Vendredi 12 mars 2010
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Créé le 12.03.10 à 06h10 - AFRIQUE REDACTION | ECONOMIE | RDC | Mis à jour le Vendredi 12.03.10 à 11h32. Par : Syfia Grands Lacs
Pour Ruphin Kibari Nsanga, enseignant à Kikwit (Bandundu), historien-analyste, auteur de plusieurs livres sur la RDC, le contrat signé en 2007, entre la RD Congo et
la Chine ne présente pas que des avantages et risque d'appauvrir le pays.
Syfia Grands Lacs : Quelles sont, selon vous, les forces et faiblesses du contrat chinois ?
Kibari Nsanga : D’abord les forces de ce contrat. De manière générale, il faut admettre que son exécution est rapide. Il a été signé en 2007 et les travaux ont commencé fin 2008, car le pays
attendait du matériel en provenance de Chine par bateau. En plus, les Chinois imposent moins de conditionnalités que les autres partenaires. Enfin ce contrat concerne un domaine important, les
infrastructures. Car dans notre pays, beaucoup de choses sont à refaire, à reconstruire.
Quant aux faiblesses : il a été signé par le ministre des Travaux publics, infrastructures et reconstruction et les entreprises privées chinoises. Or c’est un accord très important qui engage
toute la nation. D'après moi, c'est très fragile, cet accord conclu sous forme de troc. C'est-à-dire que les Chinois vont construire des infrastructures en échange des minerais. Est-ce que le
gouvernement avait réellement bien évalué la quantité des minerais qu’il va confier aux entreprises privées chinoises en contrepartie des travaux à exécuter ? L'aspect "gagnant-gagnant" n'est
qu'apparent.
SGL : Ceux qui critiquent cet accord parlent plutôt d’un nouvel endettement du pays ?
Les Chinois ne donnent pas gratuitement de l'argent, ils le prêtent. Pour un investissement par exemple d'un milliard de dollars, ils pourront tirer un bénéfice de sept milliards. C'est vrai que
le gouvernement congolais est à la recherche de capitaux, mais on ne peut pas brader toute une nation. Ce contrat a une durée de trente ans ! C'est trop ! Plus on extraira les minerais, plus le
sous-sol congolais s'appauvrira. C'est un des aspects que je vais évoquer dans mon livre "A qui appartient le Congo ?". Une autre faiblesse : ce contrat présente beaucoup de déséquilibres entre
les provinces. Par exemple la réhabilitation et la construction des chemins de fer se feront dans les provinces du Katanga, Maniema et les deux Kivu, mais rien pour le Nord Equateur, le Haut et
le Bas-Uélé....
SGL : Quelles sont les responsabilités des deux parties dans l’exécution de ce contrat ?
K.N. Dans les grandes lignes, le contrat prévoit d'une part les garanties du gouvernement du Congo envers les entreprises chinoises : l'exemption des frais des droits et des titres miniers, des
permis de prospection et d'exploitation; les facilitations dans l'octroi des visas et permis de travail aux employés expatriés; la sécurité des sites et des projets miniers et des
infrastructures...
D'autre part, les garanties des entreprises chinoises : la ferme volonté de s'engager en partenariat avec le Congo Kinshasa à travers l'entreprise publique
Gécamines dans la réalisation des projets miniers, la mobilisation des financements, des prêts, etc. Il est prévu des consultations périodiques pour vérifier la bonne exécution des travaux. Il
est important de savoir que le gouvernement congolais a consenti de céder les réserves de certaines mines de la Gécamines d'une valeur totale de près 10,2 millions de tonnes pour le cuivre et
626 000 t pour le cobalt.
SGL : Les deux parties pourront-elles scrupuleusement respecter leurs engagements?
K.N. Scrupuleusement ? Je doute. C'est difficile que cela se passe ainsi. N'avez-vous pas vu l'intervention et la réaction du Fonds monétaire international après la signature de ce contrat ? De
9 milliards de dollars initialement prévus, ce montant a été revu à la baisse à 6 milliards. C'est déjà un signe. Peut-être pourra-t-on connaitre d'autres circonstances susceptibles de faire
bouger les choses.
SGL : Comment justement appréciez-vous l'attitude du FMI face à ce contrat?
K.N. Cette Institution refuse que l'Etat congolais se choisisse librement ses partenaires pour son développement. Et derrière le FMI il ya de grandes puissances qui ne veulent pas que les
Chinois puissent prendre les minerais du Congo. Cependant, ce qui est aussi vrai, le FMI craint que la RDC en signant ce contrat ne se rendette davantage. Le pays a déjà une dette de 12
milliards de dollars. S’il faut ajouter à cela les 6 milliards de la Chine, la RDC atteindra 18 milliards de dette. Retenons que les Chinois ne donnent pas l'argent, mais le prête, et que nous
avons affaire à des entreprises privées.
ENCADRE
Burundi :
Arrivée encore timide des Chinois
(Syfia Grands Lacs/Burundi) Au Burundi où les Chinois commencent seulement à arriver, les 200 qui sont présents travaillent dans les domaines des infrastructures, santé, commerce… Déjà très
endetté, le Burundi qui veut financer certains grands projets en empruntant de l’argent aux banques chinoises est dissuadé par les institutions de Bretton Wood qui craignent un
ré-endettement.
La coopération chinoise appuie le Burundi dans plusieurs secteurs dont les infrastructures, l’éducation, la santé, la formation. L’an dernier l'Ecole normale supérieure (ENS) a été construite
grâce à un don chinois de 10 millions de dollars américains. Une enveloppe similaire a également été débloquée pour la construction d’un hôpital moderne à Mpanda, en province de Bubanza, à
l'ouest du Burundi.
Un autre grand projet, c’est le palais présidentiel. "L'argent est déjà disponible si du côté burundais on parvient à déterminer rapidement le site", assure LI Changlin, conseiller politique à
l'ambassade de Chine au Burundi. Dans ce même domaine des infrastructures, le barrage de Mugere construit en 1970 et qui alimente Bujumbura en électricité est révisé tous les 5 ans par des
ingénieurs chinois.
La Chine vient par ailleurs de construire 3 écoles primaires dans la capitale, Bujumbura, ainsi que dans la province de Karuzi, au centre-est du Burundi. "Des parents qui sont au courant de la
qualité de la formation des universités chinoises paient de leur poche pour leurs enfants", fait remarquer LI Changlin. Soixante burundais partent en Chine dans ce cadre.
Le secteur de la santé n’est pas en reste. Depuis plus de deux décennies déjà, la Chine fournit des médicaments aux structures sanitaires burundaises. Elle envoie
également ses médecins qui prestent dans les hôpitaux de la capitale et de l'intérieur du pays. Toutes ces interventions font accepter la présence chinoise au Burundi. "200 Chinois, toutes
catégories confondues sont présents dans ce pays", signale LI Changlin. Il affirme que la Chine voudrait bien faire davantage mais se heurte aux exigences de la Banque mondiale et du Fonds
monétaire international. Ces Institutions refusent que le Burundi qui bénéficie des mesures de désendettement destinées aux pays pauvres très endettés, s'endette à nouveau en empruntant de
l'argent aux banques chinoises à des taux préférentiels pour financer ses projets. Elles veulent que les sommes demandées soient constituées pour moitié de dons.
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