités et de redresser l’économie. Mais les embûches sont bien connues. Il devra faire dos à certains cadres de l’ancien régime. Surtout la famille dos Santos qui est toujours aux affaires : Isabel à la Sonangol et son frère au fonds souverain. Devant des milliers de sympathisants à Luanda, Lourenço promet de s’attaquer aux inégalités.

Le général promet d’enrayer les inégalités et de redresser l’économie. Mais les embûches sont bien connues. Il devra faire dos à certains cadres de l’ancien régime. Surtout la famille dos Santos qui est toujours aux affaires.

«Personne n’est si riche et si puissant qu’il ne peut être puni et personne n’est si pauvre qu’il ne peut être protégé», a-t-il affirmé sous les applaudissements d’une foule lasse de 38 années d’une gouvernance critiquable. Lourenço parle de réformes couvrant l’égalité des sexes, la liberté de la presse, le secteur privée, la santé publique, la réduction des monopoles contrôlés essentiellement par une famille qui gère l’Angola depuis quatre décennies. Il va jusqu’à évoquer la possibilité de renouer le dialogue avec le FMI, contrairement à son prédécesseur qui avait tourné le dos à l’institution de Bretton Woods afin de ne pas se retrouver à sa merci. « Il y a des défis énormes devant nous … Nous faisons appel à l’aide de tous dans ce difficile périple », a quant à lui déclaré Joao Lourenço.

 

 joao lourenco

L’ancien président José Eduardo dos Santos est toujours à la tête du MPLA.

Si ses déclarations plaisent, les analystes, eux, émettent des doutes quant à sa capacité à opérer des changements profonds. L’ancien président José Eduardo dos Santos est toujours à la tête du MPLA, ce qui donne à l’ex-numéro un, presque grabataire, une influence sur les décisions politiques clés. Toute tentative sérieuse de transformer le pays pourrait mettre Lourenço en porte-à-faux avec de hauts responsables du parti et de puissants groupes d’intérêt.

Toute tentative sérieuse de transformer le pays pourrait mettre Lourenço en porte-à-faux avec de hauts responsables du parti et de puissants groupes d’intérêt.

Et dans les actes

Mais, dès ses premiers pas, le nouveau président déjoue les pronostics. Il ordonne de passer aux cribles sur une durée de 30 jours, l’industrie pétrolière et minière afin de relever les défis importants auxquels elles sont confrontées. A Luanda, il dirige directement un groupe de travail avec plusieurs acteurs (notamment Total, Eni, Chevron, ExxonMobil) pour déterminer comment améliorer les conditions actuelles d’investissement dans l’industrie pétrolière et gazière et développer un cadre de coopération directement entre l’exécutif et les compagnies pétrolières.

Par la suite, Lourenço nomme l’un de ses proches au secrétaire d’Etat au pétrole. Carlos Saturnino est un spécialiste avéré de la question pétrolière, ayant fait carrière à la Sonangol. Alors directeur de la Stratégie filiale Exploration et production, le technocrate a été remercié par Isabel dos Santos fin 2016. Selon les observateurs, cette  nomination saute aux yeux et annonce un conflit potentiel entre le ministère et la compagnie pétrolière publique Sonangol, dirigée la fille de l’ex-président.

D’un autre côté, des poids lourds de l’administration précédente,  notamment  le vice-président Manuel Vicente et le ministre d’État Manuel “Kopelipa” Hélder Vieira Dias Jr, sont remerciés.

 

jose et isabel DS

Mais pour tous, une question demeure: Jusqu’où pourra-t-il aller ?

Le Grécima, l’organe chargé de gérer la communication institutionnelle et le marketing de l’administration, longtemps étiqueté comme un outil de propagande sous l’ère Santos, est dissout. Ces premières mesures semblent indiquer que Lourenço est en train d’imprimer sa marque au pays. Mais pour tous, une question demeure: Jusqu’où pourra-t-il aller ?

Système A (Ecofin Hebdo) 

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