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Le « Clan Kabiliste » Fait À Mukwege Un Procès En Sorcellerie…

Le « Clan Kabiliste » Fait À Mukwege Un Procès En Sorcellerie…

Le « Clan Kabiliste » Fait À Mukwege Un Procès En Sorcellerie…
Summary:
Au cours d’un point de presse qu’il a animé, jeudi 24 mars, à Kinshasa, le ministre congolais de la Communication et porte-parole – plus de « Joseph Kabila » que… – du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, a reproché au docteur Denis Mukwege « de faire de la politique ». Une accusation aux allures de « procès en sorcellerie » alors que ce médecin n’a fait, en sa qualité de citoyen, qu’exercer son droit à la liberté d’expression. Bref, le droit de critiquer le gouvernement de son pays.

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Le « Clan Kabiliste » Fait À Mukwege Un Procès En Sorcellerie…

Au cours d’un point de presse qu’il a animé, jeudi 24 mars, à Kinshasa, le ministre congolais de la Communication et porte-parole – plus de « Joseph Kabila » que… – du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, a reproché au docteur Denis Mukwege « de faire de la politique ». Une accusation aux allures de « procès en sorcellerie » alors que ce médecin n’a fait, en sa qualité de citoyen, qu’exercer son droit à la liberté d’expression. Bref, le droit de critiquer le gouvernement de son pays.

Analyse

Qu’est ce que la politique? Que veut dire « faire de la politique »? Voilà deux questions que de nombreux observateurs n’ont pas manqué de se poser après le « lynchage » dont a été l’objet le chirurgien congolais Denis Mukwege de la part du ministre de la Communication et médias, Lambert Mende Omalanga.

Invité, mardi 15 mars, à animer une conférence à l’Institut français de Kinshasa, Docteur Mukwege a déclaré notamment « qu’on a trop parlé de viol, de guerre, de destruction, il est temps que nous puissions également parler du développement ».

A l’instar de la grande majorité de ses concitoyens, l’orateur a exprimé des inquiétudes face aux incertitudes qui planent sur l’année 2016. Une année qui est censée être celle de l’alternance démocratique avec l’expiration du second et dernier mandat de « Joseph Kabila ». Pour Mukwege, ce sera l’occasion de parler enfin de « développement ».

Mende Omalanga qui confond la noble mission d’un porte-parole du gouvernement à celle d’un « aboyeur de la République » s’est cru en droit de se livrer au « lynchage médiatique » de Denis Mukwege lors d’un point de presse qu’il a animé jeudi 24 juin.

En gros, l’ex-opposant qui prétendait se battre, sous Mobutu Sese Seko, pour les droits et libertés, articule quatre accusations à l’encontre du directeur de l’hôpital de Panzi, au Sud Kivu Primo : Mukwege « a délaissé le sujet qui l’a rendu célèbre à travers le monde, les femmes violées de Panzi, pour parler exclusivement de politique politicienne ». Secundo : « (…), il court le monde et se constitue un joli pactole sur lequel il refuse de rendre compte à quiconque, même pas au fisc de son pays ». Tertio: « Faire croire que l’alternance démocratique est synonyme de la fin de la guerre et de ses corollaires que sont l’absence de l’Etat de droit et le déni de justice relève du leurre parfait ». Quarto : (…) le procès d’intention fait au président Joseph Kabila par certains de ses sponsors de se préparer à refuser l’alternance démocratique ».

Il est symptomatique que le porte-parole du gouvernement d’un Etat qui se dit « démocratique » se serve d’un média public, en l’occurrence la télévision nationale, pour jeter en pâtures un concitoyen qui a eu le courage de dénoncer les dysfonctionnements qui affectent le pouvoir.

N’en déplaise à Mende qui se prend pour un percepteur d’impôt, il n’y a rien de « politique politicienne » dans le discours tenu par Mukwege. Le mot politique qui vient du vocable grec « Polis », concerne tout ce qui est en rapport avec l’organisation de la vie collective. En fait, tout est politique. On peut citer : le logement, l’emploi, la sécurité des personnes et des biens, l’éducation, la santé, la fourniture d’eau et d’électricité etc.

N’en déplaise à Mende, un citoyen est parfaitement en droit « de faire de la politique » soit en tant que gouvernant ou en tant qu’opposant. A ce dernier titre, le citoyen est en droit de contester le gouvernement de son pays. Le citoyen a parfaitement le droit demander à haute voix si son pays était conduit dans la bonne direction. Il n’y a rien d’illégal. Encore moins de « politique politicienne ».

N’en déplaise à Mende enfin, la vie est le bien le plus précieux à tout être humain. Il en est de même de la dignité. Le rôle de tout gouvernement est de procurer à sa population un cadre de vie de qualité. Un cadre de vie débarrassé de la peur. Quinze années après l’accession de « Joseph Kabila » à la tête du Congo-Kinshasa, les Congolais ont peur non seulement du présent mais aussi l’avenir.

L’échec est patent en matière de sécurité des personnes et des biens. La population vit constamment dans la peur des bandes armées qui pullulent au Nord Katanga, au Nord Kivu, au Sud Kivu et dans l’Ituri. Pas moins d’un millier d’habitants du Territoire de Beni ont été massacrés, depuis le mois d’octobre 2014 à ce jour, sans que les auteurs présumés de ces crimes soient identifiés et punis. L’impunité est devenue un des signes particuliers du régime en place.

Ouvrons la parenthèse. A Butembo, la population pleure le père Vincent Machozi Karunzu qui a été tué par des « inconnus » au cours de ce mois de mars. Les obsèques ont eu lieu le mercredi 23 mars. Le défunt était connu pour son franc-parler. Il semble bien qu’il avait l’habitude de dire la vérité « en dénonçant ce qui ne marche pas ». Saura-t-on la vérité sur cet homicide dans ce pays où tous les enquêtes sont éternellement « en cours »? Fermons la parenthèse.

Lambert Mende Omalanga a tort de qualifier l’intervention de Mukwege à l’Institut français de Kinshasa de « discours politicien » et « grossièrement racoleur ». Il a également tort de parler de « procès d’intention fait à Joseph Kabila » par des prétendus « sponsors » de Denis Mukwege selon lequel « le président sortant se prépare à refuser l’alternance démocratique ». Des preuves? « Nous devons permettre au PPRD et à son ’fondateur’ de conserver le pouvoir », déclarait Evariste Boshab, alors secrétaire général du PPRD. C’était lors du mini-congrès organisé du 12 au 13 avril 2014 à Mbandaka. Au mois de novembre de la même année, Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale et secrétaire général de la Majorité présidentielle a eu ces mots lors d’une émission sur Télé 50 : « Nous allons tout faire pour conserver le pouvoir selon le standard universellement admis sur le plan démocratique ». « Le respect de la Constitution (…) signifie notamment le respect de sa procédure », ajoutait-il. Devrait-on organiser un référendum constitutionnel juste pour préserver les intérêts mafieux d’une oligarchie?

A l’instar de Denis Mukwege, la grande majorité des Congolais considère, plus à raison qu’à tort, l’alternance démocratique à venir comme un moment d’espoir. L’espoir du Changement.

B.A.W/CI

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