Vendredi 12 mars 2010
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Créé le 12.03.10 à 06h10 - AFRIQUE REDACTION | 5 CHANTIERS | RDC | Mis à jour le Vendredi 12.03.10 à 11h32. Par : Syfia grands lacs
La construction à Kinshasa de deux boulevards transformés en autoroutes en pleine ville émerveille les Kinois, qui admirent le savoir-faire de l’entreprise chinoise
CREC qui exécute les travaux. Mais ces chantiers s’accompagnent d’importants dégâts : des arbres cinquantenaires coupés, des accidents qui se multiplient…
Bennes, excavatrices, bulldozers géants… La CREC (China railway engineering company), une puissante société chinoise a mis de gros moyens pour refaire le grand
boulevard du 30 juin (11 km), la principale artère du centre-ville de la capitale congolaise, Kinshasa. De jour comme de nuit, ces engins lourds sont à l’œuvre sous l’œil vigilant de leurs
maîtres et des ouvriers congolais, qui s’affairent à donner forme au nouveau boulevard. Un spectacle auquel viennent assister des Kinois, émerveillés par le génie de ces petits hommes venus
d’Asie.
Sur l’autre grande artère de Kinshasa, le Boulevard Lumumba qui traverse une grande partie de la ville jusqu’à l’aéroport international de Ndjili (15 km), le spectacle est le même. "Le
président Joseph Kabila veut doter la capitale de boulevards à la dimension d’un grand pays", explique Barnabé Milinganyo, le porte-parole de l’Agence congolaise des Grands travaux
(ACGT).
Des centaines d’arbres abattus
Des chantiers ambitieux. Peut-être trop ambitieux même. Car la modernisation de ces deux boulevards a un coût. A la fois humain et environnemental. Leur élargissement a entraîné l’abattage des
centaines d’arbres géants qui bordaient l’ancienne chaussée. 600 à 700 arbres sur le seul 30 Juin, selon Me Belade Wapu, du cabinet de la ministre provinciale de l’Education, Environnement et
Genre. "Comme on veut avoir quatre voies dans les deux sens, il faut aller à 10 ou 12 mètres des anciennes bordures de route et couper les arbres visés par les périmètres des travaux", se
défend-il. Des arbres plus que cinquantenaires, qui donnaient de la belle verdure à la capitale, et qui ne fêteront pas les 50 ans d’indépendance du pays le 30 juin 2010.
Les Kinois qui aimaient bien l’allure de leurs boulevards s’en mordent un peu les doigts : "Je ne suis pas contre ces travaux de modernisation. Mais dans une ville où il fait très chaud, ces
arbres avaient leur place. Ils nous apportaient de l’ombre", regrette un fonctionnaire à l’arrêt d’un bus. "Comme deuxième poumon forestier du monde, notre pays devrait être plus sensible à la
coupe des arbres", commente Moïse Musangana de Eco Plus, une Ong de défense de l’Environnement.
Alors que la polémique enfle à Kinshasa autour de l’abattage de ces arbres, les Chinois à qui l’on reproche souvent le peu de respect à l’égard de l’environnement, ont leur langue dans la poche.
Mais ils ne semblent faire que ce qu’on leur demande. "Ils exécutent le plan que le gouvernement leur a présenté", affirme Me Belade. D’après ce membre de cabinet ministériel, 4 000 jeunes
pousses sont cultivées en pépinière pour être replantées le long de ces boulevards.
Dangereuses autoroutes
Les travaux accusent, souvent, des moments d’arrêt quand les financements ne suivent pas. Le trafic, lui, reste intense sur ces routes qui n’ont jamais été fermées malgré le déroulement des
travaux. Embouteillages monstres, piétons désemparés pour traverser de larges bandes de chaussées qui n’ont pas encore reçu des marques de signalisation, conducteurs fous qui roulent à tombeau
ouvert sur les voies fraîchement refaites ou sur des couches de terre qui attendent de recevoir l’asphalte, soulevant une nuée de poussière… Les accidents ne se comptent plus. Ce qui pousse
certains Kinois à parler de nouveaux "boulevards de la mort."
Les sources policières ne donnent pas de chiffres clairs sur le nombre d’accidents. Les usagers eux affirment sans détour que ces boulevards sont beaucoup plus dangereux qu’avant. "Les traverser
devient tout un cauchemar", témoigne une vendeuse ambulante, qui a vu mourir deux de ses collègues, fauchées sur le Boulevard du 30 juin par un conducteur fou. Dans les milieux des partenaires
extérieurs de la Rd Congo qui restent très critiques à l’égard des contrats signés avec la Chine, on parle "d’autoroutes" qui ne devraient pas avoir leur place en pleine ville.
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