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Washington s’est voilé la face trop longtemps, et n’a surtout pas su quelle attitude adopter face à cette menace venue de l’intérieur, estiment-ils. Dernier exemple en date: l’arrestation jeudi de cinq jeunes Américains au Pakistan, que les autorités soupçonnaient de planifier des attentats. Les cinq étudiants, tous de confession musulmane, venaient de la Virginie, la très paisible banlieue de Washington. Leurs proches n’avaient plus de nouvelles depuis plusieurs jours. Et lorsque la famille de l’un d’eux a retrouvé une cassette vidéo dans laquelle le jeune homme évoquait --en anglais-- le jihad, "notre communauté (musulmane) a pris conscience" qu’il y avait un problème, a admis Nihad Awad, le responsable de CAIR, une des principales associations musulmanes du pays.
"On n’en sait pas encore beaucoup sur ce nouveau cas, mais il semble bel et bien qu’on ait affaire à des jeunes Américains d’origine pakistanaise, afghane ou somalienne qui ont opéré un virage vers la violence", juge Bruce Riedel, un ancien agent de la CIA, interrogé par l’AFP.
Le phénomène n’inquiète pas les autorités par son ampleur, mais plus par la facilité avec laquelle ces jeunes candidats au terrorisme passent d’un pays à l’autre -- passeport américain oblige -- ou se déplacent à l’intérieur des Etats-Unis.
"Cela fait déjà pas mal d’années que nous savons qu’Al-Qaïda et ses alliés tel Lashkar-e-Taïba sont très avides de jeunes recrues provenant des communautés pakistanaises établies aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou ailleurs dans le monde", explique David Riedel.
Et pour cause: pour ces nébuleuses, un musulman muni d’un passeport américain ou canadien est du "pain bénit", souligne M. Riedel.
"Soyons clair: ils (Al-Qaïda et ses alliés) se doutent bien que les Etats-Unis ne vont pas laisser entrer sur leur sol 15 Saoudiens munis d’un simple visa et qui
ont l’intention de prendre des cours de pilotage", continue-t-il.
"Ils ont besoin d’individus qui n’éveillent aucun soupçon lorsqu’ils arrivent aux aéroports de New York, de Los Angeles ou de Washington", conclut-il.
Pour autant, il n’y a pas si longtemps encore, le renseignement américain en était encore à minimiser la menace que représente le terrorisme jihadiste "made in USA". En 2007, un rapport d’experts indiquait que "la frange radicale et violente des musulmans d’Occident est en pleine croissance", mais jugeait que les Etats-Unis étaient bien plus à l’abri que les pays européens.
Or, au cours des 12 derniers mois, l’arrestation d’une bonne douzaine de suspects a donné tort de manière flagrante au document. La semaine dernière, par exemple, David Headley, le fils d’un ancien diplomate pakistanais et d’une Américaine a été inculpé pour avoir participé indirectement aux attentats de Bombay de l’an dernier et planifié une attaque au Danemark.
Alors comment expliquer la cécité des autorités face à ce phénomène?
Pour Bruce Hoffman, expert en terrorisme à l’université de Georgetown, "il est possible qu’on se soit dit que ce problème ne concernait pas les Etats-Unis, que ça n’arrivait qu’aux autres (...) Mais c’est faire preuve de naïveté que de penser que cette tendance à la radicalisation qui touche certaines communautés ailleurs n’aurait aucune incidence sur au moins (...) une petite partie (des jeunes musulmans) qui vivent aux Etats-Unis".
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