Share
Plus de 30 000 disparus au Mexique: “Une forme de lassitude s’est installée”

Plus de 30 000 disparus au Mexique: “Une forme de lassitude s’est installée”

Ni vivants, ni morts, c’est ainsi qu’on décrit les personnes disparues au Mexique. Leur nombre a encore augmenté ces derniers mois et s’élève désormais à plus de 30 000. Des disparitions qui sont généralement liées à la forte présence des cartels dans certaines régions.

Plus de 30 000 disparus au Mexique: “Une forme de lassitude s’est installée”
Summary:
Ni vivants, ni morts, c’est ainsi qu’on décrit les personnes disparues au Mexique. Leur nombre a encore augmenté ces derniers mois et s’élève désormais à plus de 30 000. Des disparitions qui sont généralement liées à la forte présence des cartels dans certaines régions.

0%

Plus de 30 000 disparus au Mexique: "Une forme de lassitude s'est installée"

Ni vivants, ni morts, c’est ainsi qu’on décrit les personnes disparues au Mexique. Leur nombre a encore augmenté ces derniers mois et s’élève désormais à plus de 30 000. Des disparitions qui sont généralement liées à la forte présence des cartels dans certaines régions.

La découverte récente de plusieurs fosses clandestines dans l’Etat de Veracruz, à l’est du Mexique, a jeté une lumière crue sur le mystère des disparus…

La correspondante de la RTBF à Mexico, Emmanuelle Steels, fait le point.

Tout d’abord, comment expliquer ces disparitions et ce chiffre particulièrement élevé de 30 000 disparus ? 

“Ce sont, en majorité, des disparitions liées à l’emprise du crime organisé dans certaines régions, et à l’impunité dont bénéficient les auteurs de ces disparitions, qui est pratiquement généralisée. 

Il y a aussi beaucoup de cas qui sont à imputer aux autorités : il y a par exemple une augmentation des cas disparitions dans les zones où il y eu une militarisation intense justement pour lutter contre les cartels. Et des employés de l’Etat ont déjà été accusées de disparitions forcées, et notamment des militaires. 

Alors, que représentent ces chiffres ? Fin 2015, on dénombrait 26 000 disparus au Mexique. Aujourd’hui, près de 31 000! Il faut dire que le gouvernement mexicain se débat depuis plusieurs années avec la comptabilisation des disparus. Tant que les enquêtes n’aboutissent pas, toutes les personnes disparues apparaissent dans le même registre, qu’il s’agisse de fugues, de disparitions volontaires, ou de cas criminels. 

Et ces derniers, qui sont les plus graves, pourraient être sous-représentés dans les statistiques, puisqu’il y a énormément de proches de disparus qui, par crainte de représailles, ne dénoncent pas les faits“.

Comment la société mexicaine réagit-elle face à l’ampleur de cette catastrophe? 

Le phénomène des disparitions a suscité une très vive émotion dans la société mexicaine à partir du moment où les familles des victimes de disparus ont commencé à protester contre l’inaction des autorités, il y a de cela sept ans environ. 

Ce sont des nouvelles macabres qui écoeurent la population

Aujourd’hui, il y a une forme de lassitude qui s’est installée, face à ce phénomène, mais aussi face aux découvertes récurrentes de fosses clandestines. Ce sont des nouvelles macabres qui écoeurent la population. 

Au point que les nouvelles fosses découvertes, par exemple dans l’Etat de Veracruz, font plus difficilement les grands titres de la presse. Les familles ont pourtant continué de s’organiser et ce sont elles qui mènent souvent les recherches, en obtenant des indications de la part des populations locales concernant les endroits où pourraient se trouver des corps. 

C’est d’ailleurs grâce à ces recherches organisées par les familles que les autorités sont forcées de s’occuper du problème“.

Alors les autorités justement, que font-elles? Y’a-t-il aujourd’hui des enquêtes plus rigoureuses sur les affaires de disparition ?

La question des disparus dérange le pouvoir et, les gouvernements, qu’ils soient fédéral ou locaux, cherchent souvent à enterrer le problème parce qu’ils considèrent que cela donne une image déplorable du pays. 

Mais il y a tout de même certains efforts qui sont effectués. Il y a actuellement une loi fédérale sur la disparition qui est à l’étude par les législateurs mexicains et qui devrait créer davantage d’instruments légaux pour enquêter sur les disparitions. 

Il subsiste encore un problème pour qualifier le délit de disparition : souvent les enquêtes sont ouvertes pour kidnapping ou pour trafic d’être humains, et la disparition n’est pas répertoriée. Et rares sont encore les enquêtes pour disparitions qui aboutissent à des résultats concrets. 

Il suffit de rappeler le cas emblématique des 43 étudiants disparus il y a deux ans et demi dans le sud du Mexique aux mains de policiers et de narcotrafiquants, des étudiants qui n’ont toujours pas été retrouvés“. Belga

Laisser un commentaire