De notre correspondant à Los Angeles
Facebook n'a semble-t-il pas retenu la leçon. Après avoir changé en douce ses conditions d'utilisation –avant de devoir faire marche arrière sous la pression
populaire– le réseau social se prend une nouvelle fois les pieds dans l'épineux tapis de la vie privée.
Officiellement, à l'occasion d'une simplification de la gestion des réglages de ses données personnelles, Facebook encourage progressivement depuis mercredi
–via un message lors de la connexion– les utilisateurs à ajuster leur réglages. Mais surtout, il est désormais
possible de choisir pour chaque post (statut, liens, photo etc) de le partager avec tout le monde, juste ses amis, ou même du sur mesure (liste de contacts ou carrément du un par un).
Pratique pour éviter que son statut «trop bu hier soir» ne soit visible par ses parents.
Jusqu'ici tout va bien. Là où Facebook faute encore, c'est dans les réglages
suggérés par l'assistant de migration. Notamment la ligne «Messages que je rédige»: par défaut, la case «Tout le monde» est cochée, et non pas celle «anciens réglages». Illustration
concrète, avec une recherche sur le mot «Dexter». Dans les résultats, une fan page, quelques groupes... et des statuts de personnes qui ne font pas partie de ses contacts. «OMG, I
can't wait for the last ep of Dexter» (Oh mon dieu, vivement le dernier épisode de Dexter), dit l'un.
Contacté par 20minutes.fr, son auteur confirme qu'elle est bien passée au nouveau système mais qu'elle n'avait «aucune idée que [son] statut était visible par
tous». «J'ai regardé rapidement, vu que mon email et mes préférences politiques n'étaient visibles que par mes amis, et j'ai cliqué OK», explique-t-elle. Ici, le message était anodin. Mais il
aurait pu être beaucoup plus personnel et sensible, type «mon patron est un gros con».
Comme Twitter
L'association Electronic Frontier
Foundation donne l'alerte. «Davantage de choix, c'est positif», reconnaît-elle. Mais outre le problème des réglages par défaut, «Facebook a fait disparaître certains contrôles»,
comme le fait de pouvoir rendre invisible la liste de ses amis aux inconnus. Plus grave, il ne semble plus possible d'interdire l'accès à ses informations à des applications tierces
–utilisées par certains pour créer des pubs frauduleuses comme «votre ami a un QI de 135, pourrez-vous faire mieux»).
Par nature, l'esprit de Twitter est de tout partager –même s'il est possible de créer des profils privés. Cela a permis à Twitter de devenir le leader sur la
recherche «temps réel» et de récupérer un gros chèque de Google et Microsoft pour vendre une partie de ses flux. A l'inverse, Facebook s'est bâti sur un caractère complètement
cloisonné.
Dans son communiqué, Facebook utilise 24 fois le mot «vie privée». Le langage
est confus et donne l'impression que le réseau veut davantage la protéger. En réalité, c'est plutôt l'inverse. Si la case «recherche publique» est cochée, cela signifie, explique Facebook,
que vous «autorisez les moteurs de recherche à accéder à vos informations publiques».
Facebook a également signé un accord avec Google. Pour l'instant, il ne s'agit que d'indexer les flux des profils publics (surtout de célébrités ou
d'entreprises). Mais il serait surprenant que Facebook n'étende pas son accord aux profils des particuliers. Partager les données des utilisateurs n'est pas un problème en soi... tant que
ceux-ci sont avertis clairement.
Sur le blog Facebook, de nombreux internautes sont furax. «Rendez moi mes réglages», dit l'un. «Facebook nous ment», s'énerve un autre. Partagez-vous leur colère?
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