Tribune libre
Dans les pays démocratiques et le Congo en est un, le rôle principal du député est de voter la loi et donc de suivre le travail
législatif. Une bonne partie de son travail se fait directement à l'Assemblée nationale, dans les commissions ou en plénière dans l’hémicycle, par des interventions sur un certain nombre de
textes, des amendements aux textes proposés ou par des propositions de loi. Il a le rôle de contrôle de l'activité gouvernementale qui prend le plus souvent la forme de questions écrites ou
orales. S’il est membre du gouvernement, sa mission est dévolue à son suppléant.
Un propagandiste en action
Elu de sa
circonscription, le député est à l'écoute de ses concitoyens. L’autre partie de son travail s’effectue auprès d'eux. Il propose alors des solutions à leurs problèmes. En qualité de représentant
de sa circonscription, il peut évoquer au Parlement les préoccupations des populations comme il peut régulièrement faire des interventions sur des problèmes de société, des questions
locales ou des questions nationales.
Le député se préoccupe également du développement économique, social et culturel de sa circonscription, en liaison avec les autres
élus. Il est l'interlocuteur privilégié et permanent des représentants des collectivités locales et villageoises, des services de l'Etat, des milieux socioprofessionnels et des
associations.
Nos frères d’hier et d’aujourd’hui n'ont rien fait
Nous, citoyens de la circonscription d’Abala, depuis le pouvoir dit populaire des années 70 à la démocratie pluraliste inaugurée
en1992, laquelle a été ensuite redéfinie depuis la constitution de janvier 2002, avons envoyé à l’Assemblée nationale populaire de l’époque et à l’assemblée nationale puis au Sénat de la nouvelle
ère de la démocratisation du Congo : un menuisier, un administrateur des SAF, un enseignant d’éducation physique et sportive, un commerçant, un infirmier d’Etat, un enseignant de l’université,
sans compter cet éphémère « cacatoès » qui parlait au nom des jeunes d’Abala, pendant la campagne présidentielle.
On ne dressera pas le portrait politique de chacun d’eux. Une chose est sûre : nos frères d’hier et d’aujourd’hui n'ont rien fait. Il
suffit de regarder l’état de délabrement dans lequel se trouvent les structures de l’Etat et l’enclavement problématique d’Abala, le chef-lieu et de ses villages centres que sont Ossélé, Mboubée,
Ebonga, Ekouassandé, Akou, Oban... A chacun de leur mandat, on ne retient de ces élus que le nom ou une anecdote. On se croirait dans l’énigme de Delphes.
Ce qui reste du dispensaire de Mboubée
Nos frères n’ont jamais laissé aucun autre souvenir dans la circonscription. Même les pseudo-diplômés n’ont pu égaler nos valeureux
parents analphabètes qui à l’époque avaient su convaincre l’administration coloniale et postcoloniale d’ériger des écoles, que vous et nous avons fréquentées, ou des dispensaires remplis de
médicaments avec un personnel soignant de qualité dans lesquels nous nous soignions jusqu’à la fin des années 70. Leur vision du développement souffre de la comparaison avec celle, empirique, de
nos parents qui de Mabirou à Akou, de Yama à Oban, permirent la construction des routes dans toute la sous-préfecture. En effet se sont ces routes que nous avons tous empruntées pour converger
vers Abala où se trouvait le seul collège du district.
Mais nos parents n’ont pas été compris. Près de cinquante ans après, que sont devenus ces écoles, ces dispensaires pourtant construits
avec des matériaux durables ? Des bâtiments qui menacent ruine, faute de rénovation, avec des murs qui sentent l’humidité, quand ils n’ont pas été abandonnés ou qu’ils ne se sont pas écroulés.
(voir photo ci-contre). De quoi faire retourner dans sa tombe le regretté Marcel Malanda Yabi (paix à son âme), premier Sous-préfet d’Abala. Quel gâchis !
Mais nos parents n’ont pas été compris
S’agissant des routes, les communications dans cette circonscription épousent la forme d’une croix. Mais au fil des années, la nôtre
ressemble à une croix d’enfer.
Bureau du directeur du collège d'Abala
La route Ollombo-Abala, prolongement de la route préfectorale, non bitumée, n’a jamais été entretenue depuis sa construction. Quand il pleut,
bonjour les dégâts. Une équipe d’humanitaires a, il y a peu, passé toute la nuit (de 23heures à 5heures du matin), à désembourber leurs véhicules bloqués à une vingtaine de kilomètres
d’Abala.
La route Gamboma-Ossélé menant à Okoyo dans l’autre Cuvette est inaccessible. Le bac sur la Mpama reliant les deux localités est
rouillé sur la berge.
La route préfectorale, et d’intérêt départemental, Abala-Djambala longue de plus de deux cents kilomètres n’existe plus que dans la
tête des aventuriers blancs. La nature a repris tous ses droits, une aubaine pour nos chasseurs de gibiers s’ils ne commettent pas de bavures en se trompant de cibles. Pour parcourir cette
fameuse « départementale », il est recommandé de se munir de jumelles dans la traversée des forêts-galeries entre Oyali Ossélé-village ; Ondzala ; Nkoué-chez-Gentil ; Mboubée et Akou avant
d’atteindre la frontière de la sous-préfecture de Mbon.
Pourtant, malgré cet abandon et bien que fragilisées par des maladies en tout genre et les décès de proches, les populations de la
circonscription d’Abala demeurent de grands travailleurs. Elles vivent des produits de la forêt et exportent (assez difficilement) vers Brazzaville, le foufou, le manioc et le gnetum
africanum ou coco. La population, surtout celle d’Abala et des villages environnants exprime son identité à travers la consommation de cette petite plante des sous-bois (1).
L’industrialisation de ce terroir, un rêve inaccessible
Centre de santé d'abala, bâtiment principal
La société forestière et industrielle (Sofia) n’est d’Abala que de nom : elle n’a pas son siège dans cette localité
ce qui veut dire que les taxes d’exploitation ne sont jamais reversées à la trésorerie de la sous-préfecture et nous ignorons à qui elles profitent. On fait comme si ces terres n’appartenaient à
personne alors que la Sofia exploite plus de 510 920 hectares de forêts (rapport N°01/OIF/REM de l’association indépendante des forêts).
Cette société remue la terre, trouble les esprits sereins de nos ancêtres quand elle déroule les billes de bois qu’elle abandonne parfois d’ailleurs en forêts lorsque ses engins subissent des
pannes prolongées comme l’atteste le rapport suscité (pp 19-20). La mauvaise gestion de cette société frôle l’insouciance, son cahier des charges foulé au pied. Pourtant il s’agit là d’une
société de droit congolais. Il est souhaitable que notre député éclaire la lanterne des populations à ce sujet avant de voir disparaître le coco de nos forêts. Il est urgent que le député de la
circonscription sorte enfin de son sommeil et se renseigne par exemple auprès de M. Mialoundama qui a effectué des recherches sur le coco pour qu’éventuellement un grand projet de mise en culture
de cette liane soit initié.
Le ministère de la Recherche (le ministre lui-même est le député du coin) doit réfléchir à cette proposition et faire d’Abala, le Centre de recherche sur la culture du gnetum, notre coco
national.
M. Yélé-Mfouba
Mwanda press
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