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Le retour de l’affaire libyenne de Sarkozy

Le retour de l’affaire libyenne de Sarkozy

 

Mediapart révèle, ce jeudi 12 novembre 2015, qu’une expertise judiciaire, commandée par deux juges chargés d’instruire la plainte pour « faux et usage de faux » de Nicolas Sarkozy après la publication par Mediapart d’un document officiel libyen sur des soupçons de corruption, conclut à un « document authentique ayant existé sur support physique ». Une précédente expertise avait déjà conclu à l’authenticité de la signature, attribuée à l’ancien chef des services secrets libyens.

Le dossier d’instruction des juges René Cros et Emmanuelle Legrand, qui enquêtent depuis plus de deux ans sur une plainte pour « faux et usage de faux » de l’ancien président de la République après la publication par Mediapart d’un document officiel libyen sur des soupçons de corruption, s’est enrichi la semaine dernière d’une pièce déterminante. Il s’agit d’une expertise judiciaire qui conclut à un « document authentique ayant existé sur support physique ». Mediapart n’est pas surpris : nous ne cessons d’affirmer depuis trois ans que ce document, obtenu auprès des sources les plus fiables, est authentique.

Pour juger de l’authenticité matérielle (ou non) du document, les juges ont saisi un ingénieur et docteur en informatique, Roger Cozien. Son travail relève à la fois de l’autopsie et de l’entomologie. Comment faire parler un fichier numérique ? A-t-il été trafiqué ? Manipulé ? Altéré ? Provient-il d’un document réel ? Si oui, ce document a-t-il été lui-même falsifié d’une manière ou d’une autre ? La science peut répondre à toutes ces questions.

Le rapport (dont les conclusions sont publiées sur Mediapart) fait 60 pages.

  • Il dit d’abord : « Après de multiples calculs et l’emploi de tous les filtres utiles du logiciel Tungstene, aucune trace d’altération, et encore moins de falsification volontaire, n’a été détectée. Nous avons poussé au maximum de leurs possibilités les mathématiques dont nous disposons. Tout laisse à penser que l’image numérique contenue dans le fichier source (objet de notre expertise) a été initialement le résultat d’un processus de numérisation d’un document physique, vraisemblablement en matière papier. »
  • Il poursuit : « Nous avons pu déterminer que le document, qui aurait été numérisé, présentait des caractéristiques physiques classiques et symptomatiques d’un tel objet physique, présentant un certain niveau d’usure voire de vieillissement. Nous avons pu déterminer que différentes encres ont été utilisées vraisemblablement, à différents moments dans la vie du document physique. L’ensemble de ces résultats militent très fortement en faveur d’un document physique ayant réellement existé et qui aurait été numérisé, afin de produire une image numérique primaire. »
  • Et il conclut : «La très grande cohérence entre l’examen et l’intuition visuelle et sémiotique, d’un côté, et les résultats de l’analyse multi-spectrale, de l’autre, nous incite à privilégier l’option d’un document authentique ayant existé sur support physique.»

Article de Fabrice Arfi et Karl Laske : Le retour de l’affaire libyenne de Sarkozy

http://www.mediapart.fr/journal/international/121115/le-retour-de-laffaire-libyenne-de-sarkozy

En avril 2012, Mediapart rendait public un document issu des archives officielles libyennes qui avait échappé, parmi d’autres, aux destructions de la guerre. Datée de décembre 2006, cette note signée de l’ancien chef des services secrets extérieurs libyens, Moussa Koussa, évoquait le déblocage par le régime de Tripoli d’une somme de 50 millions d’euros en faveur de Nicolas Sarkozy à l’occasion de la campagne présidentielle de 2007.

La note était adressée à Bachir Saleh, directeur de cabinet de Kadhafi et président de l’un des fonds souverains du pays, le Libyan Africa Portfolio (LAP). « Un faux grossier », avait fini par tonner l’ancien chef de l’État français après deux jours de silence.

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