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Elections en Centrafrique : scrutin sans incidents majeurs sur fond d’espoir de normalisation (REPORTAGE)

Elections en Centrafrique : scrutin sans incidents majeurs sur fond d’espoir de normalisation (REPORTAGE)

 

Les électeurs centrafricains ont voté mercredi 30 décembre dans un calme relatif et par une affluence certaine pour désigner leur futur président parmi 30 prétendants et les 140 députés de l’Assemblée nationale (Parlement) sur environ 1.790 candidats, rendez-vous électoral crucial pour sortir de trois ans de transition et de chaos dû à un conflit armé meurtrier.

Un total de 5.996 bureaux de vote était répertorié dans les seize préfectures du pays, dont 622 dans les huit arrondissements de Bangui, pour que plus de 1,9 million d’électeurs inscrits sur une population estimée à environ 4,6 millions d’habitants puissent voter, selon les chiffres officiels communiqués par l’Autorité nationale des élections (ANE).

A 21H00 (20H00 GMT), le vote se poursuivait sur certains sites, tant dans la capitale que dans des villes de l’intérieur du pays. « Les bureaux de vote qui ont commencé tard sont en train de clôturer leurs opérations », a affirmé à Xinhua Remi Sakanga Mourouba, commissaire en charge de l’organisation matérielle et logistique au sein de l’ANE.

De manière générale, le constat a révélé que l’heure d’ouverture officielle fixée à 06H00 du matin (05H00 GMT) jusqu’à 16H00 (15H00 GMT) en fin d’après-midi a été dépassée, parfois de plusieurs heures, en raison de manquements organisationnels résumés par l’absence de bulletins de vote des législatives, d’isoloirs, d’urnes ou encore de bordereaux d’enregistrement des votants.

CERTAINE TENSION

Ces couacs imputables à la gestion logistique dévolue au Projet d’appui au cycle électoral centrafricain (PACEC), piloté par la représentation nationale du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a entraîné une certaine tension chez des candidats à la députation frustrés, sans dégénérer en élans de débordement.

« Il n’y a aucun incident majeur ni violences à déplorer. Les choses se sont passées dans le calme », s’est réjoui M. Sakanga Mourouba, vers qui convergeaient la plupart des plaintes et des requêtes relatives aux problèmes posés.

La République centrafricaine (RCA) est plongée dans les violences et le chaos depuis la prise du pouvoir de l’ex-coalition rebelle de la Séléka le 24 mars 2013 à Bangui, au terme de trois mois d’affrontements contre le régime de François Bozizé, lui-même tombeur dix ans auparavant d’Ange-Félix Patassé, seul dirigeant démocratiquement élu à ce jour de ce pays pauvre et enclavé.

Dès les premières heures de la journée de mercredi, des centaines d’électeurs se sont massés devant des bureaux de vote de Bangui, avec l’espoir d’élire un nouveau chef d’Etat pour oublier cette sombre période de l’histoire de leur pays qui a aussi donné lieu à une délicate transition aujourd’hui dirigée par Catherine Samba-Panza, depuis la mise à l’écart de Michel Djotodia, le leader de la Séléka, début 2014.

Avec l’appui des forces centrafricaines et des Casques bleus lourdement armés de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA), le scrutin s’est déroulé sous haute sécurité et dans un climat apaisé, à rebours des violences meurtrières enregistrées lors du référendum constitutionnel qui a servi de test à ces élections le 13 décembre.

En renfort aux blindés et autres véhicules de transport de troupes, des hélicoptères survolaient la ville, pour pouvoir prévenir tout acte de violences.

« Ne cherchez pas à créer de l’agitation. Soyez calmes. Mais s’il y a un problème, il y a la police, on vous prend et on vous met en prison », a par exemple averti dans la matinée un officier de la force onusienne à l’endroit de mandataires de partis politiques et de candidats à la présidentielle menaçant d’empêcher le déroulement du scrutin à l’école publique de Lakouanga.

Ces jeunes militants digéraient mal la décision des responsables de centre de vote du 2e arrondissement de Bangui de leur fermer l’accès dans les bureaux de vote, au motif qu’ils se présentaient avec des mandats signés de leurs candidats au lieu de l’ANE, une mauvaise interprétation des consignes et dispositions légales.

L’un des premiers à faire voter les électeurs dans la capitale aux environs de 06H45 (5H45), le bureau de vote n°1 du centre électoral de l’école publique de Castors, quartier sensible a déclaré la fin de ces opérations à 16H50, avec cinq minutes de temps additionnel pour permettre aux électeurs encore présents dans la salle à accomplir leur devoir électoral.

LAMPES SOLAIRES

Sur 472 électeurs inscrits, 353 votants y ont été dénombrés. En raison d’une coupure d’électricité dans la ville, le dépouillement et le décompte des votes ont été effectués avec l’aide de lampes solaires mises à disposition par l’Autorité nationale des élections, sous la protection d’un imposant dispositif sécuritaire déployé par la MINUSCA.

Les premières tendances sorties des urnes étaient favorables à l’ex-Premier ministre Anicet Gorges Dologuelé, un des favoris des sondages.

L’élection présidentielle se tenait sans la possibilité de se présenter pour Catherine Samba-Panza et des autres dirigeants de la transition frappés par une décision depuis leur désignation en 2014 par la médiation internationale sur la crise centrafricaine.

Dans le viseur de la justice internationale pour des soupçons de crimes de sang dirigés contre d’autres personnalités centrafricaines, François Bozizé et Michel Djotodia, respectivement en exil à Kampala (Ouganda) et à Cotonou (Bénin) n’étaient pas non plus autorisés à être candidats.

Les résultats du vote ne seront pas connus dans les jours immédiats, comme lors du référendum constitutionnel.

 

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