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Ville tranquille au nord-est de Kinshasa aux confluents des rivières Kwilu, Kwango et Kasaï, Bandundu est une agglomération de 450 mille habitants qui vit
essentiellement des produits de la pêche, des champs et du petit élevage.
Presque chaque famille à une basse-cour où l’on élève poules, coqs, pigeons... pour les manger ou pour les vendre. Mais ces dernières années, ces oiseaux vivent l’un calvaire depuis que les
femmes se sont mises à la mode des cheveux postiches. Lorsqu’elles n’ornent plus avec art les têtes de ces dames, ces mèches deviennent, en effet, de redoutables piéges pour ces volatiles.
« Elles sont jetées n’importe ou, même dans la rue et le vent les emporte partout dans la nature », se désole Niclette Manzey, une coiffeuse esthéticienne du quartier Nsele.
En ville ou au village les habitants n’ont pas l’habitude de nourrir leur volaille. « Il n’est pas question de leur donner des tourteaux. Ils picorent dans la nature pour trouver de quoi
manger », explique un éleveur qui n’a pas assez de revenu pour leur acheter des aliments. Laissés en divagation, les oiseaux sont alors souvent pris dans la nasse des cheveux postiches.
« Je suis peinée de voir des coqs et des poules aux pattes amputées par ces pièges, regrette Manzembe Monkaa, patronne d’un salon de coiffure.
Redoutables pièges
Les pattes empêtrées et entortillées dans les fibres de ces cheveux artificiels, les oiseaux prisonniers peinent à se déplacer. Ils peuvent rester ainsi de longs moments coincés, sans pouvoir
gratter le sol pour se nourrir. Ils deviennent alors une proie facile à capturer par des voleurs et les oiseaux rapaces, comme l’épervier. Comme ils se débattent constamment pour se défaire de
leurs liens, leurs pattes s’atrophient petit à petit et finissent par être amputées. « Je perds de cette manière tout mon poulailler », se lamente Baudry Kumbi, un petit éleveur de la
ville.
L’élevage de volailles a pourtant toujours fait le bonheur des gens. Vendu sur le marché local entre 2 500 et 3 500 Fc (2,8 à 3,9 $), le poulet sur pied, par exemple, est de loin préféré au
poulet congelé importé, acheté beaucoup plus cher (4 500 à 5 000 Fc). Mais aujourd’hui, certains consommateurs ont beaucoup de mal à faire le choix. « Les poulets aux pattes atrophiées ou
amputées n’ont que la peau sur les os et ne sont plus nutritifs », pense Gladys Etenge, une ménagère Vétérinaire d’Etat, Philippe Mukwa déconseille la livraison à la consommation publique de
cette « viande réputée maigre et peu hygiénique ».
A incinérer ou enterrer
Dans son salon de coiffure du quartier Mampuya, Manzembe Monkaa se dit consciente des problèmes que posent ces fibres de cheveux pour les oiseaux de la basse-cour. D’une voix assez isolée, elle
interpelle les utilisatrices de ces mèches qui, après usage, ne prennent pas soin de les incinérer ou de les enfouir sous terre. Apprenons à les détruire simplement à ses clientes. Un appel qui
ne convainc pas grand monde, à l’exemple de Ange Mukoy, qui estime que « cette précaution ne sera pas suivie pour toutes les femmes qui adorent cette coiffure à la mode ».
Dans cette ville qui ne connaît presque pas de problème d’immondices, on pouvait espérer mieux. Mais, en attendant une prise de conscience collective, les éleveurs n’ont guère de choix. La seule
précaution pour eux, « c’est de surveiller les oiseaux chaque jour pour les débarrasser de ces filets », conseille Roger Munganga, chef de secteur de Mikwi. Peu de gens se donnaient
jusque-là cette peine, mais ils doivent aujourd’hui se résoudre à dégager leurs poules des cheveux de leurs femmes... tout un programme !
Désiré Tankuy/Sgl/La Prospérité
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