Share
Adieu l’artiste: Mohamed Ali meurt à l’âge de 74 ans

Adieu l’artiste: Mohamed Ali meurt à l’âge de 74 ans

Adieu l’artiste: Mohamed Ali meurt à l’âge de 74 ans
Summary:
Il n'aura pas été le meilleur boxeur du XXe siècle. Il n'en aura pas été le meilleur athlète non plus. Mais Mohamed Ali, mort vendredi soir, aura été sans aucun doute le plus grand d'entre eux. La légende de la boxe est décédée vendredi à l'âge de 74 ans à Phoenix, en Arizona, a annoncé sa famille dans un communiqué.

0%

Adieu l'artiste: Mohamed Ali meurt à l'âge de 74 ans

Mohamed Ali, en 1965, après avoir passé le K.-O. à Sonny Liston. PHOTO ARCHIVES AP


Il n’aura pas été le meilleur boxeur du XXe siècle. Il n’en aura pas été le meilleur athlète non plus. Mais Mohamed Ali, mort vendredi soir, aura été sans aucun doute le plus grand d’entre eux.

La légende de la boxe est décédée vendredi à l’âge de 74 ans à Phoenix, en Arizona, a annoncé sa famille dans un communiqué.

«Après un combat de 32 ans contre la maladie de Parkinson, Mohamed Ali est décédé à l’âge de 74 ans», a annoncé son porte-parole Bob Gunnell.

«Le triple champion du monde des lourds est mort dans la soirée», poursuit le communiqué.

Ses obsèques auront lieu dans sa ville natale de Louisville, dans le Kentucky, a précisé le porte-parole du boxeur le plus célèbre de la planète, sans préciser la date.

«La famille Ali voudrait remercier tous ceux qui l’ont accompagné par leurs pensées, prières et soutien et demande le respect de son intimité», conclut le communiqué.

Mohamed Ali était hospitalisé depuis jeudi pour un problème respiratoire.

Son porte-parole avait alors annoncé qu’il «se trouvait dans un bon état de santé» et que «son séjour devrait être de courte durée».

Mais une source proche de la famille avait indiqué vendredi dans la soirée à l’AFP que l’ancien boxeur «était dans un état très grave», confirmant les informations de plusieurs médias américains, dont le quotidien Los Angeles Times et la chaîne de télévision NBC News.

Ali souffrait depuis une trentaine d’années de la maladie de Parkinson et avait déjà été hospitalisé à deux reprises fin 2014 et début 2015 pour une pneumonie et une infection urinaire.

Un symbole

Au fil de sa vie, il a marqué son époque comme seule une poignée d’hommes et de femmes l’a fait. Il est devenu un symbole de l’émancipation des Noirs, un chantre de l’antimilitarisme américain et un artiste du ring toujours imité, mais jamais égalé.

« Ç’a toujours été la différence entre Mohamed Ali et nous. Il est venu, il a vu, il n’a pas complètement vaincu, mais il est passé plus proche que quiconque dans notre génération perdue », a écrit à son sujet l’écrivain Hunter S. Thompson.

Ali portait la résistance jusque dans son nom. Né le 17 janvier 1942 à Louisville, au Kentucky, il a été nommé Cassius Marcellus Clay. C’était aussi le nom de son père, passé de génération en génération en l’honneur d’un grand militant antiesclavagiste du XIXe siècle du même nom.

Clay a commencé la boxe après s’être fait voler sa bicyclette. Il avait 12 ans. Il est devenu un boxeur amateur rapide et créatif. En 1960, il a remporté la médaille d’or aux Jeux olympiques de Rome.

Chez les professionnels, le jeune Clay s’est fait remarquer par sa boxe, mais aussi par sa manière inhabituelle de parler constamment à ses adversaires durant les combats. En 1964, il a remporté le championnat du monde contre Sonny Liston. Il avait 22 ans. À l’époque, le public américain estimait que le combat devait être truqué, tellement Liston était redoutable.

Ce même public allait douter de lui encore souvent.

En 1965, il a changé son nom pour Mohamed Ali. Il s’est converti à l’islam et a rejoint la Nation of Islam, un groupe alliant religion et défense des droits civiques des Noirs.

Ali était toujours champion du monde et invaincu lorsqu’il a été conscrit pour la guerre du Viêtnam en 1967. Il a refusé d’aller se battre, lançant cette phrase devenue célèbre : « Je n’ai rien contre les Vietcongs. Les Vietcongs ne m’ont jamais traité de nègre. »

Ali l’a payé cher. Il a été poursuivi par le gouvernement. Il a perdu ses titres de champion du monde. Les commissions athlétiques ont refusé de le laisser combattre. Il n’a pu monter sur le ring de mars 1967 à octobre 1970.

En 1971, il a connu sa première défaite, contre Joe Frazier. Plusieurs pensaient qu’Ali, alors proche de la trentaine, était sur le déclin. Mais il a livré trois ans plus tard le plus grand combat de sa carrière.

Au Congo, le 30 octobre 1974, il a battu George Foreman pour redevenir champion du monde. À peu près personne ne croyait à ses chances. L’écrivain Norman Mailer – l’un des nombreux écrivains fascinés par Ali – en a tiré le magnifique récit Le combat du siècle.

Sa victoire de 1975 contre Joe Frazier à Manille est le dernier grand moment de sa carrière. Ali livrera quelques combats de trop avant d’accrocher les gants en 1981, à l’âge de 39 ans.

En 1984, Ali a reçu un diagnostic de parkinson. Sa parole autrefois si folle et libre s’est mise à trébucher. À la fin de sa vie, il ne sortait presque plus en public.

En 1999, à l’heure des bilans, plusieurs médias, dont BBC et Sports Illustrated, l’ont nommé l’athlète du siècle.

La plus mémorable de ses dernières apparitions publiques a eu lieu à Londres, en 2012. Il était la vedette de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Ali est apparu vieilli. Il ne bougeait presque pas. Sa femme lui tenait le coude.

Mais le public l’a applaudi. Il ne restait plus grand-chose de ce héros du siècle passé, mais il restait le nom et il restait l’idée : Ali, un homme plus grand que nature, un homme capable de vivre debout.

– Avec AFP

Retour sur un parcours d’exception dans une période-clé de l’histoire des Etats-Unis, une série en 4 épisodes, par Alexandra Longuet.

1964 : une date-clé dans l’Histoire des Etats-Unis.

Cette année-là, la Loi sur les Droits Civiques est finalement votée, et marque un moment historique dans la longue lutte des Afro-Américains pour leur émancipation. Leur porte-parole, le tout jeune pasteur Martin Luther King, se voit couronnée du Prix Nobel de la Paix le 14 octobre.

1964, c’est aussi l’année de la consécration pour un autre jeune noir au verbe haut et aux combats célèbres : Cassius Clay, qui deviendra par la suite Mohamed Ali.

 

Episode 1 – Emergences (1942 – 1964)

.

. – © Tous droits réservés

Première partie d’une fresque historique : celle d’hommes qui se mettent en lutte, patiemment, pacifiquement, contre un pays ségrégué où les lynchages sont encore de mise.

Au coeur de cette fresque, portrait également d’une figure emblématique de cette époque, celui qui, selon Jack Newfield “aura eu dans sa vie plus d’identité que n’importe qui : homme-enfant, fantaisiste, poète déserteur, rebelle, champion”, depuis ses débuts à sa première métamorphose : celle de Cassius Clay en Mohamed Ali.

Avec le philosophe Alexis Philonenko, les historiens Pap N’Diaye et Nicole Bacaran, mais aussi Benoît Heimermann, journaliste sportif à L‘Equipe et écrivain, le cinéaste William Klein, ainsi que Patrice Lelorain, auteur d’une biographie de Mohamed Ali.

 

Episode 2 – Révoltes (1964-1974)

Mohamed Ali et Martin Luther King à Louisville

Mohamed Ali et Martin Luther King à Louisville – © Tous droits réservés

En 1964, Cassius Clay devient champion du monde des poids lourds, et, fort de cette gloire soudaine, annonce dans la foulée sa conversion à l’Islam. Sous l’influence de Malcolm X, Cassius Clay a rejoint Nation of Islam, et il est devenu Mohamed Ali. Un choix qui déchaîne les passions. Clay devenu Ali restera-t-il The Greatest ?

Une autre onde de choc traverse les Etats-Unis, celle de la révolte des Noirs américains. Les grandes villes s’embrasent, en proie à des violentes émeutes. Des groupes plus radicaux prennent la place du Mouvement pacifiste de Martin Luther King, et réclament une reconnaissance réelle. ” Black Power ! ” scandent les activistes des Black Panthers, déclenchant l’inquiétude des Blancs, et l’offensive du FBI. Militants, résistants, ils ouvrent une nouvelle voie politique, sociale et culturelle.

Plus loin, une autre guerre fait rage, c’est celle, terrible, du Vietnam, c’est celle à laquelle Mohamed Ali refuse de participer.

Portrait de ceux qui disent non.

Arbitrage :  Benoît Heimermann, journaliste sportif à L‘Equipe et écrivain, les historiens Pap N’Diaye et Nicole Bacaran, mais aussi le cinéaste William Klein, et les écrivains Frédéric Roux et Patrice Lelorain.

Martin Luther King, Jr talks about Muhammad Ali refusing to serve in the Vietnam war

 

Episode 3 – Le Zénith (1974)

.

. – © Tous droits réservés

Trois ans. Trois longues années,  c’est le prix qu’aura payé Mohammed Ali pour avoir refusé son enrôlement à la guerre du Vietnam, pour avoir refusé de jouer le bon petit Nègre au service des Blancs.

En 1970, Ali est relaxé et récupère le droit de combattre, le droit de gravir de nouveau les échelons un à un pour reconquérir son titre de champion du monde des poids lourds lors d’un match devenu légendaire, à Kinshasa poétiquement nommé ” Baston dans la jungle “. Un match, ou un grand spectacle aux tonalités politiques avec des acteurs aussi féroces qu’Ali, Foreman, et Mobutu ?

Car comme toujours avec Ali, il n’y a pas que le jeu de jambes qui soit insaisissable.

Avec le journaliste et témoin de cet épisode André François,  l’écrivain et biographe d’Ali Patrice Lelorain, les historiens Pap N’Diaye et Nicole Bacaran, et enfin Benoît Heimermann, journaliste sportif à l’Equipe.

Muhammad Ali vs Joe Frazier II (Highlights)

 

Episode 4 – Le Phénix

.

. – © Tous droits réservés

Au milieu des années 1970, il n’y a pas que Mohamed Ali qui s’essouffle : les mouvements en faveur des droits pour les Noirs Américains s’éteignent peu à peu eux aussi. Celui qu’on surnommait The Greatest décline.

Mais les mythes ne meurent jamais, et si Mohamed Ali disparaît de la place publique, c’est pour mieux renaître au creux des années 1990. Véritable icône vivante, ou fantôme insatiable, il inspire aussi bien la jeunesse que le cinéma ou la littérature.

Pour clore cette série consacrée au champion, deux écrivains s’emparent chacun à leur manière de la légende : Frédéric Rouxavec Alias Ali, lauréat du prix France Culture-Télérama 2013, etAlban Lefranc dans  Le Ring invisible

D’autres se verront hantés également, le journaliste sportif Benoît Heimermann, les historiens et spécialistes des USA  Pap N’Diaye et Nicole Bacaran, et l’écrivain Patrice Lelorain.

Laisser un commentaire