Mardi 1 décembre 2009
2
01
/12
/2009
08:09
Dimanche, 01 Décembre 2009 23:23 Bruno in memoriam
Les filles Mandela se retournent contre Tokyo Sexwale. Dans un entretien exclusif publié le 29 novembre par
le Sunday Indépendant, journal sud-africain, Zindzi Mandela et sa sœur
aînée Zenani Dlamini ont déclaré ne pas renoncer à toute action au sujet de la fausse préface de Mandela du livre de
Sassou tant que toute la lumière n y serait pas apportée et qu'en l'occurrence elles avaient le soutien à « 100 pour cent » de leur mère Winnie Madikizela-Mandela.
Pour les filles de Mandela « c'est l'héritage de Papa » qui est en jeu. Vu les valeurs défendues par leur père, celui-ci n’a pas pu vanter « quelqu’un
comme Sassou … une personnalité (leadership) controversée » sont-elles persuadées.
C’est dire que Zindzi Mandela et Zenani Dlamini mettent même en doute la réalité des propos prêtés à Mandela, au-delà de la question de la préface : « Il n y a aucune preuve de ce
discours » dans les archives de la Fondation Mandela dit par ailleurs Zenani qui, avec sa sœur laissent entendre qu’elles seraient susceptibles de prendre elles-mêmes des initiatives si la
fondation se gardait d’entreprendre une action en justice.
Les deux sœurs affirment soutenir pleinement la Fondation, dénonçant par là les attaques adressées à cette institution
par des proches de Sassou.
« C’est Papa qui a mis en place ces institutions. Si vous attaquez ces institutions, vous vous attaquez au jugement
de Papa » ont-elles ajouté. Transmis à Alain Akouala, un vrai poète quand il se tait, une source parfois de difficultés (on le voit) quand il se pique de donner son avis sur
tout.
La sortie des filles Mandela fait suite au voyage de Tony Sexwale au Congo et à l’entretien que ce dernier a accordé aux
médias de ce pays lors de cette visite. Tony Sexwale, ministre sud-africain de la Construction et de l’Habitat, membre de la Fondation Mandela est, semble-t-il, l’homme à qui les proches de
Sassou s’étaient adressés pour demander la reproduction des propos de Mandela.
Les médias congolais ont présenté à leur façon la visite du ministre sud-africain que Sassou a reçu à Oyo. Voici ce que
le site officiel du Congo rapportait :
« Porteur d’un message de l’ancien Président sud-africain Nelson Mandela et du Président Jacob Zouma à Denis Sassou
N’Guesso, M. Sexwale a indiqué que la fondation Mandela connaissait (sic) qu’il y avait eu une erreur de sa part, précisant que ces propos étaient bel et bien de Mandela tenus en 1996 à
l’égard du Chef de l’Etat congolais.
Il a fait savoir que le Président Sassou N’Guesso figurait parmi les dirigeants africains ayant contribué à la libéralisation (sic) de l’Afrique du Sud. La fondation Mandela
reconnaît son erreur pour avoir mis en cause les propos contenus dans la préface de ’’ Parlez vrai pour l’Afrique’’.
« Je suis moi-même membre de la fondation Mandela, le message que j’ai apporté au Président Sassou N’Guesso est très spécial. Ce livre est un bon livre, les déclarations faites par le
Président Mandela et qui apparaissent dans ce livre, ont été approuvées par ce dernier. Il y a eu simplement un mal entendu en ce qui concerne la préface. Le Président Sassou N’Guesso a été l’un
des fervents combattants pour la libération de l’Afrique du Sud. A ce titre, ces déclarations ont bien leur place dans ce livre. Il s’agit tout simplement d’une erreur qui a été faite au niveau
de l’impression. L’amitié entre les deux pays demeure la même notamment, l’amitié personnelle entre ces deux Chefs d’Etat et le Président Sassou N’Guesso. Nous voulons dire ici que le Président
Sassou N’Guesso a vraiment contribué à l’évolution de l’Afrique du Sud », a déclaré M. Sexwale au sortir de l’audience avec le Chef de l’Etat congolais. » (voir la vidéo)
Ces propos ont été aussitôt contredits par Verne Harris, directeur général de la fondation Mandela en ces termes : « M. Mandela n'a ni lu le livre, ni écrit une
préface pour cela ... nous allons prendre les mesures appropriées ", a-t-il déclaré.
Comme pour faire bonne mesure, sur le site internet de la fondation, seul
l'article de protestation sur la fausse préface de Sassou (et non pas les propos de Tokyo Sexwale au Congo) demeure en ligne.
Notre commentaire
Le voyage de Sassou en Afrique du Sud en 1996 ne fait l’objet d’aucun doute. D’ailleurs « Mwinda » (qui était publié alors sous format papier) s'en était à l’époque fait l'écho. Cette année-là
Sassou Nguesso alors en exil à Paris se préparait pour participer à la présidentielle prévue au Congo l’année suivante, en 1997. Il avait d’ailleurs pour cela rencontré la Diaspora congolaise
notamment à Bordeaux et à Paris. Puis il partit en Afrique du sud solliciter le concours Mandela afin que celui-ci intervienne auprès de Lissouba de le laisser rentrer au Congo sans problème.
Lissouba, dans un entretien avec la presse fit d’ailleurs référence à une lettre que Mandela lui avait adressée en ce sens. Quelques jours après sa femme envoyée en éclaireur (nous sommes
sauf erreur en février 1997), Sassou put ainsi regagner le pays et c'est Victor Tamba Tamba qui vint l’accueillir à Maya Maya.
Voilà pour les faits relatifs au voyage de Sassou en Afrique du Sud.
Quant aux propos que Mandela aurait tenus lors du dîner que ce dernier lui a offert, force est de reconnaître que la
seule retranscription du discours qui est rapportée provient de la présidence congolaise. Il est vrai que Sassou est le seul à avoir intérêt à se souvenir de ces propos de
circonstance...
Mais là n’est pas la question. Ce qui est gênant c’est moins les propos qu’aurait tenus Mandela sur Sassou que l’utilisation qui en a été faite. A cet égard rejeter la responsabilité sur les
éditeurs qui auraient fait « une erreur » est un peu court.
Nous l’avons déjà dit : un compliment adressé à Adolf Hitler en 1920 ou en 1934, n'a plus de raison d'être après 1940. Le Sassou qu’aurait complimenté Mandela en 1996 n’est pas le Sassou de 2009.
Ce que disent les filles de Mandela c’est qu’il ne faudrait pas que des historiens plus tard s’interrogent sur cette préface et sur des mots qui font manifestement tâche eu égard à l’image
attachée à Mandela, Prix Nobel de la Paix et héros des droits de l’homme. Nul ne pourrait alors expliquer que Mandela ait pu vanter les qualités d’un homme qui pour reprendre le pouvoir a commis
un coup d’Etat sanglant, déclenchant une guerre qui a occasionné des milliers de morts. Sans parler de l’affaire des disparus du Beach.
A la place des autorités congolaises, on ferait profil bas et on s’excuserait. Visiblement à Mpila on l’ignore : déjà en temps normal il serait inconvenant d’avoir raison contre Mandela. A plus
forte raison dans le cas d'espèce, la cause est indéfendable (1). Dès lors les minables petits arrangements et trouvailles d’une diplomatie sans envergure ni sans vision, cornaquée par
des lobbies, n’en sont que plus ridicules.
Bruno in memoriam
(1) Selon le journal sud-africain " The Star ", Mandela, dans une lettre adressée à Sassou en octobre avait pris la défense de la
Fondation Mandela : « La Fondation Nelson Mandela, en qui nous avons pleine confiance, a agi à partir d'un point de vue purement
professionnel », aurait-il écrit.
Derniers Commentaires