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«Il suffit de le faire savoir auprès des autres détenus et dans la journée vous obtenez un téléphone portable. Vous pouvez alors appeler en toute discrétion. Depuis
votre cellule.» Durant ses deux ans de détention, Frank* a vu tout types d'objets illicites circuler en prison, dont beaucoup de natels. «J'ai purgé ma peine à Bellechasse dans le canton de
Fribourg. Le bâtiment principal abritait une centaine de détenus. Par périodes, il y avait facilement 10 à 20 téléphones qui circulaient.» Frank, pourtant, n'en a jamais fait usage. «Mes coups de
fil, je les passais depuis les cabines de la prison. Les conversations sont enregistrées et peuvent être écoutées. Mais je n'avais rien à cacher.»
Les portables sont devenus le nouveau fléau des
prisons. Plusieurs évasions, en Suisse comme à l'étranger, ont été planifiées à l'aide d'un natel. «Il est évident que pour s'évader, une complicité extérieure est pratiquement requise, explique
Constantin Franziskakis, directeur de la prison préventive de Champ-Dollon à Genève. Avec le mobile, nous n'avons aucun contrôle sur le contenu des communications.» Une absence de contrôle qui
est d'autant plus problématique en détention avant jugement: «Un prévenu qui possède un natel peut informer des complices et influencer ou menacer des témoins, précise le directeur genevois. Cela
compromet tout le travail d'enquête mené par la police et le juge d'instruction.»
Rien ne semble repousser l'imagination des détenus et de leurs proches lorsqu'il s'agit de faire entrer un téléphone mobile en prison. Il y a le colis, un grand
classique. Les téléphones sont cousus dans des vêtements, dissimulés sous une semelle de chaussure neuve, ou introduits dans un tube de mayonnaise. Il y a les visiteurs, qui apportent avec eux
l'appareil en pièces détachées, ou qui le dissimulent dans des espaces corporels très intimes. Et puis il y a une méthode plus directe qui consiste à jeter le téléphone emballé et camouflé,
depuis l'extérieur, par dessus le mur de la prison. Le détenu le récupère ensuite lors de la promenade.
Les prisons commencent à réagir. L'établissement de
Lenzburg en Argovie fait même office de pionnier. Suite à l'évasion d'un détenu planifiée grâce à un téléphone portable, le directeur a choisi d'installer, en 2007 déjà, un système complet de
brouilleurs et de détecteurs d'ondes GSM et UMTS. Il a même obtenu une modification de la loi
sur les télécoms, l'autorisant à brouiller les communications. Dans la plupart des bâtiments de la prison, il est ainsi impossible d'accéder à du réseau. Dans les autres secteurs, des
systèmes détectent les communications établies et déclenchent une alarme. Cette installation serait envisagée dans plusieurs cantons romands (Vaud, Valais et Genève notamment). Mais les coûts
semblent refroidir les autorités politiques. Pour Champ-Dollon, par exemple, une étude a chiffré l'implantation du système à 800'000 francs.
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