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Franck Diongo – «Le Dialogue Politique N’est Qu’une Supercherie ! »

Franck Diongo – «Le Dialogue Politique N’est Qu’une Supercherie ! »

 

Sous la modération de l’ancien ambassadeur Justine Mpoyo Kasa Vubu, les députés nationaux de l’opposition Franck Diongo et Jean-Claude Vuemba Luzamba ont animé, mardi 10 novembre, un point de presse au «Press Club Brussels europe» sur le thème : « Enjeu du processus électoral, facteurs de blocage». Les deux orateurs ont imputé à «Joseph Kabila» ainsi qu’au gouvernement Matata la responsabilité du «blocage» du processus électoral. Diongo propose deux voies pour sortir de l’impasse. Primo: un « déblocage volontaire » par l’annonce par « Joseph Kabila » qu’il n’entend pas briguer un troisième mandat. Secundo : un « déblocage forcé » par l’application de l’article 64 de la Constitution qui confère à la population congolaise le droit « de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ».

A Kinshasa, deux mots reviennent dans toutes les bouches : «le dialogue». Des acteurs socio-politiques continuent à défiler au Palais de la nation où ils parlent du dialogue avec « Joseph Kabila ». La communauté internationale est en passe de mordre à l’hameçon à l’image de l’ambiance qui a prévalu à la veille des «concertations nationales» de 2013. « Consternations nationales », ironisent les Congolais de la diaspora. En cause, les recommandations issues des ces assises ont été passées par pertes et profits.

Envoyé spécial de la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Suisse Pascal Couchepin se trouve dans la capitale congolaise où il s’est entretenu notamment avec le 1er vice-président du sénat, Edouard Mokolo wa Mpombo, ainsi qu’avec le ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda. Ici aussi, le « dialogue » était au centre des conversations.

A ses interlocuteurs, l’émissaire de l’OIF a signifié le «soutien» de cette organisation internationale à la tenue d’un «dialogue inclusif» au Congo-Kinshasa dans le respect de la Constitution. Pour lui, ce dialogue est «utile et nécessaire» pour garantir l’organisation des prochaines élections « dans un climat apaisé ».

«Débloquer» le processus électoral

A Bruxelles où ils étaient de passage, les députés Franck Diongo et Jean-Claude Vuemba ne partageaient guère le point de vue de l’Envoyé de la secrétaire générale de l’OIF Michaëlle Jean.

Pour Diongo, le «blocage» du processus électoral procède d’une action organisée et planifiée et non d’une «force majeure». L’orateur n’est pas allé par le dos de la cuillère en imputant la responsabilité de cette situation à «Joseph Kabila» lequel, selon lui, «n’a plus intérêt qu’il y ait élection».

A l’appui de sa thèse, Diongo cite notamment le report sine die de l’élection des députés provinciaux prévue le 25 octobre dernier. «La CENI reste muette tant sur les causes du report de ce scrutin que sur le sort réservé à la caution versée par les candidats.» Pour lui, l’argument de
«manque d’argent» brandi par le gouvernement du Premier ministre Augustin Matata Ponyo ne résiste pas à l’analyse.

Il cite à titre d’exemple le décaissement, l’année dernière, par le même gouvernement, d’un montant d’un milliard de dollars. « Cette somme a servi au financement des dépenses non prévues dans le budget 2014 », souligne-t-il. « Cet argent aurait pourtant permis à notre pays de financer ses élections ». Et de regretter que le parlement congolais – qui est l’autorité budgétaire – n’ait pris aucune « sanction » à l’encontre de l’Exécutif national suite aux dépassements budgétaires.

Franck Diongo

Franck Diongo 

La CENI, les cours et tribunaux, la police et les services de renseignements ont pris également pour leur grade. Diongo a dénoncé l’inféodation de ces grands corps de l’Etat à l’institution Président de la République. «Joseph Kabila a inféodé toutes les institutions à sa cause, lance-t-il. Il est à la tête d’un pouvoir héréditaire et militaire. Les cours et tribunaux sont instrumentalisés pour arrêter les opposants». Ajoutant : « Le dialogue dont on parle n’est qu’une supercherie pour trouver un semblant de compromis pour mettre sur pied une transition de deux à trois ans. Une constitution aurait déjà été rédigée. Elle prévoit l’instauration d’un régime présidentiel avec un mandat qui passe de cinq à sept ans, sans limitation de nombre ».

Pour Diongo, il faut «débloquer» le processus électoral. D’abord par un «déblocage volontaire». Dans ce cas de figure, «Joseph Kabila» devrait faire un message à la nation pour annoncer qu’il renonce à briguer un troisième mandat. Dans le cas contraire, il voit un « déblocage forcé ». C’est le deuxième scénario qui passe par l’application de l’article 64 de la Constitution. « Il s’agit de la prise de conscience par le peuple congolais qu’un individu a engagé le pari de confisquer le pouvoir d’Etat ».

« Les Congolais demandent le départ de Joseph Kabila »

Le député Jean-Claude Vuemba n’a pas trouvé, pour sa part, des mots assez durs pour fustiger la «privatisation» de la police et de l’ANR (Agence nationale de renseignements) par «Joseph Kabila ». «L’ANR a fait bloquer les numéros de téléphone des leaders de l’opposition pendant quatre mois sur base d’une simple lettre adressée aux opérateurs téléphoniques », rappela-t-il sur un ton amère.

Pour lui, cet acte a causé un préjudice difficile à évaluer aux intéressés. «La police terrorise la population au lieu de la sécuriser », souligna-t-il. «Nous ne sommes pas contre le dialogue. Mais nous savons que ces discussions ne seront suivies d’aucun effet pour la simple raison que Joseph Kabila n’a jamais respecté sa parole.» Il cite à titre d’exemple les recommandations issues des Concertations nationales.

Vuemba de rappeler avec étonnement la mission confiée au patron de l’ANR en mai dernier pour prendre amorcer le contact avec les représentants des forces politiques. «Joseph Kabila a confié cette mission à Kalev Mutond, un homme qui est considéré comme un tortionnaire ». Il cite dans la foulée la découverte de 425 corps dans un charnier à Maluku.

A en croire Vuemba, les «Occidentaux» ont demandé aux forces politiques « de faire preuve de patience ». En guise de conclusion, il lance : «La population congolaise ne demande qu’une chose : le départ de Joseph Kabila. Toute personne qui ira à ce dialogue sera responsable de ses actes ».

Lors du jeu de question-réponses, Franck Diongo a abordé les relations existant entre l’opposition et les personnalités du «G7». « Notre priorité aujourd’hui est d’obtenir le déblocage du processus électoral. Le bon sens commande que nous puissions bâtir notre unité non pas autour des individualités mais plutôt des valeurs et d’un programme. Le moment venu, nous verrons bien qui d’entre nous pourra être porteur de ce programme. Un programme qui doit être la réponse à la question de savoir quelle société congolaise nous voulons demain.»

Dans ses premiers mots, la modératrice Justine Mpoyo Kasa Vubu avait estimé que « l’heure est grave ! » Elle a conclu en faisant remarquer que le dialogue annoncé est loin d’être au service de l’intérêt général. Elle dit redouter que le pouvoir kabiliste se serve de l’UDPS comme alibi pour
«légitimer» ces assises.

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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