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Créé le 05.03.10 à 07h22 - AFRIQUE REDACTION | JUSTICE | RDC | Mis à
jour le Vendredi 05.03.10 à 07h30. Par : Charles Nguvulu / OBSERVATEUR
L'affaire opposant le Ministère public et la partie civile contre les membres d'équipage du bateau ISLAND OF LUCK, un navire battant pavillon Panaméen mais composé
en majeure partie d'un équipage ukrainien, de quelques russes et indiens, continue de susciter indignation et déception auprès de la population dans son ensemble mais plus particulièrement à
Matadi. Dans la mesure où les huit (8) membres d'équipage sur lesquels des indices sérieux de culpabilité ont été décelées ont déjà regagné leur pays juste après le jugement prononcé en leur
faveur par le Tribunal de Grande Instance de la Gombe (TGI) à Kinshasa.
Comme on le sait, sur les 18 membres d'équipage que comptait au total ledit navire, seulement 8 ont été présentés devant le Parquet général de Matadi qui les a entendu peu avant d'ordonner
l'arrestation immédiate et l'envoi à la prison centrale de Matadi de 3 présumés coupables dont le capitaine du navire, M. Rustam Yanbayev. Nous sommes au mois de novembre 2009. Ils étaient tous
poursuivis de meurtre et tentative de meurtre des ressortissants congolais à quelques kilomètres de Matadi à Ango-Ango. Sept (7) clandestins congolais se trouvaient à bord de leur navire en
partance pour l'étranger que ces prévenus ont tabassé à mort avant de les jeter à l'eau.
Selon les témoignages recueillis auprès des victimes, 4 congolais ont perdu leurs vies parmi lesquels 1 n'était pas identifié. Mais de ces 4 tués, 1 seul corps avait été retrouvé notamment celui
du jeune Christian Ngimbi Malela. Les rescapés Giresse Finkundi Salazaku, Giscard Muanza Umba et André Itricha Dikweme Abotito ont quant à eux été repêchés par les éléments de la Force Navale
postés à Ango-Ango cette nuit là. Ils ont affirmé avoir laissé tous leurs biens dans le navire.
Récupération de l'affaire à Kinshasa
L'affaire a donc été instruite en bonne et due forme au Parquet général de Matadi, et ce, avec le sérieux requis, jusqu'au moment où le Parquet général de la République ait décidé de se saisir du
dossier pour des raisons non élucidées. Au lieu de laisser le Parquet général de Matadi régler la question, lui qui est plus proche de l'endroit où les faits se sont commis, l'affaire a été
curieusement fixée en appel, en janvier 2010, devant le TGI/Gombe alors qu'il était qualifié d'incompétent par la partie civile pour les faits commis.
A en croire Me Arly Kuty, Avocat au barreau de Matadi et l'un des avocats ayant comparu dans cette cause, le TGI/Gombe siégeant en matière foraine à la prison de Makala a fixé le dossier avec 3
prévenus oubliant les 5 autres qui ont fini par comparaître sur demande de la partie civile. Le TGI/Gombe aurait donc essayé de créer des infractions maritimes découlant des infractions du droit
commun qui doivent être jugées par des tribunaux territorialement compétents. Ainsi, le TGI, dit-on, aurait créé un mécanisme juridique pour s'attirer la compétence. Le tout était donc renvoyé au
1er février 2010 pour que l'affaire soit jointe. " Curieusement, raconte Arly Kuty, on nous appelle pour le 22 janvier, mais bien plus tôt, le 16 janvier, les 5 autres prévenus sont appelés. Il y
a eu une instruction sommaire sans en informer toutes les parties qui avaient demandé la jonction. A la première audience, personne n'a été informé. L'affaire a été renvoyée pour le 22 janvier au
lieu du 1er février, invoquant des raisons d'Etat… Nous avons plaidé le 23 janvier et le jugement est intervenu le 8 février 2010 avec une motivation de ¾ de page… Une motivation mensongère
".
Me Kuty estime que lorsque le Tribunal ne se trouve pas éclairé, il a le plein pouvoir d'ordonner des mesures de preuves probatoires complémentaires. Il peut lui-même procéder à des enquêtes. Le
TGI/Gombe devait donc convoquer les agents de la Force Navale et de la DGM pour les entendre que de prononcer un jugement inique juste dans le but de sauver les prévenus. " Le Tribunal n'a pas
été défaillant, mais il a été malhonnête. Il était téléguidé par qui ? Nous ne le savons. Pourquoi le juge s'est-il empressé de juger l'affaire comme s'il s'agissait d'une banale affaire ? C'est
un scandale. Alors qu'il y a eu 4 morts ; quel est le respect dû à la personne humaine pendant que celle-ci est sacrée ?... S'indigne Me Arly Kuty. Nous sommes en appel à la Cour d'Appel de la
Gombe, poursuit-il, où, la première audience s'est déjà tenue mais en l'absence de la partie civile qui a évoqué l'irrégularité de la procédure, mais aussi en l'absence des prévenus déjà rentrés
chez eux en Ukraine. Reviendront-ils après qu'on les ait notifié ? En tout cas plus personne n'y croit.
Ces prévenus ont regagné leur pays
Le sentiment d'indignation est encore perceptible au sein de l'opinion qui ne comprend toujours pas comment a-t-on abouti à un tel jugement inique ? De l'avis de Me Arly Kuty, notre pays qui a
pourtant eu l'occasion de rendre justice ou mieux, de redorer l'image de sa justice, a malheureusement raté le coche. Tous les acteurs se sont dérobés devant leurs responsabilités. Comment
peut-on encore sauver les meubles maintenant que tous ces prévenus ont regagné leur pays ? " Nous sommes passés à côté d'un grand rendez-vous de l'histoire de la justice congolaise. Le nombre des
congolais dont la vie a été fauchée sur le fleuve ou sur l'océan est inestimable, incalculable et impressionnant… ", regrette l'avocat du barreau de Matadi. L'opinion pour sa part, a du moins
espéré qu'avec cette affaire du navire ukrainien, on allait essuyer les larmes de toutes ces familles qui ont vu leurs fils mourir à cause du comportement inhumain de ces genres des marins.
Ce qui est étonnant, regrette encore Me Arly Kuty, c'est que des congolais ont été tués à Matadi chez eux sur le Fleuve Congo ; l'affaire a été instruite à Matadi mais envoyée à Kinshasa pour des
raisons inconnues de l'opinion publique. Mais aujourd'hui si on analyse bien la chose, la réponse saute bien aux yeux et elle est claire : c'est pour qu'on assiste au scénario qui n'est autre que
la libération des prévenus ukrainiens. C'est donc un grand raté. Et l'avocat de conclure : la déception est grande qu'il y ait mort d'hommes et qu'il y ait un tel jugement. C'est honteux pour la
justice congolaise. Toutefois, devant la Cour d'Appel de la Gombe, nous nous battrons pour que ce genre de jugement n'acquière pas la force de la chose jugée. Nous avons le devoir de le détruire.
Même si ça ne nous a pas apporté la satisfaction morale qu'il faut, je suis convaincu que la Cour d'Appel, avec la présence des juges assez mieux outillés, rendra un jugement honnête et noble…
"
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