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L’UKRAINE GUETTE LES RÉSULTATS DES ÉLECTIONS LOCALES, UN TEST POUR LE POUVOIR

L’UKRAINE GUETTE LES RÉSULTATS DES ÉLECTIONS LOCALES, UN TEST POUR LE POUVOIR

Les Ukrainiens étaient dans l’attente lundi des premiers résultats des élections locales, qui représentent un test pour le président Petro Porochenko dont la popularité s’est considérablement effritée après un an et demi de mandat, marqué par un sanglant conflit armé dans l’Est et une grave crise économique.


 

« Le vote est terminé. Comme tous les Ukrainiens, je tiens à un décompte honnête et transparent des voix et à une annonce rapide des résultats », a écrit le président ukrainien sur sa page Facebook.

L’éventuelle percée des prorusses a dominé dimanche le scrutin, où plus de 200.000 candidats étaient en lice pour des postes de maires et autres élus municipaux et régionaux.

Une telle percée, notamment dans les régions clés de l’Est et du Sud, risquerait de freiner le rapprochement avec l’Union européenne promu par le chef de l’Etat, voire de raviver, selon certains, des pulsions séparatistes dans ces territoires.

Un résultat défavorable pour les formations prooccidentales pourrait également affaiblir encore la fragile coalition majoritaire au Parlement et entraîner des remaniements au gouvernement, estiment les analystes.

Les résultats définitifs ne seront pas connus avant plusieurs jours, étant donné les modalités de comptage particulièrement compliquées.

Selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote, les candidats prorusses semblaient bien placés à Kharkiv, grande ville industrielle à proximité de l’Est rebelle dont le maire sortant, Guennadi Kernes, devrait être réélu dès le premier tour.

Le personnage est pourtant des plus controversés. Ex-allié de l’ancien président Viktor Ianoukovitch ayant mis au pas la presse indépendante et victime d’une tentative d’assassinat en avril 2014, il est poursuivi pour enlèvements et tortures contre des manifestants proeuropéens.

A Odessa, autre ville clé, le maire sortant prorusse arrivait également en tête mais un second tour contre un partisan du président n’est pas exclu.

Le maire de Kiev, le boxeur Vitali Klitschko dont le parti a fusionné avec celui du chef de l’Etat, a pour sa part obtenu le score le plus élevé dans la capitale ukrainienne mais il ne devrait pas échapper à un second tour, vraisemblablement contre un autre pro-occidental.

– ‘Pas de grand vainqueur’ –

D’après l’analyste Serguiï Foursa, de la société d’investissement ukrainienne Dragon Capital, le parti du président devrait remporter « près de 30% des voix alors que la crise économique fait rage » et que le pays fait face à un conflit entre troupes ukrainiennes et combattants prorusses dans l’Est, qui a fait plus de 8.000 morts en 18 mois.

« C’est un résultat phénoménal », a-t-il écrit sur Facebook. De nombreux analystes sont néanmoins beaucoup moins optimistes.

« Mes impressions des élections en Ukraine: faible participation, un tableau mitigé avec de grandes disparités régionales, pas de grand vainqueur », a écrit sur son compte Twitter le Suédois Anders Aslund, spécialiste de l’économie ukrainienne.

Selon l’ONG ukrainienne Opora, le taux de participation s’est établi à 46,5%, l’un des plus faibles qu’ait jamais connu le pays.

Plus de 1.500 observateurs internationaux ont par ailleurs surveillé le déroulement des élections et le dépouillement des bulletins de vote, dispositif inédit témoignant du caractère exceptionnel de ce scrutin.

Les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) doivent rendre public leur rapport sur le scrutin lundi à 12H30 GMT.

Dès son ouverture, le scrutin a cependant été terni par l’annulation du vote à Marioupol, un port stratégique d’un demi-million d’habitants où les prorusses faisaient course en tête. Les bureaux de vote n’y ont tout simplement pas ouvert car « les bulletins ont été imprimés avec des violations grossières » qui auraient pu favoriser la fraude, avait expliqué la commission électorale locale.

On ignorait qui avait pris l’initiative de ne pas ouvrir les bureaux, mais cette situation illustre les difficultés du pouvoir à contrôler cette ville située entre la frontière russe et la Crimée annexée par le Kremlin en 2014, contre laquelle les séparatistes prorusses avaient déclenché de multiples offensives.

Le président Porochenko a jugé la situation « absolument inacceptable » et demandé au Parlement d’y organiser un nouveau scrutin, dès le 15 novembre.

Les élections de dimanche n’ont pas eu lieu dans les zones rebelles mais devraient s’y dérouler l’année prochaine.

Signe de la fragilité de la trêve dans l’Est, Kiev avait également renoncé à l’organisation du scrutin dans 122 localités du Donbass contrôlées par l’armée ukrainienne mais situées sur la ligne du front où les combats ont quasiment cessé depuis septembre.

Afrique Rédaction 

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