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Les congolais ne résistent pas à la faim: la vie reprend à Kinshasa, « l’article 15 » plus fort que la Constitution

Les congolais ne résistent pas à la faim: la vie reprend à Kinshasa, « l’article 15 » plus fort que la Constitution

Les congolais ne résistent pas à la faim: la vie reprend à Kinshasa, « l’article 15 » plus fort que la Constitution
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Après deux jours de paralysie, la vie a lentement repris mercredi à Kinshasa: l'officieux "article 15", qui dicte la débrouille et la survie dans l'argot kinois, l'a finalement emporté sur les conflits d'interprétation meurtriers de la Constitution.

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Les congolais ne résistent pas à la faim: la vie reprend à Kinshasa, "l'article 15" plus fort que la Constitution

Après deux jours de paralysie, la vie a lentement repris mercredi à Kinshasa: l’officieux « article 15 », qui dicte la débrouille et la survie dans l’argot kinois, l’a finalement emporté sur les conflits d’interprétation meurtriers de la Constitution.

Mercredi, les commerces ont commencé à rouvrir, et les étals de viande, de fruits ou de recharges de téléphone sont réapparus le long des artères de la capitale de la République démocratique du Congo. Les habitants sont ressortis dans la rue, où les transports en commun ont partiellement repris.

Durant deux jours, l’immense majorité des 10 millions d’habitants était restée cloîtrée, alors que le président Joseph Kabila a conservé son pouvoir au-delà de l’échéance de son mandat mardi, après le report sine die de l’élection présidentielle qui aurait dû avoir lieu cette année.

Mardi, des affrontements entre jeunes hostiles à M. Kabila et les forces de l’ordre ont fait au moins neuf morts à Kinshasa, selon le bilan du gouvernement.

Les partisans du chef de l’État justifient son maintien par l’article 70 de la Constitution stipulant qu' »à la fin de son mandat, le président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu ».

Les anti-Kabila, eux, veulent le chasser du pouvoir au nom de l’article 64 selon lequel « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la Constitution ».

Finalement, « c’est l’article 15 qui a gagné », résume Maître Bera, assis à une « terrasse » (bar en extérieur) du quartier de Matonge.

« Le Congolais ne regarde pas seulement les politiciens, il regarde aussi son ventre. Et aujourd’hui, il a vraiment faim », explique à l’AFP ce trentenaire au look soigné, les yeux cachés derrière des lunettes de soleil Armani de contrefaçon.

Si son origine reste obscure, l' »article 15″ est connu de tous dans un pays miné depuis des décennies par la misère. L’expression signifie : « Débrouillez-vous ! ».

Prix en hausse

« Les gens ont besoin de retourner au boulot pour faire vivre leur famille. Deux jours, c’est beaucoup. Ils n’ont pas de provisions, ils sont obligés de chercher quelque chose à manger le soir », explique Albert Djamba, patron d’une terrasse.

« Ils attendaient juste le bon moment pour revenir casser des pierres », poursuit-il en utilisant une expression imagée locale (« kobeta libanga ») décrivant les efforts faits pour trouver un gagne-pain journalier qui permette de nourrir ses proches le soir de retour à la maison.

A deux pas du stade Tata-Raphaël, Simon Yana a réinstallé son stand, quatre fils tendus entre deux poteaux auxquels sont suspendus une vingtaine de maillots de la sélection nationale, du Motema Pembe et du V Club, les deux principaux clubs de Kinshasa.

« Les derniers jours, ce n’était pas bon. C’était dangereux et il n’y avait pas de transports, personne ne pouvait venir acheter. Si je ne travaille pas, c’est dur de manger », explique ce père de famille de 42 ans.

« Aujourd’hui, ce n’est pas aussi vivant que d’habitude mais j’espère vendre trois maillots », explique-t-il. Un jour « normal », il en vendrait « six ou sept ».

A dix dollars pièce, les gains espérés à la fin de la journée lui permettront de subsister quelques jours, avec sa femme et ses deux enfants, dans un pays où les prix des denrées ne cessent d’augmenter.

Le règne de « l’article 15 » n’aura été que brièvement interrompu dans la capitale congolaise.

Mais Maître Bera tempère: « L’article 15 n’existe plus vraiment en ce moment, parce qu’il n’y a plus de liquidités. Tout se chamboule avec les prix qui augmentent ».

Pour Albert le patron de terrasse, au-delà de l’argent, c’est aussi l’esprit de « Kin » (surnom de Kinshasa) qui a poussé les gens à ressortir. « Plus de deux jours sans ambiance, pour les Kinois ce n’est pas possible », sourit-il: « Ils aiment manger, ils aiment boire, eux et leurs chéries ».

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