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LE DRAME CONGOLAIS

 

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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /Mars /2010 22:32

Le roi Albert II part au Congo pour fêter le cinquantième anniversaire de l’indépendance congolaise. Il est presque impossible de ne pas le savoir. Le parlement est dans tous ses états, il y a de la controverse à la télévision et dans les colonnes des journaux. Mais souvent, on ne donne pas une belle image du Congo. Et en préparation de ces festivités, un certain « Congo-pessimisme » est de mise. Y a-t-il réellement quelque chose à fêter au Congo ?


Par Tony Busselen et Alexandre Radovitc


On entend rarement quelque chose de positif sur le Congo. Selon de nombreux journalistes qui ont apparemment le Congolais moyen comme voisin, les Congolais voient l’avenir tout en noir. Solidaire veut savoir ce qu’un représentant officiel du Congo pense de tout cela, en cette année d’anniversaire, et a pour cela invité dans ses pages l’ambassadeur de la République démocratique du Congo (RDC) en Belgique, Henri Mova Sakanyi. L’interview a été réalisée avant l’effervescence médiatique autour de la visite du Roi et des défilés militaires.Mova Sakanyi, lui, ne voit pas tout en noir. Et cela ne veut pas dire qu'il veut lancer un grand « show de bonnes nouvelles ». L’ambassadeur surprend et n’évite pas la controverse. Il répond aux critiques, et reconnaît les difficultés, sans détours. Mais ces difficultés n’empêcheront pas de faire la fête.


Mova Sakanyi:
Fêter cet anniversaire, c’est un acte de patriotisme : la fierté d’être Congolais, d’exister dans le concert des Nations 50 ans après, de tenir le coup dans cet océan où les requins règnent en maître, où des États ont disparu ou ont été détruits, (Somalie, Yémen, Ex-Yougoslavie, Ex-URSS). Citez-moi un seul pays qui n’a pas connu des problèmes dans les cinquante premières années de son existence. Nous sortons de la guerre. Souvenez-vous des pays européens en 1950, sans l’aide américaine arrivée sous forme de plan Marshall. Dans ce domaine, nous devons apprendre à être modeste. Les donneurs de leçons ne sont pas nécessairement les meilleurs.

D'accord. Mais beaucoup de Belges se demandent tout de même ce qu'il y a à fêter.


Mova Sakanyi:
Cinquante ans après, il n’y a pas eu que des choses négatives : notre configuration territoriale est restée la même, ce qui n’a pas été le cas partout dans le monde. Il y a la croissance démographique : lorsque les belges étaient présents, nous étions 14 millions, nous sommes aujourd’hui 68 millions. Aujourd’hui, il y a des universités, des professeurs, des médecins congolais, des pilotes d’aviation, des femmes congolaises qui se battent au quotidien. Je vois la jeunesse aujourd’hui engagée sur Internet à défendre le pays, à marcher, à participer aux élections pour la première fois. Moi, par exemple, j’ai voté pour la première fois il y a seulement 3 ans. C’est mince aux yeux de ceux qui ont une longue histoire. Mais à nos yeux, c’est quelque chose d’historique.
On a une structure démocratique qui va se consolider avec le temps, qui va gagner en consistance. Qu’est ce qui peut se bâtir de solide dans ce monde sans l’aide du temps ?

La République démocratique du Congo revient souvent au devant de l’actualité avec la question de la violence contre les femmes dans l’est du pays.


Mova Sakanyi:
Ces violences constituent un drame pour le Congo. Quand les étrangers en parlent, j’ai l’impression qu’ils considèrent que c’est un sport national, une entente nationale qu’on fêterait sur le corps des femmes. Non, c’est un drame, c’est mauvais pour nous. Ce ne sont pas des femmes anonymes, abstraites comme on peut le lire dans les rapports de Human’s Rights Watch ou d’Amnesty International. Non, ce sont nos sœurs, nos femmes, nos mères, nos enfants.
Mais pourquoi détache-t-on cela de l’ensemble du contexte ? A commencer par le génocide rwandais que la communauté internationale n’a pas su gérer. On nous a imposé d’ouvrir les frontières. Résultat, un pays aussi fragile sur le plan des structures sociales comme le Congo a dû recevoir en deux jours, deux millions de réfugiés. Deux millions ! C’est un exemple unique au monde !

Cette période commence à dater. Comment se fait-il qu'aujourd'hui le Congo n'arrive pas à mettre fin à la violence dans l'est du pays ?


Mova Sakanyi:
Cette crise a commencé du fait de l’attitude de la communauté internationale. Il faut donc que la solution provienne en grande partie de là. Or, où sont les grands décideurs de ce monde lorsque l’on parle de l’agression contre le Congo ? Est-ce que les gens savent que mon pays est frappé par un embargo sur les armes depuis 10 ans ? La communauté internationale nous a imposé d’intégrer dans notre armée tous ces bandits qu’ont été les rebelles. Il a suffit que l’on ait une arme et hop, on nous a dit « Faites en un colonel ». Et ce processus, conduit par la communauté internationale, a d'autre part abouti à une bizarrerie institutionnelle : un président avec quatre vice-présidents. À quelle époque a-t-on retrouvé un tel système ? Lors du triumvirat de César, pendant la Rome antique. Et on a vu comment cela s’est terminé : par le coup d’état de l’un d’eux contre les autres. Nous, on nous a imposé un système similaire au 21e siècle.
Je n’entends pas les faiseurs d’opinion dénoncer l’injustice que l’on fait au peuple congolais. Nous sommes violentés, violés dans notre être. Quand est-ce qu’on fera une action d’envergure afin que le Congo sente qu’il fait partie aussi d’une communauté, que les autres États ont un devoir de solidarité ?

Vous avez été, dans les années 80, un activiste et un défenseur des droits de l’homme. Quelle est la différence entre le Zaïre de cette époque et la RDC d’aujourd’hui dans ce domaine ?


Mova Sakanyi:
Ceux qui ont connu la situation des droits de l’homme sous Mobutu ne le savent que trop bien. L’Europe abrite de nombreux Congolais qui ont fui un pays en paix en raison de la situation des droits de l’homme. Notre société n’est pas restée figée. Malheureusement, il y a très peu de travaux menés sur le terrain pour constater ces évolutions.

Kabila n'a-t-il pas trop de pouvoir ?


Mova Sakanyi:
Le Président Kabila a souvent des difficultés à modifier le gouvernement, vous savez pourquoi ? Parce qu’il n’a pas tous les pouvoirs. Il ne peut pas décider lui-même de nommer un premier ministre. Le Président Kabila doit négocier avec des membres de sa coalition pour trouver un premier ministre. Pour le ministre de l’Agriculture, il a dû négocier pendant 3 mois. S’il ne le fait pas, ses décisions ne passent pas au Parlement.

Le Président Kabila, aujourd’hui, ne peut pas prendre une décision qui ne soit pas contresignée par un ministre, sous peine d’illégalité. Toutes ses décisions sont discutées d’abord et avant tout au Conseil des ministres. Le Président Kabila est le seul chef d’état africain moderne à être élu avec 58 % des voix seulement et au deuxième tour. Ailleurs en Afrique, c’est toujours au-delà. Même au Botswana, qui est considéré comme une démocratie exemplaire, c’était 73,80 %.

Le Président Kabila est le seul président africain dont le pouvoir ne s’étend pas au Sénat, qui est dirigé par un opposant, Kengo Wa Dondo. C’est quasi une cohabitation. La Constitution prévoit que s’il arrivait quelque chose au président, le président du sénat assumerait l’intérim jusqu’à la prochaine élection et ce serait donc un opposant.
Généralement, on assume ses arrières, on place un copain mais, dans l’état actuel des choses, ce sera un opposant, Mobutiste de surcroît.
Nous avons connu l’image de Mobutu qui se trouvait même sur la monnaie. Le Président Kabila est quand même parmi les rares chefs d’État à ne pas avoir son effigie sur la monnaie. C’est symbolique peut-être, mais les symboles sont importants. Cela date déjà de l’époque de son père où il a été décidé que plus jamais, il n’y aurait de tête de président sur la monnaie.

On entend souvent des critiques sur la liberté d’opinion et le sort réservé aux défenseurs des droits de l’homme.


Mova Sakanyi:
J’ai dirigé le ministère de l’Information. Le Congo est le premier pays africain à avoir plus de 200 radios (je ne compte pas les toutes petites), 80 chaînes de télévisions, 500 titres de presse.
Dans le monde européen on a créé l’idéologie des « droits de l’hommisme ». Quelques personnes peuvent décréter : « tel pays est fréquentable, tel autre non ». Il s’agit de dénonciation facile, parfois calomnieuse. Je veux signaler une anecdote concernant les fameux défenseurs des droits de l’homme. La semaine passée, j’ai vu un reportage sur la RTBF, d’un journaliste qui s’appelle Forestier. Si nous étions une dictature, on n’aurait jamais pu réaliser un tel reportage. Vous pouvez filmer dans un camp militaire en Belgique ou filmer une centrale nucléaire à l’intérieur ? On a même montré un défenseur des droits de l’homme armé avec une arme de guerre dans le reportage en disant « je suis toujours prêt au cas où ». Un certain Rachidi… Où dans le monde, un défenseur des droits de l’homme porte-t-il une arme ? Même sous Mobutu, je n’ai jamais pensé à avoir même un couteau pour défendre les droits de l’homme. Et ce Rachidi lui, il a une arme avec un chargeur plein de balles à Lubumbashi, deuxième ville du pays.

En 2005, il y a eu une polémique en Belgique, concernant Léopold II. Peut-on traiter le Roi des Belges de criminel ? On entend maintenant que l’on veut restaurer des statues de Léopold II et de Stanley à Kinshasa. Pour beaucoup d’anti-colonialistes de Belgique c’est incompréhensible. Pourquoi voulez-vous faire cela ?


Mova Sakanyi:
Pour une raison simple, nous ne voulons pas falsifier notre histoire. Elle est douloureuse mais nous l’assumons. Même Mobutu, nous l’assumons. Il faut d’abord voir la réalité et en tirer ensuite les conséquences. Je vais vous étonner mais je ne suis pas aussi radical lorsqu’il s’agit de juger l’histoire.
Concernant Léopold II, il serait inutile pour des raisons idéologiques de nier les évidences. La fixation des frontières, je ne m’en cache pas, est le résultat des rapports de force dans le monde à cette époque-là. Nous en avons été bénéficiaire, tant mieux. Léopold II a évité que ce pays soit dépecé entre les convoitises portugaises, françaises, anglaises. Il y a du bon et du mauvais dans le passé.

Comment voyez-vous le futur des relations entre la Belgique et le Congo ?


Mova Sakanyi:
Ce n’est pas un hasard si le peuple belge est si lié à notre histoire. Ce lien-là devrait nous aider à bâtir autre chose que ce qui est toujours déterminé négativement par l’histoire. Le cinquantenaire doit être aussi un moment d’interrogation pour les Belges, pas seulement pour les Congolais. Est-ce que l’héritage a été bon ? Un parent peut vous laisser des dettes ou beaucoup plus d’ennemis que d’amis. Et donc, si nous souffrons, ça peut être aussi la faute de nos parents qui ont vendu l’héritage, qui ont sacrifié la maison familiale. Ce qui est fait est fait.

Il ne faut pas penser que les Congolais seront toujours dans une position de génuflexion. Ceux qui ne comprennent pas les enjeux du Congo risquent d’effacer toutes les traces de nos liens séculaires. C’étaient ces liens qui faisaient qu’économiquement, nous étions viables, les uns envers les autres. Mais si on se contente d’aboyer avec les loups, les autres raflent la mise. Le monde est en train de changer. De nouvelles puissances émergent comme la Chine, l’Inde, le Brésil.

Evitons les questions qui fâchent, pour que nous puissions célébrer même les 3 % de bonnes choses qui ont été faites. Les 97 autres, on attendra l’année prochaine pour en reparler.
Aujourd’hui, il faut qu’on tende le micro aux choses positives, aux choses qui ont marché. Dans la colonisation, il y a eu du courage, de partir si loin, de prendre en charge un pays 80 fois plus grand que la Belgique, d’essayer de le diriger, d’essayer de le mettre sur la place publique dans le monde. Je ne vois plus ce courage là...

Qu’on parle du rôle de la Belgique dans la réforme monétaire congolaise en 1998, lorsque, sous la présidence de Laurent Kabila, Fons Verplaetse, ancien directeur de la Banque Nationale de Belgique a joué un rôle clé l’introduction du nouveau Franc Congolais en remplaçant l’ancien Zaïre. La guerre est finie entre autres aussi parce que la Belgique s’est engagée. Elle a accepté de jouer un peu le chef de file pour amener la communauté internationale à s’intéresser au Congo. Les relations belgo-congolaises doivent devenir des relations stratégiques, c’est-à-dire liées à la survie de l’un et de l’autre, des relations de haute politique, à l’instar des relations entre la France et l’Allemagne.

En tout cas, moi je suis là, pour tenter de renouveler des bonnes relations et je considère que j’aurai accompli ma mission si le Congo revenait à l’ordre du jour de la politique belge.

Par BONGOS ROGER - Publié dans : Interviews
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Commentaires

Monsieur BONGOS, laissez moi vous tirez mon chapeau par rapport à votre professionnalisme. Monsieur MOVA, vous a refusé une interview qui était un échappatoire pour lui. Là, à mon étonnement, vous reprenez ce qui vient de donner à un autre journal. Vous êtes un bon journaliste et vous favorisez l’information et vous aimez votre travail. Votre impartialité n’est plus à redouter.. Merci d’apporter ce changement de mentalité dans cette communauté immature..

Commentaire n°1 posté par TRESOR MASIYA le 17/03/2010 à 23h02
VIEUX BONGOS, tu ne dois pas mettre la feuille de choux de cet ambassadeur qui cherche des questions de facilité avec une certaine complaisance... C'est des gens que tu ne dois même accorder une tribune...C'est des incapables et même ton ouverture te pousse à être tolérant avec ces fous. Change ta façon d'agir avec ces malades...Tu as montré ta capacité de traiter tes dossiers. Tu veins de le domontrer..Vire moi stp cette interview..
Commentaire n°2 posté par MARCEL TSHIONZO le 18/03/2010 à 00h02

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