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LUTTE CONTRE BOKO HARAM: LE PRÉSIDENT NIGÉRIAN LIMOGE LES CHEFS DE L’ARMÉE

LUTTE CONTRE BOKO HARAM: LE PRÉSIDENT NIGÉRIAN LIMOGE LES CHEFS DE L’ARMÉE

Le président nigérian Muhammadu Buhari, interviewé par l’AFP, le 14 juin 2015 à Johannesburg | AFP/Archives | Mujahid Safodien


Le président nigérian Muhammadu Buhari a limogé et remplacé lundi l’ensemble des chefs de l’armée nommés par son prédécesseur, une mesure largement attendue compte tenu de la multiplication récente des attentats commis par Boko Haram.

M. Buhari, élu en mars face au président sortant Goodluck Jonathan et investi le 29 mai, a fait de la lutte contre le groupe islamiste la priorité de son mandat. Ces nominations sont les plus importantes depuis sa prise de fonctions, dans un pays qui n’a toujours pas de gouvernement.

Peu avant cette annonce lundi, un nouveau kamikaze se faisait exploser dans le nord-est du Nigeria, et le Cameroun voisin, déjà maintes fois touché par des raids meurtriers et des enlèvements, a été à son tour dimanche soir le théâtre d’un double attentat-suicide, le premier sur son sol, avec un bilan de 11 morts.

“Le président a relevé de leurs fonctions (…) les chefs de l’armée (de terre), de l’armée de l’air et de la marine”, a précisé à l’AFP Femi Adesina, porte-parole de la présidence.

Le général Kenneth Minimah, à la tête de l’armée de terre, Adesola Amosu, patron de l’armée de l’air, et Usman Jibrin, qui dirigeait la marine, avaient tous été nommés par Goodluck Jonathan en janvier 2014.

L’armée a été très critiquée pour n’avoir pu contenir l’insurrection islamiste, désormais affiliée au groupe jihadiste Etat islamique (EI). Les attaques et exactions de Boko Haram, ainsi que la répression menée par les forces de l’ordre, ont fait plus de 15.000 morts et 1,5 million de déplacés au Nigeria en six ans.

Le chef d’état-major des armées, Alex Badeh, et le conseiller national pour les questions de sécurité, Sambo Dasuki, ont également été remplacés.

Selon la présidence, six nouveaux responsables ont été nommés dans la foulée: Abayomi Gabriel Olonishakin comme chef d’état-major, T.Y. Buratai à la tête de l’armée de terre, Ibok-Ete Ekwe Ibas pour la marine, Sadique Abubakar pour l’armée de l’air, Monday Riku Morgan comme chef des services de renseignement de l’armée, et Babagana Monguno comme conseiller national à la sécurité.

Le président Buhari, qui a “remercié” tous les officiers limogés pour “les services rendus à la nation”, selon un communiqué de la présidence, a également précisé que tous les nouveaux chefs militaires avaient été choisis pour leurs mérites.

“Vous tous, y compris les conseillers pour la sécurité nationale, avez été choisis pour vos mérites”, a-t-il dit.

– Flottement post-présidentielle –

L’ex-chef d’état major Alex Badeh avait promis, lors de sa prise de fonctions le 20 janvier, que l’insurrection “serait entièrement stoppée d’ici avril 2014”.

Mais sur le terrain des troupes démoralisées et mal équipées n’ont pu faire face à l’avancée des islamistes, qui ont réussi à s’emparer de pans entiers de territoires l’an dernier dans le nord-est du Nigeria.

Le lancement, début 2015, d’une opération militaire régionale dans laquelle le Tchad est en première ligne et le recours à des mercenaires étrangers ont permis de chasser Boko Haram des zones sous son contrôle.

Mais, dans la période de flottement qui a suivi l’investiture de M. Buhari, et dans l’attente du déploiement, prévu à la fin du mois, d’une force multinationale de 8.700 hommes censée permettre une meilleure coordination régionale, les violences ont repris de plus belle, au Nigeria et dans les pays voisins.

M. Buratai, nouveau chef de l’armée de terre, avait été choisi pour diriger cette force militaire multinationale. On ignore pour l’instant qui va être nommé pour le remplacer.

Au moins 570 personnes ont péri dans les violences islamistes au Nigeria depuis le 29 mai, selon un comptage de l’AFP.

Un kamikaze s’est fait exploser lundi à un poste de contrôle militaire en périphérie de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, au milieu d’un groupe de voyageurs, ont rapporté à l’AFP des miliciens qui épaulent l’armée. Aucun bilan n’a été communiqué.

Samedi, cette grande ville avait déjà été frappée par un attentat-suicide: deux kamikazes avaient déclenché leurs explosifs aux abords d’une gare routière, faisant deux morts. Cet attentat avait été revendiqué par Boko Haram, tout comme celui perpétré le même jour dans la capitale tchadienne et qui a fait 15 morts.

Dimanche soir, c’est la ville de Fotokol, dans l’extrême nord du Cameroun, qui a été ciblée par un double attentat-suicide: au moins 11 personnes ont péri, dont un militaire tchadien.

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