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RDC: Opposition-MP – va-t-on vers la « Lutte finale »?

RDC: Opposition-MP – va-t-on vers la « Lutte finale »?

RDC: Opposition-MP – va-t-on vers la « Lutte finale »?
Summary:
Après les travaux de la Conférence des « forces politiques et sociales acquises au changement » qui s’est tenu du 8 au 9 juin à Genval, en Belgique francophone, l’opposition congolaise semble désormais en « ordre de bataille ». Face à « Joseph Kabila » qui, bien qu’inéligible, continue à entretenir le flou sur son avenir politique, il y a désormais un Etienne Tshisekedi wa Mulumba revigoré par l’unité qui vient d’être scellée autour de sa personne. Qui va « dégainer » le premier? Une chose paraît sûre : l’actuel locataire du Palais de la nation parait tiraillé entre ses intérêts particuliers et ceux des membres de son entourage d’une part et de l’autre, les intérêts de ses mentors ougando-rwandais.

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Opposition-MP – va-t-on vers la « Lutte finale »?

Après les travaux de la Conférence des « forces politiques et sociales acquises au changement » qui s’est tenu du 8 au 9 juin à Genval, en Belgique francophone, l’opposition congolaise semble désormais en « ordre de bataille ». Face à « Joseph Kabila » qui, bien qu’inéligible, continue à entretenir le flou sur son avenir politique, il y a désormais un Etienne Tshisekedi wa Mulumba revigoré par l’unité qui vient d’être scellée autour de sa personne. Qui va « dégainer » le premier? Une chose paraît sûre : l’actuel locataire du Palais de la nation parait tiraillé entre ses intérêts particuliers et ceux des membres de son entourage d’une part et de l’autre, les intérêts de ses mentors ougando-rwandais.

A Kinshasa, Aubin Minaku, l’homme à la double casquette de président de l’Assemblée nationale et de secrétaire général de la majorité présidentielle (MP), a « invité », vendredi 10 juin, le facilitateur
Edem Kodjo à procéder à la mise en place du comité préparatoire du « dialogue politique national inclusif » avec les représentants des « composantes disposées à trouver des solutions aux problèmes majeurs qui minent le processus électoral ».

C’est la réaction puérile que cet ancien magistrat a cru devoir opposer au rejet exprimé, le même jour, à Genval, par les forces politiques et sociales acquises au changement. Celles-ci ont dit « Non » pas seulement au dialogue tel que convoqué par « l’ordonnance de Monsieur Kabila » du 28 novembre 2015 mais aussi « à toute idée ou projet de référendum pour élaborer une nouvelle Constitution ».

En réalité, cette prise de position des opposants constitue un « coup dur » pour la « MP » qui croyait, sans doute à tort, que l’opposition n’était d’accord que sur son désaccord. Bref, l’opposition était en panne de stratégie et d’imagination.

Au « Château du Lac », les représentants des forces politiques et sociales ont vidé ce forum kabiliste de toute sa substance surtout lorsqu’ils exigent, de la Commission électorale nationale indépendante, la convocation du scrutin pour l’élection du Président de la République le 19 septembre prochain, conformément à l’article 73 de la Constitution.

Les prétentions des parties

Pour les « forces politiques et sociales acquises au changement », « Joseph Kabila » a violé le « Pacte républicain » conclu lors du dialogue intercongolais à Sun City, en Afrique du Sud, en tentant de réaliser un « coup d’Etat constitutionnel ». De même, le second et dernier mandat du président sortant, expire le 19 décembre 2016 à minuit.

Pour les opposants, « Joseph Kabila » et son gouvernement sont fautifs et ne peuvent invoquer leurs propres turpitudes. Ils doivent rendre compte pour avoir multiplié des entraves destinées à «bloquer» le processus électoral. Pour eux, le maintien du chef d’Etat en exercice dans ses fonctions – au-delà du 19 décembre prochain – équivaudrait à lui octroyer une « prime à la mauvaise foi ».

Se fondant sur l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 11 mai dernier, la majorité présidentielle, elle, claironne que « Joseph Kabila » va rester à la tête de l’Etat jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu. Le problème? Nul ne sait la date prévue pour ces consultations politiques. Dans cinq, dix, vingt ans?

Lors de l’élection des gouverneurs de nouvelles provinces, fin mars dernier, la MP a raflé la quasi-totalité tant des postes de gouverneur que ceux de président des bureaux des Assemblées provinciales. Après ces « victoires », la prochaine étape consistait à lancer, au niveau des nouvelles collectivités territoriales, l’idée d’un « référendum demandé par la base ».

Les mauvais génies du « raïs »

Le président sortant « Joseph Kabila » est entouré par quelques oligarques opportunistes qui considèrent que leurs intérêts particuliers ont préséance sur l’intérêt général. A titre d’illustration, on peut citer quelques cas symptomatiques.

Juriste de formation, Evariste Boshab a été le premier à s’illustrer avec un ouvrage pseudo-scientifique plaidant pour la révision constitutionnelle. Politologue, Tryphon Kin-Kiey Mulumba lui a emboîté le pas avec son association « Kabila Désir » destinée à « dédiaboliser » et à « réhabiliter l’oeuvre » du Président sortant. On cherche en plein jour où se trouve cette oeuvre. L’ex-mobutiste André Atundu Liongo de renchérir : »Si vous n’êtes pas d’accord, allons au référendum ». Kalev Mutondo (ANR), Aubin Minaku (SG MP), Felix Kabange Numbi (ministre de la Santé), Richard Muyej (gouverneur du Lualaba), Lambert Mende (ministre de la Communication), Médard Autsaï Asenga (PPRD ex-Province Orientale), Ramazani Shadari (président du groupe PPRD à l’Assemblée nationale), Théodore Mugalu (chef de la Maison civile de « Joseph Kabila ») font partie de ceux qu’on pourrait appeler les « mauvais génies » du « raïs ». La liste n’est pas exhaustive.

Des observateurs peinent à comprendre les motivations qui poussent le successeur de Mzee à multiplier des artifices pour s’accrocher au pouvoir d’Etat. Est-ce pour les privilèges et les honneurs qui s’y rattachent? Est-ce pour l’argent? Il semble bien que l’homme serait tiraillé entre les intérêts de son entourage et de sa fratrie et ceux de ses mentors ougando-rwandais.

La donne rwando-ougandaise

Né en Tanzanie en 1971, « Joseph Kabila » a foulé le sol zaïro-congolais en octobre 1996 soit à l’âge de 25 ans. Son parcours personnel fait partie des secrets les mieux gardés de la République. Inutile de dire qu’il n’a aucune attache psychologique avec le Congo-Kinshasa. Encore moins avec le peuple congolais.

Des témoignages concordants indiquent que « Joseph » – Hippolyte? – était l’aide de camp de James Kabarebe, alors colonel et commandant des troupes de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo). « C’est à l’étape de Kisangani en mars 1997 qu’il avait adopté le patronyme de « Joseph Kabila » alors qu’au début, tout le monde l’appelait sous le nom de ’commandant Hippo ».

Des Congolais qui profitent du système en place feignent d’oublier que l’AFDL a été créée par le président ougandais Yoweri Museveni et le général Paul Kagame, alors vice-président et ministre de la Défense du Rwanda. A preuve, LD Kabila était présenté dans un premier temps comme le porte-parole de l’AFDL. Il n’a assumé la présidence que plus tard.

La mort de LD Kabila le 16 janvier 2001 n’a jamais été élucidée à ce jour. Et ce, en dépit de la promesse faite par « Joseph Kabila » dans discours d’investiture le 26 janvier 2001: « Je rassure le peuple congolais qu’une enquête judiciaire est déjà ouverte afin que la lumière soit faite sur les circonstances de l’assassinat de l’illustre disparu ». Quinze années après, c’est le silence plat.

Dans une de ses toutes premières interviews au magazine « Jeune Afrique » n°2115 daté du 24 au 30 juillet 2001, « Joseph Kabila » déclarait : « (…). Nous, nous sommes battus contre lui les armes à la main, au péril de notre vie ». Le locuteur a-t-il voulu dire que pour avoir combattu Mobutu Sese Seko les armes à la main, l’ex-Zaïre serait devenu un « butin de guerre » pour les promoteurs de l’AFDL?

Des observateurs ont noté et continuent à noter quelques « bizarreries » dans le comportement de l’homme qui trône depuis quinze ans à la tête de l’Etat congolais. Celui-ci évite tout contact ou dialogue avec la population congolaise. Ce sont des « supplétifs » qui travaillent pour lui.

Lors du Congrès du PPRD en février 2006 à la Fikin, le président-candidat « Joseph Kabila » n’est pas venu haranguer les militants de « son » parti. Il y était « représenté » par la dame Sifa Mahanya. Celle-ci avait à ses côtés Zoé et Jaynet. Inimaginable!

Au lendemain de la « victoire » de « Joseph » à la présidentielle de 2006, le président rwandais Paul Kagame confiait ses sentiments à « Jeune Afrique » n°2404 daté du 4 au 10 février 2007 : « Je n’ai pas voté, comme vous l’imaginez. Cela dit, j’ai été heureux du résultat, c’est vrai ». Les dirigeants rwandais n’ont jamais fait mystère de leur volonté d’installer un « régime ami » à Kinshasa afin, disent-ils, de préserver leur « sécurité nationale ». « Régime ami » ou un homme-lige? La phrase suivante est attribuée au général James Kabarebe : »Pour que le Rwanda soit debout, le Congo doit demeurer à genou ».

La « lutte finale »

Dans un communiqué daté du 25 mars 2007, l’association de défense des droits humains « La Voix des Sans Voix » tirait la sonnette d’alarme au lendemain des affrontements entre la garde de « Joseph Kabila » et les éléments attachés à la sécurité de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba. « Le constat est amer et inquiétant pour l’opinion publique qui se demande depuis longtemps le pourquoi de la persistance de la politique de deux poids deux mesures dans le règlement des questions sécuritaires, peut-on lire. Pendant qu’on privilégie la voie de négociation pour les uns (cas de Laurent Nkunda, Peter Karim, Azarias Ruberwa Manyiwa …), on recourt à la force contre les autres pour les mêmes faits ».

Pire, par le jeu de brassages et mixages, « Joseph Kabila » a contribué à l’infiltration de l’armée et de la police nationale par des sujets étrangers. Il compte sans doute sur cette espèce de « Cinquième colonne » pour écraser toute contestation à son maintien au pouvoir après le 19 décembre prochain.

Après la rupture avec ses « oncles » du Katanga, « Joseph Kabila » n’a plus de « fief ». Il est redevenu l’ »OVNI-politique » qu’il a toujours été. En face, il y a 70 millions des Congolais prêts à engager la « lutte finale » pour laver deux décennies d’humiliation et restaurer l’unité nationale à l’intérieur et la respectabilité à l’extérieur…

BAUDOIN AMBA WETSHI/CI

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