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Défavorisés, des Burundais se tissent avec la vannerie un nouveau destin

Défavorisés, des Burundais se tissent avec la vannerie un nouveau destin

Détrônée un temps par des produits européens, la vannerie connaît une renaissance au Burundi permettant l’autonomisation de beaucoup de ménage

Détrônée un temps par des produits européens, la vannerie revient en force au Burundi, pour offrir à des jeunes hommes et femmes défavorisés le moyen d’être autonomes.

« Je n’ai plus besoin de travailler dans les champs des autres pour survivre. La vannerie est mon métier et je ne me lamente pas», a confié à Anadolu Marie Itangishaka.

Malgré l’absence de son mari, réfugié en Tanzanie depuis la crise qui frappe le pays depuis des mois, cette jeune mère affirme qu’elle parvient à satisfaire les besoins de ses trois enfants grâce à ses nombreux clients. «Par semaine, je récolte en moyenne 20 dollars, soit 4 fois ce que je gagnais avant dans les champs», affirme-t-elle.

Chantale est propriétaire d’une maison de location de paniers tressés de fibres végétales et vient se fournir souvent chez Marie. La crise qui a fait des centaines de milliers de victimes entre morts, réfugiés et déplacés, n’empêchent pas les Burundais de continuer à vivre, au grand bonheur de ses affaires florissantes. « Les cérémonies de dot, de mariage se font encore tous les week-ends ! Chaque locataire paie au moins dix dollars pour trente paniers», dit-elle à Anadolu.

Défavorisés, des Burundais se tissent avec la vannerie un nouveau destin

Pour présenter la dot à la future mariée, dans différentes fêtes, dans les bars ou restaurants, voir les salons de particuliers, les produits de l’artisanat, particulièrement de la vannerie, sont très prisées. Un “effet de retour de mode”, commente Emile Kerahino, un vétéran de la vannerie qui en produit depuis la fin des années 50.

«Avec la venue des produits européens, il y a eu un relâchement du côté de l’artisanat. Mais depuis quelques années, je constate que les Burundais et même des étrangers apprécient les produits de la vannerie », témoigne ce père de neuf enfants.

Traditionnellement, les produits de la vannerie comme les greniers, les corbeilles et les paniers étaient investis d’une signification sociale. Seules les familles de notable, à titre d’exemple, utilisaient des corbeilles à table. La dot était conservé exclusivement dans une corbeille bien décorée, alors que les greniers servaient à conserver les récoltes de maïs, de haricots, de blé ou d’éleusine, témoigne Kerahino.

Si le respect de ces règles n’est plus aussi strict que par le passé, l’utilisation des produits de la vannerie a reçu des extensions. On les retrouve ainsi dans des paniers, des corbeilles, des sous-plats, des berceaux pour bébés, des nattes, des étagères, et autres objets de décor.

Chez Kaz’O’zah Arts, on mélange le traditionnel avec le moderne. Des porte-documents, des sacs à mains pour dames, des chapeaux, des bracelets, donnent aux produits de la vannerie une dimension qu’elles n’avaient pas. Pour preuve que cette tendance en attire plus d’un, «dans les maisons, dans les salons, au lieu d’installer des tableaux ou des photos, on retrouve de plus en plus des produits de la vannerie en guise de décor».

Fabriqués à base de roseaux, de feuilles de palmiers, de bananiers, et d’autres herbes sauvages, le circuit de fabrication n’est pas pour autant accessible, souligne Kerahino.

Et pour cause, l’accès aux parcs nationaux ou réserves naturelles n’est pas aisé, en raison de l’insécurité y régnant ou aux lois environnementales recommandant la protection de certaines espèces végétales.

Contacté par Anadolu, Christophe Ndikubwayo, directeur des Etudes, statistiques et de la formation professionnelle au sein de l’Office national du tourisme du Burundi reconnaît l’importance de ce secteur tant sur les ménages que sur le secteur touristique. Il regrette toutefois l’absence de coopératives, aussi bien pour se donner les moyens de se structurer que pour produire de façon plus créative.

« Les gens préfèrent travailler en solo au lieu de former des coopératives. Ce qui fait que les formations en la matière sont quasi-inexistantes. On s’attend que sitôt la situation calmée au pays, on s’y mettra», a-t-il conclu, sur une note d’espoir.

 AA/Bujumbura/Yvan Rukundo

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