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En attendant le nouveau président de la CENI, Encore des nuages épais sur le paysage politique congolais

En attendant le nouveau président de la CENI, Encore des nuages épais sur le paysage politique congolais

Ça bouge, dans le paysage politique de la RDC, depuis la fameuse lettre que sept partis de la Majorité présidentielle avaient adressée à leur autorité morale, qui se trouve être le Président de la République. La réaction à cette correspondance avait été sèche. En conséquence, cette famille politique avait prié les sept partis à vider les lieux. 

Préparés en conséquence (c’est en tout cas l’impression qu’ils donnent de par la sérénité qu’ils affichent et la promptitude avec laquelle ils poursuivent leur action), les sept partis, que tout le monde qualifie de frondeurs, s’en sont allés, et ont créé une nouvelle plate-forme, le G7, qui se range dans la vaste, variée et insaisissable famille de l’opposition. Mais ils ne sont pas en grande paix.

Les tribulations que connaissent présentement les partis formant le G7 dénotent d’une insuffisance de culture politique. C’est quelque part aussi la manifestation de l’indiscipline généralisée qui est, malheureusement, devenue la caractéristique principal des Congolais.

Alors, des deux choses l’une. Soit les réactionnaires des partis frondeurs ont raison de prétendre n’avoir pas été informés de ce qui se tramait au sein de leurs partis respectifs, à savoir la confection de la lettre à adresser au Président de la République ; soit qu’ils ont été déboussolés par la réaction ferme du Président, suivie par d’autres réactions, multiples, de la Majorité présidentielle.

Tentant alors un forcing, ils ont déclaré se désolidariser de leurs chefs des partis, s’attendant vraisemblablement à s’attirer les bonnes grâces du Président Kabila. Mais, loin d’être dupe, celui-ci ne s’est pas laissé prendre à ce jeu.

Devant remanier le Gouvernement pour, notamment, remplacer les Ministres poussés à la sortie, comme Olivier Kamitatu, Joseph Kabila a également sorti du gouvernement tous les Ministres et Vice-ministres appartenant aux partis frondeurs.

Pris à leur propre piège, ceux-ci se sont du coup sentis perdus. Ils ont alors consacré tout ce qui leur restait d’énergie à s’accrocher à quelque chose. Certains, qui ont trouvé du roc dans leurs partis, ont pensé à en créer carrément d’autres. Les autres, que certaines langues disent avoir été achetés, n’ont pas trouvé mieux que de bousculer les structures établies dans leurs partis.

Médusés, les téléspectateurs des innombrables chaînes de télévision congolaises ont alors assisté à des fantaisistes révocations et contre-révocations, au grand mépris des textes régissant ces organisations politiques. De toute façon, le respect des textes statutaires est le cadet des soucis des politiciens africains, d’une manière générale. Quoi d’étonnant qu’ils méprisent la Constitution, une fois parvenu au piédestal !

Au Gouvernement, ainsi que dans les autres institutions, comme le Parlement, ils représentaient leurs partis politiques, auxquels ils devaient donc obéissance. S’ils étaient réellement opposés au schéma suivi par leurs leaders, la logique aurait voulu qu’ils démissionnassent d’abord de leurs fonctions au Gouvernement et au Parlement et de poser ensuite leur problème dans leurs partis respectifs pour un véritable débat de fond.

A l’issue de ces confrontations, ils se décideraient, soit de rester quand même dans le parti, soit d’en partir. Mais déclarer ne pas vouloir démissionner alors que son parti est mis à l’écart montre qu’on tient plus au poste qu’au service qu’il implique.

Pour le premier cas, c’est-à-dire dans la supposition que  les leaders avaient agi sans tenir compte de leurs amis, qui étaient quand même des cadres de ces partis, c’est l’image même de ce qui a toujours été dénoncé, c’est-à-dire que les partis politiques, en RDC, sont des biens privés appartenant aux présidents-fondateurs, maîtres tout-puissants, qui se permettent tout, prennent des décisions dans le sens de leurs intérêts à eux, et pas forcément du parti. Il n’y a qu’une conception aussi paternaliste du parti politique qui peut conduire à des comportements aussi libertins.

Objectif électoral

L’agitation que connaît présentement l’univers politique congolais est relative, cela est connu, à la tenue des prochains scrutins, pas moins de sept au total, dans le pays. Dans un tel pays où la démocratie peine encore à s’asseoir sur des bases assez solides, où les idéologies sont encore des discours pieux, on ne peut que vivre de telles tribulations à l’approche des élections. Des alliances, dont certaines sont contre-nature, se font et se défont.

Entre-temps, les échéances électorales se repoussent de plus en plus. Pro et anti-glissement sont ainsi embarqués dans une mouvance qui risque d’aller les déposer là où ils ne voudront peut-être pas.

Pour commencer, le calendrier publié en février dernier par la CENI accuse, à ce jour, un grand retard qui est déjà en lui-même un glissement. Tout le pays est aujourd’hui suspendu, attendant le nouveau calendrier électoral. Deux orientations capitales sont à attendre de ce nouveau calendrier.

Soit il consacrera un vrai glissement, ne changeant simplement que des dates des dispositions déjà connues, soit il présentera un tout nouveau visage, certains scrutins étant renvoyés à plus tard, pour ne privilégier que les législatives nationales et la présidentielle qui devront garder leurs dates constitutionnelles, comme le réclament l’opposition et la communauté internationale.

Mais avant ce calendrier, qui est peut-être déjà prêt, la CENI, et avec elle le pays tout entier, attend de palier d’abord au vide créé par la démission de l’Abbé Apollinaire Malumalu. Le départ du désormais ancien président de la centrale électorale est une perte énorme qui intervient à un très mauvais moment.

Pour avoir déjà dirigé cette institution, mais également pour avoir été présent sur plusieurs terrains électoraux internationaux, l’Abbé Malumalu avait acquis une forte expérience, en dehors de sa compétence que personne de sensé ne pouvait plus remettre à caution.

Mais ce qui est fait est fait. Il faut à présent regarder droit devant. Et le devant, surtout le devant immédiat, c’est la désignation du nouveau président. En dehors de sa compétence rudement éprouvée, deux éléments devront surtout guider le choix du nouveau locataire de la présidence de la CENI : une moralité irréprochable et une forte personnalité, vu le caractère ultrasensible que revêt cette institution.

Nouveau calendrier

De quels éléments le nouveau calendrier devra-t-il tenir compte ? Tout le monde parle des nouveaux majeurs, c’est-à-dire les jeunes qui, depuis 2012, ont atteint l’âge de participer aux opérations électorales, que l’on doit enrôler. Mais cela n’est pas aussi facile qu’on se l’imagine.

On ne peut accorder à quelqu’un le droit d’être électeur que s’il bénéficie également du droit d’être éligible. Or, combien y a-t-il de nouveaux majeurs ? Les chiffres oscillent entre cinq et huit millions. Il est un secret de polichinelle que les statistiques ne sont pas le fort des Congolais.

Les enrôler équivaudrait donc à reprendre carrément les opérations de réception et traitement des candidatures pour les provinciales. Que fera-t-on dans ce cas-là des actuels candidats ? Devra-t-on tout reprendre à zéro ou ajouter simplement ceux qui, parmi les nouveaux majeurs, nourriront des ambitions électorales ?

Mais, pendant tout ce temps qui passe depuis la clôture de ces opérations, il y a certainement bien d’autres ambitions parmi les anciens majeurs, qui n’étaient peut-être pas prêtes à cette époque ! S’il faut reprendre ces opérations, les empêchera-t-on de briguer les assemblées provinciales ?

Où la CENI, qui ne cesse de pleurer, trouvera-t-elle l’argent pour y faire face ? Car il faut beaucoup d’argent pour réussir l’ensemble de ce processus électoral. Mais la santé n’a pas de prix. Et la RDC est un malade qu’il faut absolument soigner. Donc, l’argent doit absolument être trouvé et mis à la disposition de la CENI.

Mais trouver de l’argent est un fait, et quand le trouver en est un autre. Si cela doit prendre un certain temps, alors que celui-ci ne s’arrête jamais et ne tient jamais compte des sentiments et des caprices humains, faudra-t-il vraiment porter des binocles pour constater que le train est bel et bien en train de quitter les rails pour … glisser ?

Jean-Claude Ntuala

Observateur

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