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Nigeria: la croisade anti-corruption est lancée

Nigeria: la croisade anti-corruption est lancée

Un grand nettoyage est annoncé au sein de la Compagnie pétrolière nationale nigériane (NNPC), minée par la corruption, dont le nouveau directeur général, formé à l’américaine, a annoncé jeudi un audit complet des comptes et du personnel.


 

Investi fin mai en promettant une croisade contre la corruption, le chef de l’Etat nigérian Muhammadu Buhari a congédié un mois plus tard le conseil d’administration de la NNPC.

Début août, Emmanuel Kachikwu, ancien vice-président exécutif d’ExxonMobil Africa et docteur de la prestigieuse université américaine d’Harvard, était nommé directeur général et depuis, 38 cadres supérieurs ont été remerciés.

Jeudi, Emmanuel Kachikwu a averti qu’il avait désormais tous les collaborateurs de niveau inférieur en ligne de mire.

« Une révolution de gouvernance » : c’est ce que recommande John Campbell, ancien ambassadeur américain au Nigeria et chercheur au Conseil des Relations étrangères, pour lutter contre la corruption dans l’industrie du pétrole où des milliards de dollars ont détournés aux dépens des finances publiques.

La nomination d’Emmanuel Kachikwu est donc « conforme à la manière du nouveau président de nommer des technocrates en se basant sur leurs mérites« , dit-il à l’AFP.

Mais John Campbell est plus sceptique sur ses chances de réussite de nettoyer l’industrie en profondeur: « Est-ce qu’un tigre peut enlever ses rayures ? »

Le président Buhari a été ministre du pétrole en mars 1976, année où la NNPC fut créée. Il dirigea un coup d’Etat en décembre 1983 avant d’être lui-même renversé en août 1985. Depuis, la compagnie est devenue une co-entreprise associant le gouvernement à des multinationales comme ExxonMobil, Chevron et Shell. La NNPC emploie 24.000 salariés.

Des intérêts mêlés

« Aucun dirigeant nigérian, y compris M. Buhari durant les années 80, n’a jamais réussi à nettoyer le secteur pétrolier » a expliqué à Bloomberg News Philippe de Pontet, responsable Afrique chez Eurasia, cabinet de conseil et de recherche en risques politiques mondiaux.

« Le défi de M. Buhari n’est pas seulement de dépolitiser la NNPC mais de la dépêtrer de ses intérêts mêlés et ses activités commerciales douteuses« .

La première puissance économique et premier producteur de pétrole du continent africain extrait chaque jour environ deux millions de barils, tandis que deux tiers des 180 millions de Nigérians subsistent avec moins d’un dollar par mois.

M. Buhari a accusé l’administration précédente de Jonathan Goodluck d’avoir « vidé » les caisses de l’État. Il réfléchit à émanciper l’économie nigériane d’un pétrole dont le cours mondial a chuté de moitié depuis 2014.

Cet ancien chef militaire, réputé pour son approche intangible et autocratique face à la corruption et « l’indiscipline« , préside le Nigeria depuis deux mois. Mais il tarde encore à former son gouvernement.

Obscurs contrats

Pour autant, un rapport a été commandé. Baptisé « Les ventes de pétrole de la NNPC: enjeux d’une réforme au Nigeria« , il est décrit comme étant la première analyse en profondeur et indépendante de ces « contrats complexes et obscurs » avec lesquels la NNPC commercialise son pétrole.

Ce rapport détaille comment la compagnie nationale a privé l’économie nigériane de sommes d’argent colossales.

« Les acheteurs de pétrole sont souvent des intermédiaires peu qualifiés s’octroyant des marges sans apporter de réelle valeur aux contrats« , rapporte l’audit. Faute de raffinerie efficace, le Nigeria est en outre plombé par des contrats de « brut contre essence » opaques et déséquilibrés.

En 2013, la compagnie n’a perçu que 58% des 16.8 milliards de dollars (15,07 milliards d’euros) de pétrole péniblement raffiné par ses soins.

« Les ventes de pétrole sont la source de revenus principale du Nigeria. Mais sa gestion s’est aggravée ces dernières années » a commenté Aaron Sayne, co-auteur du rapport.

« Tous, des traders aux citoyens nigérians, attendent de voir comment le nouveau gouvernement va s’attaquer à ces transactions, parmi lesquelles les contrats d’exportation et d’échanges de pétrole » souligne l’analyste Alexandra Gillies, également impliquée dans ce rapport.

M. Buhari a réclamé une révision de tous les contrats de vente d’or noir, dénonçant le vol quotidien de 250 000 barils de brut sous la présidence de son prédécesseur, dont les bénéfices auraient atterri sur des comptes bancaires individuels.

RTBF

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