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C’est avec étonnement que nous avons appris la suspension du journal télévisé « Lingala facile ». La raison, mieux le chef d’accusation, c’est qu’on aurait profané le journal télévisé en alignant comme présentateurs des non journalistes.
En effet, pour le mois de la femme, « Lingala facile » a aligné comme présentatrices du journal, des personnalités dont de nombreux non journalistes. C’est ainsi que l’on a vu les vedettes de la chanson, MJ 30, L’Or Mbongo, Kisinjora, et autres présenter le journal. On n’avait pas fini d’en voir plus. Ce programme prévoyait des surprises. C’est en ce moment que la Haute Autorité des médias vient jouer au père fouettard.
Autant il faut saluer les efforts de la Ham de moraliser l’espace médiatique, autant on demande à cette institution de précéder la sanction par la réflexion sans passion. C’est dramatique de constater que la Ham veut nous enfermer dans un conformisme dangereux. Elle devrait pourtant se poser la question de savoir quelle est la destination d’un message médiatique. A ce propos, beaucoup de confrères ont beaucoup de peine à comprendre la démarche de « Lingala facile ». C’est dommage que la Ham se fourvoie elle aussi dans cette tendance à la condamnation là où les téléspectateurs adhèrent. On ne doit plus faire l’audiovisuel pour se masturber, se faire plaisir, mais pour informer et faire plaisir. « Lingala facile » informe et fait plaisir. Nous sommes dans un domaine où le public est seul juge. Il semble que cela ne gêne personne.
Pour la Ham, le tort de « Lingala facile » serait de profaner le journal télévisé. Dans ce domaine également, la Ham n’a pas raison. Et son tort, c’est de croire que le « Lingala facile » serait une mauvaise imitation de ce qu’on appelle journal télévisé classique. C’est mal connaître le producteur de ce programme. Son souci est de faire autre chose, une chose qui tranche avec les règles existantes. C’est une révolution. Et les révolutions aussi bien que les révolutionnaires ne sont pas toujours bien compris. Pour beaucoup, c’est de la folie. Ceci nous amène à dire que la Ham condamne « Lingala facile » suivant un droit qui lui est étranger. En termes clairs, on ne peut pas imposer à « Lingala facile » - qui est consciemment sorti des normes classiques - des règles d’un art autre que celui qu’il exerce.
« Lingala facile » a créé un monde à lui et il est libre de se donner des règles. Dans cette démarche, rien ne lui interdit cette sorte de « sociodrame » en faisant de tout le monde des agents de la communication. Il est vrai qu’un journal télévisé n’est pas une détente. On dit que c’est un moment solennel, sacré. Tel n’est pas l’univers « zacharien ». Il veut un journal qui détend et qui informe. Honnêtement, la Ham n’a aucun argument scientifique valable pour condamner le fait de faire venir, de façon exceptionnelle et pour une circonstance particulière, des leaders d’opinion pour présenter son journal.
La Ham devrait plutôt, dans le cadre du droit à l’information, se réjouir de constater que dans nos familles, on ne zappe plus à chaque indicatif de journal télévisé même en langue. C’est vraiment pour la première fois que les informations mobilisent le public comme s’il s’agissait d’une émission de détente. Zacharie Bababaswe a trouvé un langage pour faire passer l’information. On doit en trouver pour faire passer les connaissances scientifiques, culturelles et autres. Ce n’est pas le moment pour la Ham de décourager les initiatives heureuses.
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