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Créé le 18.01.10 à 06h00
AFRIQUE REDACTION | SOCIETE | AFRIQUE | Mis à jour le Lundi |18.01.10 à 06h30
Le sexe et l’Afrique en 2009
(AfriSCOOP) — Les débats portant sur l’homosexualité en Afrique ont été de nouveau sous les rampes de l’actualité africaine en 2009 à la faveur de l’arrêt infirmatif de la Cour d’appel de Dakar (au Sénégal) annulant la condamnation, le 07 janvier 2009, de 09 homosexuels sénégalais âgés de moins de 30 ans à 08 ans de prison. Cette juridiction sénégalaise a justifié sa décision par la violation de la procédure d’interpellation et celle de son ouverture (sur une simple dénonciation) à l’encontre des homosexuels cités en supra. Cet arrêt est cependant loin de mettre un terme au débat passionné et souvent passionnel autour des minorités sexuelles au Sénégal et plus généralement en Afrique. Même si on risque encore pendant longtemps de pérorer sur cette thématique en ne déblatérant que contre son côté « occidental ».
« L’homosexualité est une invention des Blancs ; elle a été importée de l’Occident en Afrique par les violateurs de la lettre et de l’esprit des traditions ancestrales africaines ». Cette rengaine est dorénavant connue sur le continent noir ; elle est brandie à loisir par tous ceux qui voient d’un mauvais œil le rapprochement, l’union entre deux personnes du même sexe. Un peu comme la polygamie tolérée et encadrée juridiquement en Afrique est mal vue en Occident. La prépondérance de plus en plus croissante qu’occupent l’islam et le christianisme dans les habitudes religieuses des Africains n’a en rien favorisé une once de tolérance envers les homosexuels sur le continent berceau de l’humanité. Le pas entre traditions africaines et religions importées (occidentales) est ainsi vite franchi. Dans le cas d’espèce, traditions, religions africaines et pratiques (religieuses) issues de la colonisation en Afrique convergent : l’homosexualité s’inscrit contre l’ordre normal de fonctionnement des éléments de la nature, elle ne favorise pas la pérennisation de l’espèce humaine, bref, elle constitue une pratique immorale.
Voilà grosso modo les bases sur lesquelles au moins 38 Etats sub-sahariens ont bâti des lois homophobes. Loin de la Constitution sud-africaine qui a été la première sur le continent noir à interdire, dès 1995, « toute discrimination en fonction de l’orientation sexuelle ». La locomotive de l’économie africaine et très précisément sa ville Johannesburg accueille d’ailleurs chaque année la « seule Gay Pride » africaine (géant défilé au cours duquel les homosexuels, hommes comme femmes, s’affichent avec ostentation). Comme le souligne Charles Gueboguo (sociologue camerounais, auteur de la Question homosexuelle en Afrique : le Cas du Cameroun, Editions l’Harmattan, octobre 2006), « vivre son homosexualité au quotidien en Afrique est synonyme de suicide : insultes, passages à tabac, vols avec violences sont le lot quotidien des homos.
Nombreux sont ceux qui optent pour la « stratégie du camouflage » : mariage et paternité. Leur vie reste très dure ». Faut-il donc continuer à jeter la pierre aux homosexuels en Afrique ? Au Sénégal par exemple, après l’arrêt infirmatif du 20 avril 2009, la Raddho (Rencontre africaine des Droits de l’Homme) s’est réjouie de cette décision tout en demandant l’ouverture d’un débat autour de la « dépénalisation de l’homosexualité » dans ce pays. Il appartient aux différentes composantes des Etats africains de se prononcer sur cette question. Avec le jeu de la mondialisation des mœurs, des mentalités et de la migration transfrontalière, il sera dans tous les cas difficile d’ignorer la proportion de plus en plus croissante des homosexuels (les) en Afrique au cours des prochaines années. En d’autres termes, ignorer la proportion des membres des minorités sexuelles (homo, bi ou transsexuels) dans le jeu des relations sociales au cours des prochains mois en Afrique ne serait que faire preuve d’hypocrisie.
Certes, tout ce qui a une connexion avec le vocable « sexe » en Afrique est frappé d’un ou des tabous à divers degrés. N’y-a-t-il pas alors, à l’heure actuelle en Afrique, d’autres « déviances » sexuelles à même de déchaîner l’intolérance des gardiens de la morale des traditions et des religions ?
Il suffit pourtant d’ouvrir les yeux
Célhia de Lavarène a dirigé plusieurs missions de l’Onu (Organisation des Nations Unies) contre le trafic des êtres humains. Révoltée par l’inertie de celle-ci à défendre les femmes forcées à se prostituer et réduites au silence, elle a créé son Ong « Stop Trafficking Of People » et écrit un livre (Un visa pour l’enfer, Fayard 2006) pour dénoncer les trafiquants et leurs clients complices. Sur la base de ces diverses expériences, Mme de Lavarène a livré son témoignage autour du visage de ce phénomène en Afrique à nos confrères de l’Agence Syfia : « Au Libéria, nous étions parvenus en 2004 à stopper l’arrivée de jeunes Marocaines, Roumaines et autres, en plaçant des hommes à l’aéroport, au port et en surveillant les routes. Nous savions qui entrait et sortait du pays. Mais l’Onu a décidé que le trafic des êtres humains n’était plus une priorité. Mon équipe a été démantelée. D’autres night-clubs ont ouvert et d’autres jeunes ont été amenées à nouveau au Libéria ». « Tous les pays du monde sont touchés par ce trafic », dit-elle en évoquant l’ampleur du phénomène. « Mais il y a des zones de transit importantes comme Abidjan, en Côte d’Ivoire. Dès qu’elles atterrissent dans ce pays, les filles sont placées, pour une courte durée, dans les nombreux night-clubs et bars. Ensuite, elles sont vendues au Liberia, au Ghana ou envoyées dans toute l’Europe. Cela dépend de l’acheteur. Passer par l’Afrique de l’Ouest est avantageux pour les trafiquants car les frontières sont poreuses et moins surveillées à cause des nombreux conflits qui y sévissent. Les lois y sont plus laxistes et la corruption bat son plein », précise C. de Lavarène en donnant une idée de la manière dont le trafic des femmes a contaminé l’Afrique occidentale et s’y manifeste.
Dans un contexte juridique permissif en Afrique de l’Ouest, la technique d’enrôlement des victimes de ce trafic est la suivante, selon l’auteur d’Un visa pour l’enfer : « Les trafiquants ont des recruteurs/euses qui se chargent de séduire les victimes. Celles-ci ont entre 14 et 25 ans et viennent souvent de villages isolés, de pays où la situation socio-économique est très difficile. Ils deviennent amis avec la famille ou font semblant d’être amoureux en demandant la main de la jeune fille. Les filles sont aussi kidnappées ou tombent dans le piège de petites annonces pour un travail à l’étranger (serveuse, nounou etc.). Arrivées dans un pays qu’elles ne connaissent pas et dont elles ne parlent pas la langue, elles se voient confisquer leur passeport par les trafiquants qui les dépouillent de tout effet personnel, jusqu’à leur propre nom… Elles restent enfermées pendant six mois, parfois un an, avant d’être vendues et envoyées en Europe. Elles sont même parfois achetées et essayées sur place, dans les night-clubs… Je ne me targue pas de changer le monde, mais je veux au moins l’informer. Il est très important de savoir ce qui se passe autour de nous… ».
Ces témoignages, faits et gestes tout autant immoraux comme l’homosexualité (si l’on se base du moins sur l’indice de moralité qui sert à vitupérer en Afrique contre l’union de deux individus du même sexe) n’émeuvent pas (hélas !!!) encore sur le continent le plus pauvre du monde, au même titre que l’homosexualité ! Les exciseuses traditionnelles sévissent toujours, les passeurs de réseaux de prostitution sont très rarement inquiétés en Afrique, en dépit des démantèlements dont sont victimes de temps en temps leurs réseaux en Occident. Travailleuse sociale camerounaise, Amély-James Koh Bela milite depuis plus de 10 ans contre la prostitution africaine en Europe. Une prostitution dont les contours sont définis en Afrique avant son exportation sur le « Vieux continent » (Europe). « Chaque jour, des femmes et des enfants sont piégés par des annonces dans les magazines, des demandes en mariage sur Internet ou des familles qui, poussées par des estomacs vides, les mettent à la rue. Dans la filière africaine, il se passe les choses les plus immorales, indécentes et inhumaines qu’on puisse imaginer (pornographie sauvage, rapports sans préservatifs, zoophilie). Les Africaines à la tête de ces réseaux sont entourées d’hommes de main qui vont chercher les filles dans les pays d’origine, les déplacent, les surveillent et, au besoin, les brutalisent (brûlures, défigurations, meurtres) dans l’anonymat et l’indifférence la plus totale.
Depuis une décennie, le nombre total de prostituées en Europe aurait été multiplié par six. L’Oim (Organisation internationale pour les migrations) y estime à environ 500.000, le nombre d’étrangères prostituées. En France, à titre d’exemple, la part des Africaines dans la prostitution est passée de 7% en 2000 à 40% en 2005. Les prostituées viennent principalement du Cameroun, du Nigeria, du Ghana, de la Sierra Leone, du Liberia et du Bénin », confie Mme Bela au micro de l’Agence Syfia. Tout en exprimant sa colère vis-à-vis du laxisme qu’orchestrent les premiers responsables africains devant cette prostitution : « Mon étonnement vient de la démission des gouvernements africains qui ne font pas de la lutte contre ce trafic une priorité alors que la crise alimentaire qui secoue leurs pays nous fait craindre le pire. La présence de complices dans les consulats et les préfectures de police en Europe rend la lutte plus complexe ».
Comme si tout ceci ne suffisait pas, au même moment, les mariages forcés de jeunes filles pubères avec des polygames invétérés ont encore de beaux jours devant eux, même s’ils déjantent l’avenir psychologique et social de ces filles. Nonobstant le fait selon lequel cette dernière pratique n’est pas le lot de l’Afrique. Même le tournage de films X s’est invité dans ce décor abject, à côté des séances de strip-tease dans les discothèques, bars, restaurants et pubs africains. Mieux, l’accès aux supports de film X est aujourd’hui très aisé pour les mineurs en Afrique, paupérisation et piraterie du disque en ayant balisé le terrain. Cette litanie d’inconduites ne déclenche pas à satiété le courroux de responsables religieux, comme on l’observe vis-à-vis de l’homosexualité. La pérennisation de l’espèce humaine « africaine » n’est pas en jeu à travers ces inconduites précitées, diront les « sages » de la morale sexuelle de cette partie du monde !
Au total, les gardiens de la morale africaine semblent pratiquer la règle du « deux poids deux mesures » en abordant la thématique du « sexe » et ses pratiques. A quand donc les sermons au vitriol répétés contre les autres formes de « déviance » sexuelle sous les latitudes africaines ? Quand est-ce que les codes pénaux africains vont réellement pousser derrière les barreaux les auteurs de trafics de femmes, de mariage avec des mineurs, la vente d’articles immoraux à des enfants etc. ? La réponse est sue de tous.
AFRISCOOP
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