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LE DRAME CONGOLAIS

 

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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 11:30


Créé le 15.03.10 à 11h10 - AFRIQUE REDACTION | CONFLIT ARMÉ | RDC | Mis à jour le Lundi 15.03.10 à 11h12. Par : LE SOIR 



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« Le point culminant de notre relation nouvelle avec le Congo » - Dans « Le Soir » du vendredi 12 mars, Louis Michel, député européen, répond aux questions de Colette Braeckman

Le gouvernement a décidé de répondre positivement à l’invitation lancée au roi Albert II. Que pensez-vous de ce voyage au Congo ?

Pour moi, la présence du Roi lors des cérémonies du 50e anniversaire de l’indépendance est le parachèvement d’une démarche entamée par la Belgique dès 1999. Il s’agissait alors d’un processus vertueux, qui se voulait dénué de toute arrière-pensée paternaliste, de tout agenda caché. Cette politique a été menée dans un esprit de partenariat, de respect mutuel. La Belgique , tout au long de cette décennie, a simplement essayé de se montrer à la hauteur de ses responsabilité s historiques à l’égard du Congo. La visite du Roi est le point culminant de notre relation nouvelle avec le Congo, le point d’orgue d’une remise en ordre qui corrige les faux plis de notre histoire commune.

Pourquoi le président Kabila tenait-il tellement à cette présence du roi des Belges ?

Il faut tout d’abord rappeler que le chef de l’État congolais est investi de la légitimité démocratique… Je crois que s’il a invité Albert II c’est parce que lui aussi veut tourner la page coloniale et néocoloniale. Sceller une normalisation définitive entre partenaires désormais égaux en droits et en devoirs…

D’aucuns soupçonnent la Belgique d’avoir aussi des visées économiques…

À cela, je réponds par une autre question : et pourquoi n’en aurait-elle pas ? Pourquoi, drapée dans une sorte de fausse vertu, la Belgique , qui a de multiples liens avec le Congo, des liens de coopération, de politique, de solidarité, devrait-elle éviter absolument tout lien économique, au nom d’une exigence qui n’est pas formulée à l’égard d’autres pays européens ?

Des liens économiques renouvelés pourraient rapporter autant au Congo qu’à la Belgique et nombreux sont les Congolais qui aspirent au retour des Belges… Le plus beau cadeau que la Belgique pourrait faire au Congo serait de lui amener des investisseurs loyaux, qui respecteraient les règles du jeu et qui, par le biais des taxes, de leur apport fiscal, contribueraient au renforcement du budget de l’État congolais. Tout le monde aujourd’hui est tenté d’investir au Congo, pourquoi les Belges n’iraient-ils pas, au nom de quelle fausse morale ? Et cela alors que les Congolais souhaitent tellement leur retour…

Quel est le langage que les représentants de la Belgique devraient tenir aux Congolais ?

Je ne crois pas qu’il faille multiplier les mises en garde. Entre ces deux pays qui sont très liés par l’histoire, par de multiples relations humaines, il faut éviter les discours moralisateurs, le paternalisme des années 60. Au contraire, il faut parachever la consolidation d’un véritable partenariat fondé sur le respect mutuel. Il y a tout le même au Congo des représentants légaux, légitimes, avec lesquels on peut parler sans tabous et sans blessures inutiles. Cette exigence de respect, ce n’est certainement pas de la complaisance… Il faudrait aussi veiller à éviter les deux poids deux mesures, les critiques qui se fondent quelquefois sur des affirmations non vérifiées… Ce qui n’exclut pas la franchise ou la sérénité…

En Flandre, l’opinion demeure très critique à l’égard du Congo, sinon hostile à l’idée du voyage royal…

Cela ne me semble pas insurmontable, il ne faut pas toujours voir les choses par le petit bout de la lorgnette. Je suis certain que les Flamands aussi vont reconnaître le côté positif de cette visite… La pire des choses serait de déplacer la question sur le terrain communautaire. Je le répète, ce voyage est la suite logique d’une politique initiée par la Belgique voici plus de dix ans, par le gouvernement de l’époque et qui n’a pas été contredite par l’opposition, qui était alors sociale-chrétienne. Je salue d’ailleurs cette attitude positive et je constate qu’aujourd’hui revenus aux affaires, les partis sociaux-chrétiens poursuivent cette même politique.

Si vous aviez un conseil à donner au Roi avant son départ...

Je lui dirais d’être détendu, d’aller à Kinshasa en étant lui-même, sans trop d’intermédiaires. De mettre en œuvre le meilleur de ses talents, sa capacité d’empathie, de sincérité. Je sais que le président Kabila éprouve beaucoup de respect pour le roi des Belges. Je n’ai pas oublié le discours qu’il tint au Sénat au début de son accession au pouvoir, un discours dans lequel il reconnaissait la « vision » de Léopold II… Cette visite pourrait donner, au Congo comme à la Belgique , l’occasion de tourner une page d’histoire. On pourrait être surpris par les suites positives, par le nouvel élan qu’elle pourrait donner au Congo lui-même. De toute façon, alors que beaucoup d’autres chefs d’État seront présents, il aurait été malpoli, voire inconvenant, de décliner l’invitation, Kabila n’est pas un usurpateur, il a été élu de manière démocratique…

                                                        °

« La politique de la chaise vide aurait été contre-productive » - Dans « Le Soir » du vendredi 12 mars, Dominique Berns interroge Theodore Trefon, chercheur au Musée royal de l’Afrique centale et directeur du Centre belge de Référence pour l’Expertise sur l’Afrique Centrale (CREAC-

Le roi Albert II se rendra donc en République Démocratique du Congo (RDC) en juin, à l’occasion des cérémonies du cinquantième anniversaire de l’indépendance de notre ancienne colonie. Quelle est l’importance de cette visite ?

Malgré les clivages au sein de la société congolaise, il y a un fort sentiment d’identité nationale. Il y a certes des problèmes d’opposition, d’ethnicité, de fragmentation sociale, mais le sentiment d’être Congolais est quelque chose qui prend racine. Cette fierté nationale est de plus en plus visible. La visite du Roi, symboliquement, témoigne du respect de la Belgique pour cette identité congolaise et la volonté de développer une relation sur un pied d’égalité. Même la diaspora, souvent critique par rapport aux actions des partenaires internationaux qui appuient le gouvernement Kabila, réagit assez favorablement à la décision du gouvernement belge. Ceci dit, ne soyons pas naïfs : la visite tombera en pleine campagne électorale pour la présidentielle de 2011.

Le pouvoir en place va utiliser cette visite pour renforcer sa puissance électorale. C’est sans doute la raison pour laquelle le président Kabila tenait tant à cette visite royale…

Naturellement. Envoyer Albert II en RDC, c’est offrir un certain soutien au régime. C’était évidemment la question que les autorités belges devaient trancher. Mais la Belgique est piégée : elle ne peut pas, si les représentants des autres grands partenaires internationaux du Congo sont présents, se permettre la politique de la chaise vide. Ce serait contre-productif.

Certains, surtout en Flandre, sont hostiles à ce voyage royal, qui va renforcer un régime qu’ils jugent corrompu…

Si la Belgique veut garder une place autour de la table de négociation, il faut qu’elle soit présente. Vouloir changer des choses à distance, ça ne marche pas. On peut critiquer de l’étranger, mais si on veut avoir un impact sur les questions liées à la gouvernance, à la transparence, si on veut favoriser l’élargissement de l’espace démocratique au Congo, il faut passer aux actes. Cette décision s’inscrit en droite ligne dans la logique mise en œuvre depuis la visite au Congo du ministre des Affaires étrangères, Steven Vanackere (CD&V), en janvier dernier. M. Vanackere entend rompre avec la politique de son prédécesseur, Karel De Gucht (Open VLD).

Il faut rappeler que les relations entre la Belgique et le Congo s’étaient fortement détériorées après que Karel De Gucht eut critiqué la classe politique congolaise. Pensez-vous que cette attitude de M. De Gucht était contre-productive ?

Il faut remettre les choses dans leur contexte. La stratégie de Karel De Gucht a sensibilisé les acteurs politiques et le public belges aux problèmes et aux défis énormes auxquels fait face la RDC. Maintenant , il faut agir. Vouloir profiter du dégel des relations belgo-congolaise, c’est une suite assez logique. Mais je ne dirais pas qu’envoyer le Roi au Congo il y a un an aurait été une bonne chose. Aujourd’hui, cela se justifie : Le voyage royal montre que les partenaires belges souhaitent continuer à influencer l’évolution politique en RDC.

La visite royale et, plus globalement, le réchauffement des relations entre la Belgique et le Congo s’expliquent- ils aussi par d’autres enjeux, économiques par exemple ?

La RDC n’est pas un partenaire économique très important pour la Belgique , même s’il y a quelques entreprises qui gagnent bien. Mais la visite royale est également importante vis-à-vis des Belges. Car il s’agit aussi de justifier l’aide au développement : le contribuable belge a le droit de savoir où va l’argent. En outre, les anciens du Congo sont toujours très attachés à ce pays ; et ils ont toujours un certain poids politique en Belgique. La mémoire du Congo pour le simple citoyen belge reste quelque chose de très mythique. Il serait difficile, pour n’importe quel ministre belge des Affaires étrangères ou de la Coopération , de balayer cela. C’est pourquoi cette visite est, à mon avis, aussi importante pour le Belge moyen que le Congolais moyen.

Mais le Congolais moyen peut-il espérer en tirer quelque chose, concrètement ?

Sûrement pas. Le grand bénéficiaire, c’est le régime du président en place, qui va gagner en crédibilité – et ce, alors que tous les observateurs sont d’accord pour dire que l’espace démocratique au Congo est en train de se rétrécir, pas de s’élargir. Même si la Belgique reste pragmatique, elle garde cet espoir qu’un jour, le Congo va pouvoir vraiment se développer, réaliser son grand potentiel – potentiel du sous-sol, potentiel du secteur forestier, potentiel en ressources humaines… C’est pourquoi l’idée est qu’il faut être présent : rester autour de la table ne coûte pas cher ; et cela peut, à terme, rapporter gros.

Par BONGOS ROGER - Publié dans : CONGO DEMOCRATIQUE (RDC)
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