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Obama dénonce les pays qui soutiennent le «tyran» Assad et Tête-à-tête entre Obama et Poutine

Obama dénonce les pays qui soutiennent le «tyran» Assad et Tête-à-tête entre Obama et Poutine

Devant l’Assemblée générale de l’ONU, M. Obama a dénoncé, dans une référence à la position de Moscou, la logique consistant à soutenir «des tyrans comme Bachar al-Assad» sous prétexte que l’alternative «serait pire».PHOTO ANDREW KELLY, REUTERS


Le président des États-Unis Barack Obama a affirmé lundi qu’il était prêt à travailler avec la Russie et l’Iran pour trouver une solution à la guerre en Syrie, mais a dénoncé le soutien au «tyran» Bachar al-Assad, que Moscou et Téhéran veulent maintenir au pouvoir.

Dans un discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, le président américain a aussi affirmé que les États-Unis «ne souhaitent pas un retour à la Guerre froide» avec la Russie malgré les sanctions imposées à Moscou pour son intervention en Ukraine.

Il a défendu l’accord nucléaire signé en juillet avec l’Iran et a appelé le Congrès à lever l’embargo économique américain sur Cuba «qui ne devrait plus être en place».

«Les États-Unis sont prêts à travailler avec tous les pays, y compris la Russie et l’Iran, pour résoudre le conflit» en Syrie, a lancé M. Obama. «Mais nous devons reconnaître qu’après tant de sang versé et de carnages, il ne peut y avoir un retour au statu quo d’avant la guerre», a-t-il ajouté.

Les présidents russe Vladimir Poutine et iranien Hassan Rohani doivent aussi s’exprimer lundi à la tribune de l’ONU.

M. Obama a accusé Bachar al-Assad d’être un «tyran» qui «massacre des enfants innocents». Dans une référence implicite à la position de Moscou, il a dénoncé la logique consistant à soutenir «des tyrans comme Bachar al-Assad» sous prétexte que l’alternative «serait pire».

La Russie et l’Iran affirment que la priorité à l’heure actuelle est de lutter contre les djihadistes du groupe armé État islamique qui contrôlent la moitié de la Syrie, et non à un changement de régime à Damas. M. Poutine devait proposer à l’ONU lundi une coalition élargie pour combattre l’EI.

Tête-à-tête entre Obama et Poutine

C’est le tête-à-tête le plus attendu de la semaine à New York : Vladimir Poutine et Barack Obama se retrouvent lundi pour envisager une possible coopération sur l’épineux dossier syrien.

Les présidents russe et américain ont rendez-vous en fin d’après-midi pour leur première rencontre officielle depuis plus de deux ans.

Tenu à l’écart par l’Occident en raison du conflit ukrainien, M. Poutine s’est spectaculairement replacé au centre du jeu sur la Syrie, déchirée par la guerre civile depuis quatre ans et demi. Son intervention devant l’Assemblée générale de l’ONU sera la première depuis 2005.

Au moment où la Russie augmentait sensiblement sa présence militaire en Syrie, déployant des troupes et des avions dans un des fiefs du régime, il a annoncé qu’il cherchait à mettre en place avec les pays de la région «une plateforme commune» contre les djihadistes ultra-radicaux du groupe armé État islamique (EI).

Lundi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov a annoncé pour octobre une réunion d’un groupe de contact sur la Syrie avec la participation des États-Unis, de la Russie, l’Arabie saoudite, l’Iran, la Turquie et l’Égypte.

Prise de court par l’offensive diplomatique russe, la Maison-Blanche affirme qu’il serait «irresponsable» de ne pas tenter la carte du dialogue avec le chef du Kremlin, et revendique avec ce dernier une approche au cas par cas.

«Nous observons les actes, pas seulement les mots», souligne Ben Rhodes, proche conseiller de M. Obama. «Sur l’Ukraine, les actes ont rarement suivi les mots. Mais sur le dossier nucléaire iranien, la Russie a tenu ses engagements et joué un rôle constructif».

L’exercice s’annonce toutefois délicat pour Washington.

«Nous sommes juste en train de commencer à essayer de comprendre quelles sont les intentions de la Russie en Syrie et en Irak», a reconnu dimanche un haut responsable du département d’État américain.

Le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov se sont une nouvelle fois retrouvés lundi matin dans un grand hôtel new-yorkais.

Exploitant les tergiversations occidentales sur le sort du président syrien Bachar al-Assad, Moscou martèle que soutenir ce dernier est le seul moyen de mettre un terme à une guerre qui a déjà fait plus de 240 000 morts.

Les États-Unis réclament depuis des années le départ du président syrien. Mais ils ont récemment assoupli leur position : il y a une semaine, le secrétaire d’État John Kerry concédait que le calendrier de la sortie de M. Assad était négociable.

Rencontre «malencontreuse»

Washington ainsi qu’une soixantaine de pays européens et arabes sunnites pilotent depuis un an une coalition militaire qui frappe des bastions de l’EI en Syrie et en Irak.

Mais toutes ces opérations militaires n’ont pas empêché l’organisation djihadiste de consolider ses positions ni ruiné son pouvoir d’attraction : près de 30 000 djihadistes étrangers se sont rendus en Syrie et en Irak depuis 2011, selon des responsables du renseignement américain cités par le New York Times.

Quelle sera la tonalité de la rencontre entre MM. Obama et Poutine, prévue à 17 h?

«Je ne m’attends pas à une hostilité déclarée», répond Josh Earnest, porte-parole du président américain. «Mais il y a des sujets sérieux que les États-Unis et la Russie doivent aborder», ajoute-t-il.

Pour l’influent sénateur républicain John McCain, cette rencontre est «malencontreuse». «Elle fait le jeu de Poutine en mettant fin à son isolement sur la scène internationale», a-t-il estimé. «Elle légitime le comportement déstabilisateur de Poutine, du démembrement de l’Ukraine à son soutien à Bachar al-Assad en Syrie».

Cette journée d’intense activité diplomatique à New York sera aussi marquée par le discours du président iranien Hassan Rohani à la tribune de l’ONU, son premier depuis la conclusion en juillet à Vienne d’un accord sur le programme nucléaire de Téhéran.

Ce dernier a évoqué pour la première fois un possible échange de prisonniers avec Washington, qui verrait la libération d’Iraniens détenus aux États-Unis contre celle d’Américains incarcérés en Iran, dont un journaliste du Washington Post.

Le président François Hollande s’exprimera lui aussi devant les dirigeants du monde entier, au lendemain de la première frappe française contre un camp d’entraînement de djihadistes de l’EI près de Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie.

Le chef de l’État français devrait aussi lancer un appel à la mobilisation sur le climat, à l’approche de la conférence de Paris qui vise à conclure un accord mondial pour enrayer la hausse de la température de la planète.

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