Mardi 1 décembre 2009
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L'affaire dite "Mathiou", relative à des viols en série, avait récemment défrayé la chronique. En outre, les médias relatent quotidiennement des cas de viols.
La cour d'assises de cette année a planché sur des abus sexuels. Les viols de mineures sont devenus récurrents dans notre société. Ce drame est vécu de manière atroce par les victimes qui
en gardent les stigmates toute leur existence. Nous nous sommes intéressés aux mobiles qui sous-tendent de telles forfaitures...
"Ce sont les filles mineures qui nous agressent, nous attirent et nous attaquent avec leurs tenues Sexy : les jeans taille-cigarette qu'elles portent",
déclare sans ambages M. Mané à la question de savoir qu'est-ce qui explique les viols répétés et les détournements de mineures. Par le "nous", il faut comprendre les hommes. Pour ce
vigile de vingt-huit ans, "elles regardent la télé et essaient de l'appliquer en copiant les Toubabs". Par exemple, s'il nous arrive de cohabiter avec une fille comme ça avec qui l’on
joue souvent, on est obligé de la pénétrer". C'est pourquoi, de mon avis, "les hommes qui violent ou détournent les mineures ne sont pas malades, mais ils sont provoqués".
Et son collègue Dominique Mendy de renchérir en ces termes : "les formes généreuses des mineures, leurs corps bien modelé avec leurs seins développés, seraient à l'origine de cette
situation. Mendy d'ajouter : "les filles ont maintenant du cran, elles n'ont plus peur des garçons et ne refusent pas le contact. Ces dernières nous fréquentent sans problèmes avec des
tenues sexy mettant en exergue leur corps". Poursuivant son argumentaire, ce vigile de trente-huit ans dira : "un homme dans cette situation, s'il demande de coucher avec une de ces
genres de filles et que cette dernière refuse, trouve un moyen pour la violer parce qu'étant obligé. Son corps devient irrésistible".
Bijou Gaye, âgée de quatorze ans appartenant à la catégorie des victimes, habitant la zone Foire, ne s'est pas priée pour déclarer haut et fort que "ce sont les habits indécents des
jeunes filles alors qu'elles sont précoces qui attirent les adultes. En plus, il y a des filles "ambitieuses" qui veulent avoir beaucoup de choses sans patience que leurs parents
devraient leur offrir et qui vont vers les personnes plus âgées".
Maintenant, "si elles tombent sur des adultes ou les galants du troisième qui ont de l'argent et qui ne pensent qu'à s'amuser, c'est à leur risque et péril. Car ils ne font plus rien sans
rien. C'est véritablement le "Dona-Dona" pour dire comme les Espagnols. Si tu refuses, ils te violent ou utilisent l'argent pour te détourner", dit-elle, l'air un peu triste et inquiète.
Elle venait de subir une agression qui lui a causé une blessure au bras et son portable emporté.
Les fillettes entrent dans le terrain des adultes
Pour Bakary Goudiaby, la quarantaine acquise, chauffeur de clando de son état, "ce sont les filles qui se prennent pour de grandes demoiselles en considérant les adultes comme des gens de
leur âge, voire de leur génération. Ce qui fait que parfois si tu dis à une fille mineure : "je ne suis pas ton égal, elle te répond : c'est écrit où ? . Et M. Goudiaby de nous informer à
notre grande surprise qu' " à cet âge, si elle porte des jeans, elle pourrait penser que même son propre père aurait envie d'elle, pour vous dire", assène-t-il. Coumba Sylla, du même âge
que Bijou Gaye sa copine, abondant dans le sens que ce chauffeur de clando, déclarera : "les filles de mon âge sont frivoles et n'ont plus peur des hommes.
Certes, les hommes sont coupables mais aussi les fillettes les provoquent en les fréquentant. Tu vois des jeunes de treize, quatorze ans qui sortent avec des adultes", ajoute-elle.
Absence de l'autorité parentale et manque d'éducation chez les filles
Quant à Issa Gueye, chauffeur aussi, il n'a pas caché la démission des parents à l'égard de leurs progénitures. Pour lui, il faut oser le dire, "c'est l'autorité des parents qui ne
fonctionne plus car ces derniers ont le devoir et l'obligation de surveiller les va-et-vient de leurs filles".
D'un autre côté, il y a un problème d'éducation avec les tenues "indécentes" qu'elles portent. "Une fille qui sort à certaines heures au vu de ses parents, avec un jean bien serré, peut
déclencher l'envie sexuelle chez un adulte du même âge que son père. Dans ce cas, tout ce qui lui arrive est de sa faute et celle aussi de ses parents", a-t-il souligné. Même les filles
mineures dénoncent cet état de fait. Si on en croit, à ce propos, Coumba Sylla, "les parents ont aussi une part de responsabilité parce qu'ils doivent surveiller leurs filles et veiller
sur elles".
Les femmes qui interdisent leurs corps à leurs maris et la maladie chez certains hommes
Ndèye Diama Thiongane, une femme mariée de quarante-sept ans habitant la cité Comico Yeumbeul, pense que "la faute est à imputer aux femmes qui s'interdisent leurs maris pendant un
moment. Le mari ne pouvant faire de rapports sexuels avec sa propre femme, est obligé de transposer ses pulsions, voire sa libido sur sa fille dans la maison ou les petites filles
(mineures) dans la rue. A qui il verse de maigres sommes ne sachant plus à quel saint se vouer".
Contrairement à sa copine du même quartier, Rose Ndoye qui, trente et un an mariée, ne peut cautionner ce comportement "anormal" chez les hommes. De son avis, "ce sont ces hommes qui ont
des problèmes, voire qui seraient malades". Car elle ne peut comprendre qu' "un homme qui est satisfait sur tous les plans par sa femme et qui ne trouve rien d'autre à faire que de
chercher les gamines pour coucher avec elles. C'est de la maladie", lance-t-elle.
VIOL ET DETOURNEMENT DE MINEURES EN SÉRIE:Et si les victimes étaient responsables...
A voir de près les cas de viol et de détournement de mineures, on ne saurait ignorer la part de responsabilité des victimes. La puberté est une période très délicate pour une fille. C'est
le moment où commencent à apparaître les caractères secondaires avec les seins qui se développent et les fesses qui prennent forme. La plupart des jeunes filles, prenant conscience de
leur féminité, jettent souvent leur dévolu sur des personnes plus âgées. Ce qui fait qu'elles peuvent "gâcher le sommeil d'un adulte", comme disait l'autre. Prenons le cas de cet homme
qui aurait enceinté une fillette après que celle-ci lui a caché son âge.
Cet enseignant logé par les parents d'une fille âgée seulement de treize ans et qui était convoité par cette dernière jusqu'à lui proposer ne plus fermer sa porte la nuit pour qu'elle
vienne le retrouver après que sa maman soit endormie. Sans compter, cet homme de cinquante ans et père de onze enfants accusé de viol suivi de grossesse sur mineure, qui crie haut et fort
que c'est la jeune fille qui venait le rejoindre à la terrasse pour lui proposer de coucher avec elle. Qui peut le croire ? Le cas de Samba Sall en est encore un autre. Ce gros gaillard
de trente-cinq ans qui aurait violé une fillette qui venait de souffler ses neuf bougies soutenant mordicus que la victime s'est déshabillée seins nus.
Et le film est loin d'être terminé parce qu'elle s'est jeté sur lui jusqu'à s'asseoir sur son pénis, dit-il. Et le pauvre de déclarer : " j'ai senti le corps chaud et j'ai éjaculé comme
tout homme valide, mais je ne l'ai pas pénétrée". Pour ce qui est de l'histoire du jeune talibé Aliou Khalé Diamanka qui serait venu de la Guinée lointaine pour apprendre le coran et de
la fille A. Bâ, n'en parlons même pas. Cette fillette, née en 1993, n'était âgée que de treize ans au moment des faits (2006). Aliou chez qui elle venait regarder la télé ou répondre au
téléphone lui vouait un certain amour. D'ailleurs, ils sortaient ensemble à l'insu de leurs parents et ce dernier aurait entretenu des rapports sexuelles à trois reprises avec A. Bâ,
soutient-elle à la barre.
Le pot de rose n'a été découvert lorsque Aliou a enlevé la fille lors de chants religieux organisés par son marabout pour ensuite la violer et l'abandonner. La liste est loin d’être close
mais toujours est-il que des hommes sont accusés à tort ou à raison tous les jours. A qui accorder crédit, la victime ou le coupable ? Force est de reconnaître que si viol il y a, il y a
lieu de punir sévèrement le coupable pour ensuite voir les circonstances de son acte. Si la responsabilité de la victime est engagée, la sanctionner pour le délit de provocation. Une
manière de freiner l'ardeur de ces fillettes qui n'ont d'yeux que pour les adultes.
CONVICTION DU SOCIOLOGUE MALICK DIAGNE :"Une société anomique comme la nôtre est un terreau fertile à la prolifération de maniaques sexuels"
Pour autant qu’il continue de porter sur des cas isolés perpétrés par des détraqués, le viol restera longtemps classé dans le registre des actes émanant de pathologies mentales et autres
troubles de la personnalité. En tant que tel, il demeurera une nébuleuse à la portée des seuls spécialistes que sont les psychologues, les psychiatres et les psychanalystes. Par contre,
la nouvelle tournure amorcée par le viol dans notre société, nous oblige forcément à inventer une autre grille de lecture du phénomène.
En effet, il ne passe plus un seul jour dans notre pays, sans que le viol ne soit sous les feux des projecteurs, avec très souvent au menu, des cas aussi inquiétants les uns des autres,
qu’ils ne peuvent s’empêcher de faire les choux gras de la presse nationale ou de provoquer beaucoup de bruit dans le landerneau social sénégalais. Au demeurant, les personnes souvent
mises en cause, loin d’être des malades dans le sens psychologique du terme, sont au contraire des individus normaux dont la lucidité mentale n’est aucunement entamée. Certains même
passent pour être d’honorables pères de familles. D’autres, par contre, occupent dans la sphère sociale des positions de prestige qui tranchent nettement avec les actes de viol dont ils
sont les auteurs.
Ce faisant, la fréquence du phénomène dans la société sénégalaise et le nouveau profil des personnes incriminées, nous amène nécessairement à dire qu’il existe une sociogenèse du
phénomène du viol. C’est dire que le viol tel qu’il se montre présentement sous nos cieux est un phénomène sociologique difficilement explicable en dehors de son cadre d’émergence qu’est
la société sénégalaise. Aussi, tel qu’il se manifeste dans ce cadre, le viol n’est-il ni plus ni moins qu’un des symptômes d’une impitoyable hydre sociale qui gangrène et déstructure
profondément la société sénégalaise.
Cette hydre sociale que l’éminent sociologue français Emile Durkheim a théorisée sous le concept d’anomie, renvoie dans notre contexte, à une crise généralisée des valeurs sociales et
morales fondatrices de la société sénégalaise. En d’autres termes, le phénomène du viol n’est qu’une forme d’anomie parmi tant d’autres qui menacent notre société. Or, si les valeurs de
la conscience collective sont menacées, les désirs des acteurs sociaux ne sont plus freinés par des règles visibles et stables. Dès lors, c’est la porte ouverte à la recherche hédoniste
du plaisir, principalement mondain et satanique.
Pour cause : en matière de recherche du plaisir, tous les efforts et toutes les volontés mènent vers le plaisir sexuel. Le plaisir d’être riche, le plaisir d’être célèbre, le plaisir
d’être au pouvoir, le plaisir de diriger une entreprise ou d’avoir une ascendance psychologique sur une personne ou un groupe d’individus, tous ces plaisirs n’ont de sens pour les
hédonistes sénégalais, que lorsqu’ils servent de leviers pour permettre à leurs détenteurs d’atteindre le plaisir paroxystique : le plaisir sexuel à tout bout de champ.
Ainsi, parce qu’ils ne fixent pas de limites à leurs passions charnelles qu’ils érigent comme leur raison de vivre, les adeptes du plaisir sexuel à tout bout de champ, qu’ils passent à
l’acte ou non, ou qu’ils arrivent à être démasqués ou non, présentent toutes les dispositions pour s’adonner à la déviance sexuelle sous ses multiples facettes : le viol, la pédophilie,
l’homosexualité, le lesbianisme, l’adultère, etc. Par conséquent, une société anomique à l’instar de la nôtre, devient forcément un terreau fertile à la prolifération de maniaques du sexe
et partant, une grande machine à produire des violeurs en puissance.
Toutefois, la facilité et la fréquence avec lesquelles ces violeurs potentiels accèdent à leurs proies, constituent les preuves que leurs victimes aussi, présentent très souvent, toutes
les dispositions pour être violées ou autres… déflorées avant l’heure. Loin de dédouaner les violeurs, ces dispositions sont la preuve que les victimes aussi ne sont pas épargnées par la
crise des valeurs sociales et morales. En témoignent d’ailleurs, leur port vestimentaire indécent, leur dévergondage, leur libertinage et leur propension à la débauche.
Lutter contre l’industrie du viol et les différentes formes de déviance sexuelle qui sévissent dans notre pays, revient nécessairement à restituer aux valeurs sociales et morales
fondatrices de la société sénégalaise leur dignité d’antan. Une révolution qui ressemble fort à de la gageure face à la décrépitude des cadres de socialisation, à la montée périlleuse de
l’individualisme et à la déshumanisation de la société de consommation. Ce sont là autant de paramètres qui rament à contre-courant de notre système de valeurs.
Par BONGOS ROGER
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Publié dans : Faits divers
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