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Congo-Brazzaville : le double jeu éhonté de François Hollande

Congo-Brazzaville : le double jeu éhonté de François Hollande

Alors que les États-Unis ont appelé au report du référendum prévu dimanche au Congo pour modifier la Constitution, François Hollande a apporté mercredi un soutien appuyé à Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 30 ans. Avant de rétropédaler. La France n’est pas encore prête à lâcher son vieil allié.

C’était un test très attendu. Qu’allait donc faire François Hollande de Denis Sassou Nguesso ? Au pouvoir depuis 30 ans au Congo et visé en France dans l’affaire des biens mal acquis, ce dernier a appelé à un référendum constitutionnel dimanche pour pouvoir briguer un nouveau mandat. En début de semaine, des manifestations ont été réprimées dans le sang. Mais le président français a d’abord apporté un soutien très appuyé au vieil allié de la France, de la Chiraquie aux pétroliers, en passant par Nicolas Sarkozy. Avant de rétropédaler.

« Sur le Congo, le président Sassou peut consulter son peuple ; cela fait partie de son droit, et le peuple doit répondre. Une fois que le peuple aura été consulté, et cela vaut pour tous les chefs d’État de la planète, il faut veiller à rassembler, à respecter et à apaiser », a indiqué mercredi François Hollande, à l’occasion de la visite du président malien Ibrahim Boubacar Keïta à Paris.

Les États-Unis ont défendu une position opposée. Le 20 octobre, le porte-parole du département d’État américain a déclaré : « Nous appelons le président Sassou à reporter le référendum, (…) et permettre le dialogue et la discussion. » L’Union européenne et l’Union africaine ont elles aussi appelé au calme.

Dimanche, les Congolais sont appelés aux urnes pour valider la modification de la Constitution taillée sur mesure pour Denis Sassou Nguesso. Elle prévoit notamment un relèvement de l’âge maximum des candidats à la présidentielle et la suppression de la limitation à deux mandats. Sans cette réforme, le président congolais, âgé de 71 ans, et au pouvoir de façon quasi continue depuis 1979, ne pourrait se représenter.

Ce projet a suscité une vive opposition, malgré la violente répression orchestrée par le régime. En septembre, l’opposition a rassemblé des milliers de manifestants pour protester. Mercredi, les forces de sécurité congolaises ont eu recours à des tirs de sommation et à des gaz lacrymogènes à Brazzaville pour disperser les centaines de manifestants qui défilaient. Mardi, quatre personnes ont été tuées lors d’affrontements dans la capitale congolaise et à Pointe-Noire entre policiers et manifestants qui réclamaient le départ de Denis Sassou Nguesso. Selon les ONG, le bilan pourrait être beaucoup plus lourd. Une coalition de l’opposition évoque une vingtaine de morts.

C’est dire si les propos de François Hollande ont provoqué la consternation des ONG et des militants des droits de l’homme. « En quelques secondes, François Hollande a anéanti tout espoir de voir la France aux côtés des démocrates congolais, s’indignait Clément Boursin, à l’Acat. Il y a une vraie dérive de la politique africaine de la France, sans vision, et dont les propos changent en fonction de ses intérêts. »

Un proche du président français, cité par RFI, s’en expliquait jeudi : « Nous avons envoyé plusieurs messages à Sassou, mais il ne veut rien entendre. Il est décidé à aller au troisième mandat. Donc, nous observons ce qui va se passer. »

Jeudi soir, dans un communiqué très tardif (à 22h15), l’Élysée a finalement tenté de rectifier le tir : « Le président de la République suit avec grande attention les événements actuels en République du Congo. Il condamne toute violence et soutient la liberté d’expression. Il rappelle qu’il avait souhaité, lors de son discours prononcé à Dakar, le 29 novembre 2014, que les Constitutions soient respectées et que les consultations électorales se tiennent dans des conditions de transparence incontestables. » Et comme par miracle, le PS a fini par s’exprimer, vendredi matin. « Le Parti socialiste estime que l’organisation d’un tel référendum est légale, mais son objet comme son opportunité sont discutables et doivent pouvoir être librement discutées », écrit le PS, après avoir condamné les violences de ces derniers jours. Le ton est cependant plus mesuré qu’il y a quelques mois où le parti majoritaire appelait à annuler le référendum.

Pour Thomas Noirot, de l’association Survie, « l’Elysée tourne autour du pot en rappelant une prétendue position de principe, au moment même où des forces de sécurité bénéficiant d’une coopération avec la France répriment les manifestations. Comme il l’avait fait à la fin du putsch au Burkina Faso, François Hollande devrait au minimum suspendre la coopération militaire française avec le Congo. » Une requête également formulée par Europe Ecologie-Les Verts qui, dans un communiqué,« demande au gouvernement français de suspendre immédiatement sa coopération militaire et policière avec le régime de M. Sassou Nguesso ».

François Hollande accueille Denis Sassou Nguesso en juillet à l'ElyséeFrançois Hollande accueille Denis Sassou Nguesso en juillet à l’Elysée © Reuters

Sur le papier, François Hollande est donc revenu à la position qu’il défend publiquement depuis plus d’un an. En octobre 2014, l’Élysée faisait fuiter la lettre envoyée par le président français au Burkinabè Blaise Compaoré, qui voulait (lui aussi) se maintenir au pouvoir. « À cet égard, le Burkina Faso pourrait être un exemple pour la région si, dans les mois qui viennent, il avançait lui aussi dans cette direction en évitant les risques d’un changement non consensuel de Constitution », écrivait alors François Hollande. Compaoré, lâché par la France quand plus personne ou presque ne soutenait le vieux dictateur, a fini par démissionner.

Quelques semaines plus tard, le chef de l’État français avait repris le même credo : c’était en novembre 2014, lors du Sommet de la francophonie, à Dakar. « Là où les règles constitutionnelles sont malmenées, là où la liberté est bafouée, là où l’alternance est empêchée, j’affirme ici que les citoyens de ces pays sauront toujours trouver dans l’espace francophone le soutien nécessaire pour faire prévaloir la justice, le droit et la démocratie », avait-il déclaré, après un hommage à la Tunisie et au « printemps arabe ».

Hollande a encore rappelé cette déclaration en mai dernier, dans un communiqué consacré au Burundi. Fin septembre et début octobre, le quai d’Orsay l’a de nouveau répété à propos du Congo. Cette position faisait même la fierté du quai d’Orsay et de l’Élysée. Ces dernières semaines, quand on les interrogeait sur le soutien de la France à certains despotes africains (au Tchad ou au Cameroun), les conseillers du pouvoir répondaient invariablement que François Hollande incarnait une rupture, et continuait à défendre les droits de l’homme. Leur argument : ses déclarations du Sommet de Dakar. Mais si la France continue de soutenir à bout de bras Sassou Nguesso, elles ne seront que des mots creux.

PAR LÉNAÏG BREDOUX

 

 

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