Jeudi 18 février 2010
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Créé le 18.02.10 à 07h22 - AFRIQUE REDACTION | CONFLIT ARMÉ | RDC | Mis
à jour le Mercredi 18.02.10 à 07h25. Par : L'Avenir Quotidien
. Joachim Diana
G.
*Une réunion entre les experts congolais, rwandais et du Hcr, se tient
depuis hier à Kigali au Rwanda pour des travaux qui devront aboutir demain mercredi à un accord de rapatriement volontaire des réfugiés tant congolais que rwandais. *Ce rapatriement qui
intervient avant l’élimination totale des groupes armés locaux et étrangers, tombe-t-il au bon moment ?
La question du retour des réfugiés a toujours été la pomme de discorde entre Kinshasa et Kigali. Le
problème a toujours été posé comme s’il ne dépendait que de la Rdc. En outre, à suivre les revendications d’abord du Rcd et ensuite du Cndp, on croirait qu’il n’y aurait que Kinshasa qui avait de
réfugiés au Rwanda. Avec les travaux qui se tiennent actuellement entre les experts des gouvernements de la Rdc, du Rwanda, ainsi que les délégués du Hcr, on a compris que n’est pas seulement
Kinshasa qui doit se préparer à accueillir ses compatriotes vivants au Rwanda. Ce dernier pays compte également des réfugiés en Rdc.
A pied d’œuvre depuis hier
Il nous revient que les travaux auxquels participe depuis hier lundi 15 février un groupe d’experts de
la République démocratique du Congo (Rdc) participeront, ont pour but le rapatriement des réfugiés de deux pays. Les travaux qui ont commencé hier lundi à Kigali, capitale rwandaise, se
poursuivront ce mardi dans le cadre de la tripartite RDC - Rwanda - HCR , sont d’une grande importance lorsqu’on sait qu’ils vont ôter le prétexte à certains groupes armés qui se faisaient des
porte-paroles de ces réfugiés en faisant la guerre aux Congolais. Ces travaux démontrent que le rapatriement des réfugiés n’a jamais été une question de volonté politique unilatérale d’un pays.
Il y a non seulement l’implication de la communauté internationale par le Hcr, mais aussi de la volonté de ces réfugiés de regagner librement leur pays d’origine. Cette fois, ces travaux, on l’a
dit, ont le mérite de parler des réfugiés congolais établis au Rwanda, et des réfugiés rwandais qui ont trouvé asile en Rdc.
On note que la délégation congolaise est composée des délégués de la Primature, du ministère de
l’Intérieur et sécurité, du HCR et des services spécialisés. Déjà dans la capitale rwandaise, la délégation congolaise devra, avec les autres parties, réunir les données qui vont permettre cet
échange des réfugiés. Les différentes parties, indique-t-on, devront signer le mercredi, au terme des travaux de deux jours, un accord pour le rapatriement des réfugiés de deux
pays.
Une question très sensible
La question est très sensible. Une chose est de signer l’accord, une autre est de convaincre les
réfugiés de rentrer dans leur pays. Beaucoup de facteurs entrent en jeu pour la réussite de cette opération. C’est pourquoi les parties parlent du devoir de sensibilisation pour convaincre les
réfugiés de se faire rapatrier volontairement. On a semblé dire que ce devoir n’incomberait qu’au gouvernement congolais. Cela arriverait à faire croire que les réfugiés rwandais eux ne
poseraient aucun problème. C’est justement le contraire. Ce sont les réfugiés rwandais qui posent problème dans la mesure où certains d’entre eux sont indésirables et au Rwanda et en Rdc. Comme
il est difficile de dire qui est génocidaire et qui ne l’est pas, les réfugiés rwandais ne savent pas le sort qui les attend chez eux. Kigali doit donc donner des signaux pour les convaincre.
Enfin, il se pose un problème ethnique lorsqu’on parle des réfugiés rwandais.
S’agit-il des hutu ou des tutsi ? Le retour des premiers cités, est un vrai casse-tête. On ne voit pas
ce qu’un accord tripartite pourrait y changer. On risque donc d’assister à une opération en sens unique, c’est-à-dire entre le Rwanda et la Rdc. Et pourtant, on parle de 89.000 Rwandais qui
vivent au Congo et qui sont intéressés par ce rapatriement. On espère que la commission commencera par les localiser et les identifier. A notre connaissance, à part les Fdlr, on ne connaît pas
des camps de réfugiés rwandais en Rdc. Si on parle des gens qui vivent dans des villages, cette opération ne pourra que davantage être compliquée.
Congolais ou Rwandais ?
Quant aux 53.000 réfugiés congolais vivant au Rwanda, leur rapatriement n’est pas aussi chose aisée.
La commission, si elle veut faire œuvre utile, devra s’interdire la langue de bois pour aborder toutes les difficultés liées à ce rapatriement. A l’époque de Mzée, le problème se posait déjà.
Kigali était pressé de voir Kinshasa reprendre ce lot de Congolais. Mais, au niveau du Kivu, ils n’étaient pas les bienvenus. Car, pour les populations de cette province, ces réfugiés
essentiellement tutsi, étaient plutôt des Rwandais. Les combattants Maï-Maï en faisaient leur cible. Le gouvernement se trouvait donc dans un grand embarras. Il ne pouvait pas faire partir ces
réfugiés des camps au Rwanda pour les placer dans d’autres camps en Rdc afin d’avoir la protection. Il faut dire que Kigali n’a rien fait pour comprendre la difficulté du gouvernement congolais.
Bien au contraire, Kigali n’a fait que compliquer la situation en installant dans cette partie du territoire congolais un état de guerre qui n’a fait que raviver la haine
tribale.
Le Rcd et le Cndp tout en demandant le retour des réfugiés, troublaient la zone où devraient être
installés ces réfugiés. Cela a fait de ces réfugiés des apatrides. Les Rwandais les considèrent comme des Congolais et les mettent dans des camps des réfugiés, les Congolais les considèrent de
leur part comme des Rwandais. Cette situation était devenue inacceptable.
Le retour de la xénophobie
La Rdc a décidé de le résoudre avec courage. L’Accord signé à Sun City a permis de résoudre cette
épineuse question de nationalité qui empoisonnait les relations dans la région. On constate malheureusement que pour le besoin de repositionnement, certains leaders du Kivu reviennent à ce
discours xénophobe. L’invitation des troupes rwandaises à la traque des Fdlr a donné occasion à raviver cette « peur » du Rwanda qui veut occuper le Kivu. Cette peur de l’occupation s’accompagne
généralement de l’indexation de certains faciès. La communauté internationale doit aider Kinshasa à gagner cette bataille du retour en arrière dans l’après Sun City. La xénophobie n’est pas le
seul obstacle. Il y a aussi les Fdlr et certains extrémistes Maï-Maï.
A ce jour, les zones où doivent s’installer les réfugiés venant du Rwanda ne sont pas suffisamment
sécurisées. On a même des populations locales en déplacement. Le rapatriement tombe-t-il au bon moment ? Ne fallait-il pas attendre que les conditions optimales de sécurité soient obtenues ?
Cela, on le sait risque de faire de ce rapatriement des réfugiés une échéance sans cesse reportée. Mais cela vaut mieux que de jeter ces hommes et femmes dans la gueule du loup. Car, lors de la
dernière réunion tripartite, il avait été recommandé de poursuivre les efforts pour la sécurisation et l’amélioration des conditions du côté congolais. Cela ne dépendant pas de la bonne volonté
du gouvernement congolais, la situation n’est pas propice au retour des réfugiés dans des zones où les Fdlr, bien qu’affaiblies, peuvent faire mal. La meilleure sensibilisation des réfugiés,
c’est la sécurisation de la zone, notamment avec le désarmement des groupes armés tant locaux qu’étrangers, mission que la communauté internationale a confiée à la Monuc.
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