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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 19:54

Créé le 09.02.10 à 19h22 - AFRIQUE REDACTION | BANDITISME - KULUNA | RDC | Mis à jour le Mardi | 09.02.10 à 19h30. Par : FORUM DES AS . Laurel KANKOLE

Le banditisme de rue à Kinshasa, on en parle encore et toujours. Sa lutte prend des allures d’une véritable chasse à la sorcière. A vagues répétées, ces criminels -pour la plupart des jeunes en âge de travailler- sont arrêtés et montrés à la télévision. Avec un bref séjour à l’ex-prison centrale de Makala, ces bandits communément appelés « Kuluna » dans l’argot kinois, sont aussitôt transférés dans les prisons de renom en provinces. Les uns soit à Angenga, soit à Ekafela à l’Equateur ; les autres à Buluwo au Katanga, d’autres encore à Osio dans la Province Orientale. La province du Bandundu, qui a inauguré la prison du Cinquantenaire, a également reçu son quota. Ce, lors du dernier transfèrement d’un groupe de « Kuluna », samedi le 6 février en cours.


L’opération, un peu comme celle menée il y a quelques années contre les enfants de rue, est très applaudie dans les rues de Kinshasa. De fait, le ministre de Justice Emmanuel Luzolo Bambi Lessa sort très reconforté. Car, plus d’un Kinois lui attribue la paternité de cette campagne de lutte contre le banditisme de rue dans la vaste métropole congolaise.
Lorsqu’on considère les conséquences de ces actes de vandalisme qui, parfois, occasionnent des crimes crapuleux, on ne peut que soutenir la démarche des autorités gouvernementales.


Cependant, quand on fait le procès du phénomène « Kuluna », on occulte des questions de fond liées aux causes et aux responsabilités de certains acteurs sociaux, en l’occurrence l’Etat. Il s’agit, notamment, de s’interroger sur les causes de l’incivisme de ces jeunes gens. Au demeurant, le bon sens admet que l’on s’interroge sur la part de responsabilité de l’Etat. Voilà une problématique quelque peu complexe et qui exige une rupture épistémologique. Evidemment, le petit peuple s’arrêterait à applaudir le Gouvernement sans se soucier de poser le vrai problème.

La société corrompt
Nul homme ne nait assassin. Il est un principe connu de tous les pédagogues selon lequel  « l’enfant est né bon, mais c’est la société qui le corrompt ou le rend mauvais ». Les sociologues parleraient d’anomie. C’est-à-dire l’incapacité d’une société à intégrer les siens. Dans ce cas, la victime, se sentant marginalisée, développe des mécanismes qu’elle estime utiles à sa survie. C’est la loi de la nature. Et, devant ses différentes pulsions instinctives, tous les moyens lui semblent bons. Il vole et viole.


A la question liée aux causes du phénomène, certains observateurs se limiteraient, sans doute, à évoquer l’état de pauvreté extrême dans lequel vivent de nombreuses familles à Kinshasa. C’est évident. Car, on n’a pas vu jusqu’ici, des « Kuluna » présentant bonne mine. Nombreux présentent des cicatrices sur le visage et sur les lèvres buccales. En plus, le lieu de commission des crimes sont toujours les mêmes : les quartiers populaires de la ville. Jamais les aires huppés de Kinshasa comme Ma Campagne, dans la commune de Ngaliema.


D’autres personnes lient ce phénomène à l’oisiveté de ces jeunes qui ont trouvé leur refuge dans un divertissement peu ludique (jeu de cartes, de dam et jeu de six). Et, prétendant dissiper l’ennui, ils versent dans la drogue et autres boissons à forte dose d’alcool. C’est évident.
A ces premiers facteurs s’ajoute un des plus redoutables, à savoir le bas niveau intellectuel de ces jeunes. Car, nombreux n’ont pas terminé les études secondaires. On en compte même qui ont juste fait deux ou trois ans post-primaires. On perçoit, d’ores et déjà, la relation qui existe entre le chômage, le manque d’instruction et le banditisme.

Au-delà de la répression, concevoir une politique d’encadrement
Personne ne peut plus encourager ce phénomène « Kuluna ». En effet, ce n’est pas la première fois que des bandits utilisent soit une arme à feu, soit une arme blanche pour violer et voler à Kinshasa. Mais la particularité du « Kuluna » se situe au niveau de ses acteurs. Ce sont des jeunes. Voilà qui doit interpeller au plus haut point les différents acteurs sociaux. L’Etat en premier lieu.
On serait tenté de se poser mille et une questions sur ce que devrait faire le Gouvernement. Que la puissance publique réprime ces actes, la démarche ne peut que réjouir tout le monde. Mais au-delà de la répression, l’Etat manque jusqu’ici à son devoir : l’absence d’une politique d’encadrement de la jeunesse.


Dans sa structure, le Gouvernement comprend un ministère des Sports et de la jeunesse. Sous d’autres cieux, c’est sur ce ministère que repose l’avenir de la Nation, entendu que la jeunesse a toujours été le fer de lance de toute Nation. Hélas. Il se trouve vérifié que de tous les Gouvernements qui se sont succédé, aucun ministre n’a présenté une feuille de route de son action avec un accent particulier sur l’encadrement de la jeunesse. Bien au contraire, tous semblent s’intéresser exclusivement au sport. Ce qui est un non-sens. Si en pratique, le sport est une finalité, la formation des jeunes dans cette activité doit être un préalable auquel nul ministre ne peut se soustraire.
Une promenade de santé à travers la ville de Kinshasa suffit pour constater que la jeunesse n’a plus d’espace de divertissement. Les terrains de football ont été lotis depuis des lustres. Le cinéma ne rappelle que des souvenirs inoubliables des films western des années 70. Des salles de spectacles sont transformées en funérararium. En conséquence, de nombreux enfants trouvent leur consolation dans les vidéo Nintendo qui ont envahi les rues des quartiers populaires de Kinshasa.


Ce qui se dit sur le ministère des Sports et de la jeunesse vaut pour le ministère de la Culture et des Arts. Il est difficile d’en saisir le contenu dès lors que la culture semble s’arrêter qu’à la musique. Même si, actuellement, la musique congolaise comme élément culturel ne fait plus l’unanimité.
De tout ce qui précède, les observateurs désintéressés pensent que l’Etat devra tout faire pour investir dans l’encadrement des jeunes. Une telle entreprise exige la participation de tous. D’abord au niveau des autorités communales. Le bourgmestre devra constituer une sorte de police de surveillance des activités de tout jeune en âge de travailler. Dans cette nouvelle approche, il sera question d’identifier d’abord la personne et ce qu’elle fait.
On se souvient que peu après le départ des Belges, cette démarche a été observée dans le domaine de l’éducation. Tout enfant en âge de scolarité fut inscrit de force à l’école. Les récalcitrants et autres fuyards faisaient payer des amendes à leurs parents.
Moralité, chaque responsable de famille n’acceptait plus que son enfant déjà, à l’âge de six ans, puisse soit trainer encore à la maison soit sécher l’école sous peine de sanction. Ce modèle vaudrait la peine et la recette pourrait s’avérer efficace pour combattre le phénomène « Kuluna » à Kinshasa.


Par BONGOS ROGER - Publié dans : CONGO DEMOCRATIQUE (RDC)
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