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Elections en Guinée : Alpha Condé n’éclipse pas Dallein Diallo

Elections en Guinée : Alpha Condé n’éclipse pas Dallein Diallo

Derrière la campagne tapageuse du président sortant, se joue un duel qui, sur fond de rivalités ethniques, pourrait raviver des tensions.

Un touriste visitant Conakry aujourd’hui pourrait difficilement savoir que sept candidats osent affronter le président sortant aux prochaines élections présidentielles. Un seul visage tapisse les panneaux de la capitale guinéenne, celui d’Alpha Condé. Derrière lui, l’image du barrage de Kaléta résume son principal argument de campagne. Terminé en trois ans alors que le chantier devait durer plus de 4 ans, ses trois turbines devraient fournir 240 Mégawatts au pays. Selon l’ingénieur Jean-Michel Natrella du groupe Enji (ex Gdf Suez) qui a participé au projet, cela devrait fournir l’électricité à 4 millions de personnes. Un miracle. «Il a dit, a fait», criait la foule le jour de l’inauguration à Kaléta, le 28 septembre. A moins de deux semaines du scrutin, vu de loin, les jeux semblent faits.

L’écrasante présence des militants d’Alpha Condé dans la capitale, ironiquement surnommée «dictature des tout jaune» par ses opposants, révèle un certain malaise. Car Alpha Condé ne s’était jamais rêvé en dictateur. Cet ancien militant socialiste, exilé du temps de Sekou Touré, a été élu en novembre 2010, moins d’un an après le massacre «du 28 septembre» dans le stade de Conakry. Cette tuerie qui avait couté la vie à plus de 157 personnes avait provoqué la fin du régime militaire et l’exil de Moussa Dadis Camara. La victoire en 2010 d’un opposant historique, attaché aux principes démocratiques, rassurait les consciences.

Mais aujourd’hui, Alpha Condé semble avoir perdu son image de « démocrate ». L’opposition lui reproche de financer sa campagne sur fonds publics et d’avoir préempté tous les panneaux d’affichage de la capitale. Son principal opposant l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo l’accuse aussi d’avoir manipulé les fichiers électoraux. Accusations rejetées en bloc par la majorité, mais qui ont conduit les 7 candidats se présentant face à Alpha Condé de réclamer un report du scrutin. En 2010 déjà, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Dalein Diallo avait récolté deux fois plus de voix que le parti d’Alpha Condé au premier tour. Le résultat d’Alpha Condé paraissait pour le moins surprenant. Le report de voix dont il bénéficiait ne suffisant, sur le papier, à combler l’écart. Certains avaient alors dénoncé une « coup de pouce » du colonel Lansana Kouyaté chargé d’organiser la transition. Sa préférence pour Alpha Condé reposait aussi sur des raisons ethniques.

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LES PEULS LASSÉS PAR LA POSITION DOMINANTE DES MALINKÉS

Ethnie majoritaire en Guinée où ils représenteraient un peu plus d’un tiers de la population, les Peuls n’y ont jamais exercé le pouvoir. Sekou Touré, d’origine malinkée, avait mené de sévères répressions contre les Peuls après l’indépendance en 1958. Dans le contexte tendu de 2010, certains craignant que l’élection de Dallein Dialo, d’origine peule, ravive des tensions. La solution Alpha Condé -un Malinké- paraissait plus apaisante.

Bien qu’ils essayent chacun de minorer l’importance de leurs origines, les deux hommes qui s’affrontent aujourd’hui s’accusent mutuellement de «surfer» sur les clivages ethniques. Sur le terrain, ces différences peuvent se ressentir dramatiquement. Les Peuls, lassés de la position dominante des Malinkés.

Hier dans la région de Guinée forestière, des violences ont ainsi éclaté en marge d’un déplacement de campagne du président Condé. Le site Guineematin.com fait état de deux morts et des blessés dans la ville de N’zérékoré, où les commerçants (peuls) ayant refusé de fermer leurs boutiques auraient fait l’objet de jets de pierre. Ces violences contre les peuls favorisent un sentiment de persécutions qui sur fond de soupçons de fraude pourraient avoir des conséquences graves.

Une mission d’observation électorale de l’Union européenne dirigée par le député européen luxembourgeois Frank Engel est déjà sur place. Ses 70 membres auront du mal à couvrir les bureaux de vote de ce vaste pays (la moitié de la France), où les conditions de circulation restent mauvaises. Outre la mission de l’UE (qui inclut aussi la Norvège), le parti de Dallein Dialo aura un observateur par bureau de vote. Le scrutin est pour le moment maintenu pour dimanche prochain, le 11 octobre, même si Frank Engel a reconnu lui-même que les fichiers électoraux n’étaient pas «rigoureusement parfaits».

Source : Paris Match

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