"Une question à la presse française? Mais bien sûr, avec plaisir!" Et de ses longues jambes perchées sur des talons vertigineux, avec des chaussures qui laissent transparaître des ongles d’un rouge très tendance, Sarah Palin bascule habilement sur la droite, tandis que deux gardes du corps s’emparent de ma petite personne et me ramènent… derrière le cordon. L’ex-gouverneur de l’Alaska, ancienne colistière du candidat John McCain sur le ticket républicain, est en campagne. Et se tait.
Librairie Legacy, à Dallas, dans le tout nouveau quartier de Plano, balayé par un froid précoce en ce début décembre. Le Texas accueille le dix-septième déplacement de Sarah Palin, en tournée pour la promotion de son livre Going Rogue ("Devenir rebelle"). Celle qui s’était définie comme une hockey mom (mère passant une bonne part de son temps à conduire ses enfants au bord des patinoires) a déjà vendu un million d’exemplaires de l’ouvrage et laboure l’Amérique profonde, à la rencontre d’un électorat ultraconservateur, en mal de parler vrai.
Comme Andrea McCormick, 49 ans, et sa fille, Michelle, 26 ans, qui n’ont peur de rien : elles viennent de Redmond (Oklahoma) et sont arrivées à Plano vers 4 heures du matin. Du coup, elles sont les premières dans la file d’attente. "Cette femme vaut tous les détours!", affirme Andrea, surexcitée. Courageuse, belle, intelligente, réaliste, vraie, proche des gens… Andrea n’a pas assez de qualificatifs pour dépeindre celle qui pourrait bien être la candidate républicaine à la Maison blanche en 2012. "En tout cas, nous, on la veut comme présidente", renchérit sa fille, Michelle, qui vient d’achever son droit et se prépare à s’engager dans les Marines. "Les éléphants du parti vont sûrement s’attaquer à elle, poursuit-elle, mais ils se feront une raison. Il suffit de regarder la foule qu’elle attire à chaque déplacement. Et cela sans l’aide de la machine républicaine."
"Ils viennent la voir parce qu’elle est comme eux"
C’est effectivement la grande affluence ce vendredi chez Legacy. Les responsables de la librairie affirment qu’ils ont vendu près de 2.000 exemplaires du livre, dûment dédicacés par la star de l’Amérique d’en bas. Certains auraient bien voulu qu’elle aille plus loin que de demander leur nom, qu’elle leur offre un peu plus de son temps : ils ont tellement à lui dire, elle qui les écoute si bien. Stephanie Schaffer, elle, a eu droit à tous les égards. Elle est venue avec son fils, Trout, 21 mois, qui est trisomique. Justement comme Trig, le petit dernier de la famille Palin. D’ailleurs, là, Sarah Palin laisse tomber le stylo, se lève, s’empare du petit Trout et demande qu’on aille immédiatement chercher son mari, Tod, et leur fils Trig. "Je ne sais pas s’il s’en souviendra, assure Stephanie, mais mon fils vient de prendre part à un moment historique."
Quand Madame est là, Monsieur n’est jamais loin. Tod Palin, lui aussi, signe les livres et se laisse gentiment prendre en photo, non sans glisser un mot ou une question à chacun. "Ma femme attire les gens, voilà ce qu’elle fait, constate-t-il simplement, un peu surpris tout de même par tant d’engouement. Ils viennent la voir parce qu’elle est comme eux. Vraie." Et de reprendre le petit Trig dans les bras tout en poursuivant ses conversations avec les uns et les autres. Tandis que Madame, elle, signe, et se tait.










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