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Le taux de malnutrition infantile dépasse 15 % dans certains quartiers de Kinshasa. Le seuil d'urgence est 10 %. Les fonds vont au Kivu.
moitié moins. Frêle, une tête chauve qui semble trop grosse pour lui, il geint quand sa mère ôte la veste rose qui le couvre pour montrer l'enfant au
D r Bénédicte Claus, une sœur tournaisienne du Bureau diocésain des oeuvres médicales (BDOM) de Kinshasa. Le petit corps brun tremble dans une peau trop grande pour lui; par endroits, elle se
couvre de taches foncées qui partent en plaques, laissant des plaies roses à vif. "C'est le cas classique de malnutrition aiguë", dit le D r Claus. "Il ne peut plus bouger et n'a
même plus la force de se nourrir." Celui-ci est arrivé ce matin dans le centre nutritionnel de Kingabwa, un quartier pauvre de la capitale congolaise. Le nombre de cas de malnutrition
infantile y est en nette augmentation, constate le BDOM.
A côté du bébé, un bambin - gros ventre
mais bras et omoplates décharnés - se tient difficilement debout. A trois ans, il paraît 18 mois et regarde devant lui d'un air hébété qui fait peine à voir; l'infirmière assure pourtant
qu'"il est sauvé". Voilà quatre jours qu'il suit le traitement pour les enfants atteints de malnutrition sévère. "Quand il ira mieux, il suivra des activités d'éveil" et
perdra cette figure de zombie, rassure-t-elle, tandis que le Dr Claus nuance : certains dommages au cerveau causés par la malnutrition sont irréversibles.
C'est la pauvreté qui est coupable et la
négligence. "Beaucoup sont des enfants de filles qui se prostituent; elles s'achètent de beaux habits mais ne s'occupent pas de leur bébé ou le laissent à leur mère qui, parfois, pense que
ce n'est pas à elle de s'en charger", explique le Dr Claus. La mine sévère qu'arbore la religieuse s'adresse à la perte d'éthique qui frappe la
société congolaise depuis des années : mauvaise gouvernance, impunité des voleurs, absence d'emplois (plus de 80 % des Kinois sont au chômage, sans indemnités) et misère ont fait fondre le sens
moral comme neige au soleil. Dramatique ironie : ici, de nombreuses jeunes filles se font faire, dans les fesses, des piqûres d'hormones importées du
Nigeria et destinées à... engraisser les porcs, pour rendre charnue cette partie de leur personne amaigrie par des années de disette; elles espèrent ainsi attirer l'œil d'un amant assez riche
pour leur assurer un avenir rassasié. Dans certains quartiers de Kinshasa, le taux de malnutrition infantile aiguë atteint 15 à 17 %, indique Pierre
Vauthier, de la FAO (Agence de l'Onu pour l'alimentation et l'agriculture) . Le Dr Claus gronde. "Le taux d'urgence est de 10 %. Mais, depuis 2007, tous les bailleurs de fonds se sont
tournés vers l'est" du Congo, essentiellement le Kivu, toujours en guerre. "Le Pam (Programme alimentaire mondial, agence de l'Onu) n'est même plus à Kinshasa, alors que c'est
lui qui devrait financer les programmes de sécurité alimentaire. Tous ces gens qui restent dans des bureaux pensent qu'à Kinshasa, on peut passer de l'urgence au développement. Et pour ces
enfants qui meurent sous nos yeux, on fait quoi ? !" Loin de la colère de la religieuse, le Belge Patrick Houben, chargé de la sécurité alimentaire à
la délégation de l'Union européenne à Kinshasa, confirme : "C'est sûr qu'on est parfois au-dessous de pays pauvres du Sahel en nombre de calories et de protéines absorbées",
reconnaît-il.
Les zones du pays les plus atteintes sont
"les zones diamantifères parce que toutes les forces vives sont parties creuser; il ne reste que les vieux et les enfants, pas assez forts pour produire beaucoup de nourriture", ; "Il est
donc bien plus efficace de s'attaquer au développement, même si des actions très ponctuelles d'aide alimentaire peuvent être utiles", Car le problème
du Congo - où seuls 10 % des terres arables sont exploitées - c'est la production alimentaire, paralysée par nombre d'entraves créées par l'homme, explique M. Houben.
dû à l'absence de pistes et routes, en raison du manque d'entretien de
celles qui existent. Jouent fortement, aussi, les tracasseries des producteurs et transporteurs par toutes sortes de services de l'Etat qui viennent prélever leur dîme"; petit nombre de
transporteurs et d'intermédiaires qui aident les paysans à commercialiser leur production; ceux-ci doivent dès lors accompagner leur marchandise jusqu'à la ville. Joue enfin le fait que la
production est amoindrie par la mauvaise qualité des semences - c'est surtout vrai pour le manioc - ainsi que par le manque d'encadrement et d'accès au crédit pour les paysans."
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