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Mbandaka : reprise du procès du massacre du village de Yalisika à l’Equateur

Mbandaka : reprise du procès du massacre du village de Yalisika à l’Equateur

En République démocratique du Congo, le procès Yalisika reprend ce lundi 5 octobre après avoir été interrompu pendant trois mois. Ce procès qui se déroule à Mbandaka est pris en charge par la Cour militaire de la province de l’Equateur. Le colonel Koyo, ancien commandant de la police, et cinq autres policiers et militaires sont poursuivis pour des crimes commis contre la population du village de Yalisika, le 2 mai 2011. Mais cette affaire met aussi en scène la Société industrielle et forestière du Congo (Siforco).

Les faits remontent à 2011. A l’époque, la société Siforco, qui exploite un site forestier à côté du village de Yalisika, a un contentieux avec ses habitants. Une plainte de la Siforco est déposée en avril 2011 et le 2 mai, un groupe composé de militaires et de policiers investit violemment le village de Yalisika. Il y a des maisons incendiées, des pillages, des viols, dont des viols sur mineures.

Les habitants de ce village, dont une quarantaine se sont constituée partie civile, affirment que les militaires ont agi sur ordre de la Siforco. Depuis, les victimes affirment avoir reçu des menaces lors de l’enquête, comme l’explique Josselin Léon, chef de mission pour Avocat sans frontières en RDC, qui assiste techniquement et juridiquement les avocats engagés dans cette affaire : « Il y a eu plusieurs incidents comme des intimidations ou des menaces au point que des mesures de protection ont dû être adoptées. Les noms des victimes ont été codifiés. Les victimes, lorsqu’elles devront comparaître pour expliquer leur version des faits, le feront à visage caché pour qu’elles ne puissent pas être identifiées ».

Une situation qui n’est plus tenable pour Josselin Léon : « Ça fait déjà quatre ans que les faits remontent. Ces victimes aujourd’hui attendent que la justice traite le dossier et, bien entendu, elles souhaitent voir les coupables ensuite condamnés. La justice congolaise a démontré sa capacité à pouvoir juger les violations graves des droits de l’homme dans des situations extrêmement complexes. Et nous espérons bien entendu qu’elles puissent veiller à toutes les exigences d’un procès équitable. Nous sommes dans un cas où on est dans un contexte de paix relative. Les droits humains des populations doivent aussi être respectés dans le cadre de l’exploitation forestière et industrielle ».

Pas d’implication pour la Siforco

La Siforco n’a pas été directement citée à comparaître. Mais l’avocat de la compagnie confirme qu’il s’exprimera lors du procès pour expliquer la version des faits défendue par son client. Maître Théodore Amisi dément toute collusion entre les autorités locales et la Siforco.

Les véhicules réquisitionnés par les policiers et les militaires pour se rendre au village de Yalikisa appartenaient bien à la Siforco, mais ce n’était en rien un conflit d’intérêts, d’après Maître Amisi, juste un concours de circonstances : « Les forces de l’ordre qui avaient été envoyées par l’autorité publique se dirigeaient vers Botanga à bord d’un véhicule loué chez un particulier. Celui-ci est tombé en panne. On ne pouvait recourir qu’à la Siforco pour mettre à la disposition des forces de l’ordre un véhicule. C’est une réquisition. Donc ma cliente n’avait pas à refuser de mettre à la disposition de l’Etat les véhicules. Ce faisant, elle n’a pas commandité les actes. Il revenait aux éléments envoyés de bien faire le travail. Ce n’est pas les véhicules qui ont poussé les gens à commettre les exactions ».
RFI

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