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Le despote du Burundi ne veut pas lâcher le pouvoir: troisième mandat, révision de la Constitution, jusqu’où ira Nkurunziza ?

Le despote du Burundi ne veut pas lâcher le pouvoir: troisième mandat, révision de la Constitution, jusqu’où ira Nkurunziza ?

Le jeudi 26 avril marquera le déclenchement, il y a trois ans, de la crise politique et sécuritaire qui secoue le Burundi.  Cette crise, liée au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza au pouvoir depuis 2005, a aujourd’hui comme toile de fond la révision de la Constitution. 

Le despote du Burundi ne veut pas lâcher le pouvoir: troisième mandat, révision de la Constitution, jusqu’où ira Nkurunziza ?
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Le jeudi 26 avril marquera le déclenchement, il y a trois ans, de la crise politique et sécuritaire qui secoue le Burundi.  Cette crise, liée au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza au pouvoir depuis 2005, a aujourd’hui comme toile de fond la révision de la Constitution. 

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Le despote du Burundi ne veut pas lâcher le pouvoir: troisième mandat, révision de la Constitution, jusqu’où ira Nkurunziza ?

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Le jeudi 26 avril marquera le déclenchement, il y a trois ans, de la crise politique et sécuritaire qui secoue le Burundi.  Cette crise, liée au troisième mandat du président Pierre Nkurunziza au pouvoir depuis 2005, a aujourd’hui comme toile de fond la révision de la Constitution.

Réélu le 21 juillet 2015 pour un 3ème mandat très contesté lors d’un scrutin présidentiel boycotté par l’opposition, Pierre Nkurunziza est, en effet, resté insensible aux appels incessants de l’opposition, qui prônait le dialogue en vue d’une sortie de crise.

La violation de la Constitution est pourtant évidente. Il ne peut y avoir plus de deux mandats présidentiels consécutifs.

Face à cela, Nkurunziza restait pourtant serein, s’empressant de rassurer la population.

«Vous avez déjà élu vos dirigeants, nous sommes au travail, que personne ne vienne vous distraire ou vous annoncer une éventuelle catastrophe en vue», a-t-il déclaré en décembre dernier, dans un discours prononcé au chef-lieu de la province de Ngozi (120 km de Bujumbura vers le nord).

Parallèlement, comme pour clouer le bec de ses nombreux détracteurs, le chef de l’Etat burundais a ouvert un autre chantier encore plus controversé : la Constitution de mars 2005.

De guerre lasse et consciente de l’approche d’un nouveau rendez-vous électoral, l’opposition radicale qui dénonçait l’illégalité du 3ème mandat de Pierre Nkurunziza a progressivement changé son fusil d’épaule, trois ans après.

La discorde est désormais autour de l’imminente réforme de la Constitution.

«A près de deux ans des élections générales, le débat sur l’illégalité du 3ème mandat n’est plus d’actualité, c’est un mandat quasiment consommé de fait », a déclaré à Anadolu Jérémie Ndikuriyo, militant du parti Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu), une des principales forces de l’opposition burundaise.

Le compte à rebours est déjà enclenché. Le 17 mai prochain, les Burundais sont appelés à se prononcer sur le nouveau projet de constitution dans le cadre d’un référendum.

Selon de nombreux observateurs, en révisant la Constitution de 2005, issue de l’Accord de paix d’Arusha qui avait mis fin à une décennie de guerre civile, Pierre Nkurunziza met en péril l’unité, encore fragile, des Burundais.

La nouvelle Constitution à soumettre au vote référendaire en mai prochain apporte deux changements majeurs : le mandat présidentiel passe de 5 à 7 ans et il est «renouvelable».

Toute référence à l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi est gommée.

«Ce que veut faire Pierre Nkurunziza en révisant la Constitution est plus grave que son 3ème mandat illégal, il fait table rase des résultats déjà atteint sur le terrain de la réconciliation et de la cohésion sociale, le monde entier devrait se lever pour l’en empêcher», a déclaré à Anadolu l’opposant Tatien Sibomana, porte-parole du parti Union pour le progrès national (Uprona).

Du nom de la ville d’Arusha en Tanzanie, l’accord de paix pour le Burundi a été signé le 28 août 2000, après plus de deux ans de laborieuses négociations sous l’égide de l’ancien président sud-africain, Nelson Mandela, pour tenter de mettre fin à la guerre civile burundaise déclenchée en 1993.

L’effet de cet accord sur l’unité des Burundais est indéniable.

En l’espace d’une décennie, le tissu social, jadis écartelé, s’est ressoudé un tant soit peu, en particulier au sein de l’armée, historique pomme de discorde entre les Hutus et les Tutsis, deux principales ethnies rivales du Burundi.

Au lendemain de l’accord d’Arusha, le Burundi est devenu un cas d’école ou un modèle de réconciliation jusqu’en 2015.

D’aucuns estiment que le rendez-vous du 17 mai est déterminant, tant du côté du pouvoir et ses acolytes que de celui de l’opposition.

En cas de scénario bonheur, le référendum se fera sans heurts et Pierre Nkurunziza aura définitivement tourné la page de l’actuelle Constitution et de son 3ème mandat, resté comme une épine dans la gorge.

La population (massivement rurale et acquise à sa cause en apparence) fera avec. La communauté internationale aussi.

Dans l’hypothèse d’un scénario catastrophe, les différents mouvements rebelles ayant déjà déclaré la guerre à Pierre Nkurunziza perturberont le processus et le Burundi s’enlisera de nouveau dans une spirale de violences, avec son corolaire de violations des droits humains, de morts et de flux d’exilés.

Dans tous les cas, en révisant la constitution, Pierre Nkurunziza aura douché les espoirs de ceux qui croyaient encore au dialogue inclusif d’Arusha.

Au point mort depuis quelques mois, ce dialogue inter-burundais initié il y a trois ans à Arusha sous l’égide de la Communauté est-africaine (CAE) est encore réclamé par l’opposition et la communauté internationale comme unique voie de sortie de crise.

Le 4ème et dernier round des négociations a eu lieu du 27 novembre au 8 décembre dernier.

Bujumbura et ses opposants radicaux ont laissé en suspens bien des points de divergence, notamment la “levée des mandats d’arrêt et l’amnistie des détenus politiques” et “le dialogue avec les groupes armées». Bujumbura a déjà exprimé sa volonté de le rapatrier.

Pour pérenniser son pouvoir, Pierre Nkurunziza mise, d’une part, sur l’appui de la population dont une bonne frange est analphabète et docilement réceptive à ses propagandes anti-occident ; d’autre part, il compte sur des nouveaux partenaires financiers et privilégie ouvertement l’axe Asie-Russie.

Depuis fin avril 2015, le pays a plongé dans une grave crise, émaillée de violences, suite à la candidature du président Pierre Nkurunziza à un 3ème mandat, qu’il a obtenu en juillet de la même année, en violation de l’accord d’Arusha et de la Constitution qui en est l’émanation.

Les violences générées par cette crise ont déjà fait plus d’un millier de morts et poussé plus de 430.000 personnes à fuir le pays, selon un rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) publié le 31 mars 2018.

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